Note Retour au texte principal — HISTOIRE DE FRANCE
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Il lui advint (en 1724, ayant trente ans déjà) une extraordinaire aventure que n'ont guère les actrices, celle d'être la Minerve ou le Mentor d'un Télémaque, d'avoir à former un héros. Du Nord lui tombe ici certain bâtard de Saxe, Maurice, fils du roi de Pologne, Auguste. Il avait déjà fait la guerre. Il avait eu la chance d'avoir vu face à face le vaillant, le terrible, qu'on n'osait regarder, le Suédois Charles XII, d'avoir dans son œil bleu pris cet éclair de guerre qui lui resta toujours, lui fut une auréole, trompa sur son génie réel. Ce rude enfant ressemblait peu à nos marquis d'ici. Suédois de mère, Polonais d'habitude, il était spontané bien moins qu'il ne semblait; il fut surtout reître Allemand[19]. Il était né au pays des romans, dans ces bouleversements où Charles et Pierre, deux ours, roulaient sceptres et couronnes, où tout était possible. «Pourquoi pas lui? pourquoi pas moi?» Dans les trois cents bâtards du roi Auguste, celui-ci, effréné, visait tout, les trônes et les femmes, vaillant, brutal, avide. La vieille duchesse de Courlande, les Anne, les Élisabeth, les sanglantes catins de Russie, tout lui eût été bon. Mais pour ces grands mariages impériaux, le rustre et le soldat avait un peu besoin de poli extérieur, de prendre les grâces de la France. La pauvre Lecouvreur servit à cela. Elle fut à la fois précepteur et mère et maîtresse. Si elle gagna peu pour le fond, au moins pour le dehors elle polit la nature grossière, tâchant de lui donner un peu de sa noblesse et des formes royales qui en elle étaient naturelles.