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George Washington's Rules of Civility

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Traced to their Sources and Restored by Moncure D. Conway

George Washington and Moncure Daniel Conway

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Table of contents

1. Front matter2. THE RULES OF CIVILITY.3. Chapter ii. 1. Que toutes actions qui se font publiquement fassent voir son sentiment respectueux à toute la compagnie.4. Chapter ii. 3. Gardez-vous bien de toucher de la main aucune partie de vostre corps, de celles qui ne sont point en veuë, en la presence d'aucune autre personne. Pour les mains, & le visage, cela leur est ordinaire. Et afin de vous y accoustumer pratiquez ce poinct de ciuilité mesme en vostre particulier.5. Chapter ii. 4. Ne faites pas voir a vostre compagnon, ce qui luy pourroit faire mal au coeur.6. Chapter ii. 5. Ne vous amusez pas à chanter en vous mesme, si vous ne vous rencontrez si fort à l'écart qu'aucun autre ne vous puisse entendre, non plus qu'à contre-faire le son du tambour par l'agitation des pieds ou des mains.7. Chapter ii. 8. Quand vous toussez ou quand vous esternuez, si vous pouuez estre le maistre de ces efforts de nature, n'éclatez pas si hautement & si fort. Ne poussez soûpirs si aigres que les autres les puissent entendre.8. Chapter ii. 11. C'est vne inciuilité & vne impertinence de dormir, pendant que la cõpagnie s'entretient de discours; de se tenir assis lors que tout le monde est debout, de se promener lors que personne ne branle, & de parler, quãd il est temps de se taire ou d'écouter. Pour celuy toutesfois qui a l'authorité, il y a des temps & des lieux où il luy est permis de se promener seul, comme à un Precepteur qui est dans la classe.9. Chapter ii. 12. Il n'est pas seant d'auoir son liet en mauuais ordre dans sa chambre, non plus que de s'habiller en la presence des autres, ou de s'y dépoüiller, ou de sortir de sa mesme chambre à demy habillé, couuert de sa coiffe, ou bonnet-de-nuiet, de rester debout en sa chãbre ou estre attaché à son pulpitre auec sa robe ouverté. Et quoy que vous ne manquiez pas de serviteur qui prenne le soin de faire vostre liet; toutesfois en sortant, prenez garde de le laisser découvert.10. Chapter ii. 15. Il est mal-seant, dans le jeu, ou aupres du feu de faire attendre trop long-temps ceux qui viennent à s'y presenter.11. Chapter ii. 18. Pour l'ordre que l'on doit tenir étant assis, c'est de placer bien ses pieds à terre en égale distance que les cuisses, non pas de croiser vne cuisse ou vn pied sur l'autre.12. Chapter iii. 19. Il ne faut iamais rogner ses ongles dans le public, & bien moins les prendre à beiles dents.13. Chapter ii. 21. Vous ne hocherez la teste, vous ne remuerez point les jambes, ny ne roüillerez les yeux, ne froncerez point les sourcils, ou tordrez la bouche. Vous vous garderez de laisser aller auec vos paroles de la saliue, ou du crachat aux visages de ceux, auec qui vous conversez. Pour obvier à cét accident, vous ne vous en approcherez point si prés; mais vous les entretiendrez dans vne distãce raisonnable.14. Chapter ii. 22. Gardez vous bié de vous arrester à tuër vne puce, ou quelque sale bestiole de cette espece, en presence de qui que a puisse estre. Que si quelque chose d'immòde vient à vous offenser la veuë, en regardant à terre, comme quelque crachat infect, ou quelque autre chose semblable, mettez le pied dessus. S'il en attache quelque'vne aux habits de celuy à qui vous parlez, ou voltige dessus, gardez vouz bien de la luy monstrer, ou à quelqu'autre personne; mais trauaillez autant que vous pourrez à l'oster adroitement. Et s'il arriue que quelqu'vn vous oblige tant que de vous défaire de quelque chose de semblable, faites luy paroistre vostre reconnoissance.15. Chapter ii. 24. En la rencontre que l'on fait des personnes, quand on les entretient, c'est une chose malseante de leur tourner le dos & les épaules. C'est vne action impertinente de heurter la table ou d'ébranler le pupitre, dont vn autre se sert pour lire, ou pour écrire. C'est vne inciuilité de s'appuyer sur quelqu'vn, de tirer sa robbe, lors que l'on luy parle ou que l'on le peut entretenir.16. Chapter ii. 25. Gardez vous bien de vous arrester en toute sorte de conuersation, à rajuster vostre rabat, ou à rehausser vos chausses pour les faire ioindre & en paroitre plus galaud. Que vos ongles ne soient point replis d'ordures, ny trop longs. Ayez grand soin de la netteté de vos mains; mais n'y recherchez point la volupté.17. Chapter ii. 26. C'est une vilainie de s'enfler les joües, de tirer la langue, de se manier la barbe, se frotter les mains, d'estendre ses levres ou les mordre, de les tenir trop serrées ou trop entrouuertes.18. Chapter ii. 27. Ne flattez & n'amadoüez personne par belles paroles, car celui qui pretend d'en gagner un autre par les discours emmiellez, fait voir qu'il n'en a pas grande estime, & qu'il le tient pour peu sensé & adroit, dés qu'il le prend pour vn hõme que l'on peut ioüer en cette maniere: n'usez point de gausseries auprés d'vne personne qui s'en offense.19. Chapter ii. 28. C'est vne action directement opposée à la bien-séance, de lire quelque livre, quelques lettres ou autres choses semblables dans vne conversation ordinaire, si ce n'est en vne affaire pressante, ou pour quelque peu de moments; & mesme encore en ce cas, est-il à propos d'en demander la permission, si vous n'estes, possible, le Superieur de la compagnie. C'est encore pis de manier les ouvrages des autres, leurs livres, & d'autres choses de cette nature, de s'y attacher, d'en approcher la veuë de plus prés, sans la permission de celuy à qui la chose appartient, aussi bien que de leur donner des loüanges, ou les censurer, auant que l'on vous en demande vostre sentiment; de s'approcher trop prés, & d'incommoder celuy de qui ou est voisin, lors qu'il prend la lecture de ses lettres ou de quelqu'-autre chose.20. Chapter ii. 29. Que le visage ne paroisse point fantastique, changeant, égaré, rauy en admiration, couuert de tristesse, divers & volage, & ne fasse paroître aucun signe d'vn esprit inquiet: Au contraire, qu'il soil ouuert & tranquille, mais qu'il ne soit pas trop épanoüy de joye dans les affaires serieuses, ny trop retiré par vne grauité affectée dans la conversation ordinaire & familiere de la vie humaine.21. Chapter iv. 6. Ne reprochez les défauts à personne, non pas mesme de la nature, & ne prenez plaisir à faire confusion à qui que ce soit, par vos paroles.22. Chapter iii. 1. Quoy qu'il soit bon de s'épargner vn trop grand soing de pratiquer vne ciuilité affectée, il faut pourtant estre exact à en obseruer ce qui est necessaire & auantageux pour faire paroistre une belle éducation, & ce qui ne se peut obmettre sans choquer ceux auec qui l'on converse.23. Chapter iii. 2. Témoignez vos respects aux hommes illustres & honorables, le chappeau en la main, comme aux Ecclesiastiques, ou aux Magistrats, ou à quelques autres personnes qualifiées; en tenant vers vous le dedans du chappeau que vous aurez osté: Faites leur aussi la reverence par quelque inclination de corps, autant que la dignité de chacun d'eux, & la belle coûtume des enfants bien nourris, le semble exiger. Et comme c'est vne chose fort inciuile de ne se pas découurir devant ceux à qui l'on doit ce respect, pour les saluër, ou d'attendre que vostre égal vous rend le premier ce deuoir; aussi de le faire, quand il n'est pas à propos, ressent sa ciuilité affectée: mais c'est vne honteuse impertinence de prendre garde si l'on vous rend vostre salutation. Au reste pour saluër quelqu'vn de parole, ce compliment semble le plus propre, qui est vsité par personnes le plus polies.24. Chapter iii. 3. C'est une grande inciuilité d'entreprendre de prier vn superieur de se couurir, aussi bien que de n'en pas supplier celuy à qui cela se peut faire. Et celuy qui se haste trop de se couurir, particulierement en parlant à quelque personne qualifiée, ou qui pressé par plusieurs fois de ce faire, le refuse, choque la bienscéance; c'est pour cela qu'à la 1. ou 2. fois il est permis de se couurir, si l'vsage ne se trouue contraire en quelque Prouince ou Royaume. Et en effet entre les égaux, ou auec de plus âgez, soit Religieux, ou domestiques, il est permis d'accorder cette requeste à vn égal ou à vn plus ieune, dés la 1. fois. Toutefois ceux qui sõt égaux, ou fort péu differents les vns des autres, ont coustume de se faire cette priere, & de se couurir tout ensemble. Toutes les remarques donc qui se sont faites icy de la bonne conduite, doiuent estre aussi entenduës de l'ordre qu'il faut tenir à prendre place, & à s'asseoir: car le plaisir que l'on prend aux ciuilitez & aux complimens, est tout à fait importun.25. Chapter iii. 5. Si vous estes assis, lors que quelq'vn vous vient rendre visite, leuez-vous dés qu'il approche; si la dignité de la personne demande cette deference, comme s'il a quelque aduantage sur vous, s'il vous est égal, ou inferieur; mais non pas fort familier. Si vous vous reposez chez vous, ayant quelque siege, faites en soite de traiter chacun selon son merite.26. Chapter iii. 6. Quand vous rencontrez des personnes à qui vous deuez du respect, outre les devoirs d'vne salutation ordinaire, vous estes obligé de vous arrester quelque peu de temps, ou de rebrousser chemin jusqu'à l'entrée des portes, ou aux coins des ruës, pour leur donner passage.27. Chapter iii. 7. S'il arriue que vous faciez la promenade auec eux, vous leur laisserez tousiours la place honorable, qui est celle qui sera marquée par l'vsage. A parler generalement, il semble que plusieurs Nations ont passé en coustume que la droite soit tenuë pour vne marque de reuerence, de telle soit, que quand quelq'vn veut deferer à un autre, il le mette à sa droicte, en prenant sa gauche. Lors que trois hommes se promenent ensemble, le plus qualifié a tousiours le milieu: Celuy qui tient la droite, a le second lieu, & l'autre qui reste à la gauche, n'a que le troisiéme. Mais en France, quand l'on se promene au long d'vn mur; par ce que ce lieu est presque toujours plus eleué & plus net à cause de sa pente, la coûtume porte presque par tout qu'elle soit laissée au plus qualifié, & particulierement quand deux personnes marchent ensemble.28. Chapter iii. 9. Si celuy qui se trouuera beaucoup plus avancé en âge, ou auantagé en dignité, soit en sa maison ou en quelqu'autre lieu, veut honorer son inferieur, comme il n'est pas à propos que cet inferieur s'en estime digne, de mesme aussi ne faut-il pas que celuy qui est superieur, l'en presse auec trop de soin, ou luy témoigne sa deference plus d'vne ou deux fois, de crainte que l'assiduité de sa supplication reïterée ne rabatte quelque chose de la bonne opinion que celuy qui le refuse, avoit conceu de son addresse & de sa courtoisie, ou qu'il luy fasse commettre enfin une inciuilité.29. Chapter iii. 10. Mais entre les égaux, il est bien à propos en receuant quelqu'vn dans sa maison, de luy donner la place la plus honnorable. Et celuy à qui l'on fait un sì bon accueil, en doit faire quelque refus d'abord, mais à la seconde instance de son amy, il luy doit obeyr.30. Chapter iii. 12. A ceux qui out le cõmandement, & qui sont dans le pouuoir, ou qui exercent les Charges de Judicature, l'on donne tousiours les premieres places en toute sorte de compagnie. Mais qu'ils sçachent eux-mesmes que s'ils sont jeunes, ils sont obligez de respecter ceux qui sont d'aussi noble maison qu'eux, on qui les deuancent de beaucoup en âge, & sont honorez du degré de Doctorat; quoy qu'ils n'exercent aucune charge publique; Et bien plus, ils leur doiuent d'abord remettre la premiere place qu'il leur auoient deferé, & en suitte auec modestie, receuoir cest honneur comme une grace.31. Chapter iii. 13. Il est de la derniere ciuilité de parler tousiours mieux de ceux auec qui nous avons à conuerser, que de vous mesmes: Et particulieremet quãd ce sont des personnes éleuées audessus de nous, auec qui il ne faut iamais contester en aucune maniere.32. Chapter iii. 15. Le temps & le lieu, l'âge & la difference des personnes doivent regler tout cét vsage de compliments qui se fait parmy les plus polis, & particulierement ceux qui consistent dans les paroles. Mais l'on doit trancher court auec les personnes affairées & ne leur presenter plus aux nez toutes ses agreables fleurettes: il les faut épargner, & se faire entendre plustost par mines, qu'auec des paroles.33. Chapter iii. 16. Comme le soin de la ciuilité la plus raffinée ne doit pas beaucoup trauailler les esprits des Artisants & de la lie du peuple enuers les Grands & les Magistrats; aussi est-il raisonnable qu'ils ayent soin de leur rendre de l'honneur: de mesme il est à propos que la Noblesse les traitte [sic] doucement & les épargne, & qu'elle éuite toute sorte de superbe.34. Chapter iii. 18. En parlant aux personnes qualifiées, ne vous appuyez point le corps; ne leuez point vos yeux iusques sur leur visage; ne vous en approchez pas trop prés, & faites en sorte que ce ne soit iamais qu'à vn grãd pas de distance.35. Chapter iii. 19. Quãd vous visiterez quelque malade, ne faites pas aussi-tost le Medicin, si vous n'estes point experimenté en cette science.36. Chapter iii. 20. Lors que vous addresserez des lettres à des personnes qui seront dans l'estime publique; vous vous gouuernerez aupres d'eux, selon la coustume du pays & le degré de leur dignité. Quand vous aurez acheué vos lettres, relisez-les, pour en oster les fautes; mettez de la poudre sur l'escriture, lors qu'il en sera besoin & ne pliez iamais vostre papier que les characteres ne soient bien desechez, de crainte qu'ils ne s'effacent.37. Chapter iv. 3. Celui qui fait tout ce qui luy est possible, pour auancer vostre affaire, quoy qu'il ne la meine pas, & n'en puisse auoir le succez cõme vous l'esperez, ne doit point entendre de reprimãde; puis qu'il est plus digne de loüange que de blâme.38. Chapter iv. 4. Si vous auez à exhorter ou reprendre quelqu'vn, prenez bien garde, s'il est plus à propos de le faire en particulier ou en public, en ce temps ou en vn autre, bien plus, quelles paroles vous y deuez employer: Et particulierement lors que quelqu'vn ayãt esté desia reprimãdé d'autres fois, ne se corrige point des fautes passées, & ne promet point d'amandement. Et soit que vous donniez quelques auis, ou que vous fassiez quelque reprimande, donnez-vous de garde de vous mettre en cholere, au contraire pratiquez ces actions auec moderation & douceur.39. Chapter iv. 5. Aussi quiconque se donnera la peine de vous remonstrer de quelque façõ, en quelque lieu, & en quelque temps qu'il le fasse, qu'il soit écouté de vostre part auec beaucoup de ressentiment de bienueillance & de reconnoissance. Et apres cela, si vous vous sentez innocent, & qu'il vous semble à propos de vous prouuer tel, il vous sera bien permis de le faire; mais auec ce soin de predre bien vostre temps, & plustost pour luy en faire voir la verité, & le tirer de peine, & plus si vous estes en sa charge, ou si vous releuez de son pouuoir, que pour vous appuyer de quelque excuse.40. Chapter iv. 7. Ne vous amusez point aux equiuoques ny en matiere importante, ny en choses honteuses. Si vous trouuez bon de railler, gardez vous bien de mordre, & bien plus de déchirer comme un chien. Que les bons-mots & les rencontres soient tirées du suiet, que les vns & les autres ayent leur gentillesse & leur pointe, sans attirer l'indignation de personne. Que les plaisanteries ne soient point comme celles des bouffons, qui font rire par des representations extrauagantes, & des actions deshonnestes: si vous rencontrez ioliment, si vous donnez quelque bon-mot, en faisant rire les autres, empeschez-vous-en, le plus qu'il vous sera possible.41. Chapter v. 4. Que vos habits ne demeurent point sales, déchirez, couuerts de poussiere, ou pelez. Qu'ils soient tous les iours du moins vne fois nettoyez auec les époussettes. Et prenez bien garde aussi en quel lieu vous vous assoirez, où vous vous mettrez à genoux, où vous vous accouderez, que le lieu ne soit point malpropre, ny reply d'immondices. Ne portez point le manteau sur le bras, à l'imitation des Fanfarons. Et mettant bas ou vostre robbe, ou vôtre mãteau, pliez les bien proprement & adroitement, & prenez bien garde où vous les posez.42. Chapter v. 5. Choisissez tousiours des habits semblables à ceux de vos compagnons qui passent pour les plus honnestes & moderez, en considerant les lieux & les temps auec discretion: & outre cela, faites qu'en ce poinct vous paroissiez souhaitter d'estre vestu le plus simplement & modestement de tous vos égaux, bien plustost que d'affecter les plus beaux vestements.43. Chapter vi. 1. Faites en sorte quand vous marchez, de ne pas faire des démarches precipitées, d'auoir la bouche ouuerte & comme beante, & de ne vous trop demener le corps, ou le pancher, ou laisser vos mains pendantes, ou remuer & secoüer les bras; sans frapper trop rudement la terre, ou letter à vos pieds de part & d'autre. Cette sorte d'action demande encore ces conditions, que l'on ne s'arreste pas à retirer ses chausses en haut, dans le chemin, que l'on ne marche sur les extremitez des pieds, ny en sautillant ou s'eleuant, comme il se pratique en la dance, que l'on ne courbe point le corps, que l'on ne baisse point la teste, qne l'on n'auance point à pas cõptez, que l'on ne se choque point les talons l'un contre l'autre en entrant dans l'Eglise, que l'on ne reste point teste nuë a la sortie. Si la deuotion n'y oblige, comme lors qu'il est question d'accompagner le Tres-sainct Sacrement.44. Chapter vi. 2. Ne vous amusez pas à vous quarer comme vn Paon, & regarder superbement autour de vous, si vous estes bien mis, & bien chaussé, si vos hauts-dechausses & vos autres habits vous sont bienfaits. Ne sortez point de vostre chãbre, portant vostre plume à vostre bouche, ou sur vostre aureille. Ne vous amusez pas à mettre des fleurs à vos aureilles, à vostre bonnet, ou à vostre chappeau. Ne tenez point vostre mouchoir à la main, ou pendu à vostre bouche, ny à vostre ceinture, ny sous vostre aiselle, ny sur vostre espaule, ou caché sous vostre robbe. Mettez-le en lieu d'où il ne puisse être veu, & il puisse estre toutesfois cõmodément tiré, dez qu'il en sera besoin. Ne le presentez iamais à personne, s'il n'est tout blanc, ou presque pas deployé.45. Chapter vi. 3. Ne marchez jamais par les chemins, en mangeant, soil seul ou en compagnie, & particulierement parmy la foule de la ville. Ne vous mettez pas mesme à manger en la maison hors de temps du repas, & du moins abstenez vous en, quand il s'y rencontrera quelqu'vn.46. Chapter vi. 5. Et si, vous voulez passer pour honneste, accostez vous tousiours des Gents-de-bien, si vous n'en trouuez pas la commodité, ou par ce que vous n'en connoissez point, ou pour quelqu'autre raison, il vaut tousiours mieux que vous alliez seul, qu'en mauuaise compagnie.47. Chapter vi. 7. Si vous promenez auec vne personne seule dans la maison, & qu'il soil d'vne conditiõ qui luy fasse meriter quelque deference, dés le premier pas de la promenade, ne manquez pas de luy donner la droite: Ne cessez point de marcher, s'il ne vient à s'arrester: Ne changez pas le premier le diuertissement, & en vous tournant, ne luy montrez iamais les épaules; mais tousiours le visage. Si elle est dans vne charge releuée, gardez bien de marcher d'vn pas tout à fait égal; mais suiuez tant soit pen derriere, auec tant de iustesse pourtant & de moderatiõ, qu'elle vous puisse bien parler sans s'incõmoder. Si elle vous est égale allez d'un mesme pas tout le long de la promenade, & ne tournez pas tovsiours le premier, à chaque bout de champ; ne faites pas si souuent des pauses au milieu du chemin sans suiet. Car cette liberté ressent sa grandeur & donne du mécontentement. Celuy qui tient le milieu dans vne compagnie dont il est enuironné, si ceux qui la composent, sont égaux, ou presque égaux, il se doit tourner vne fois à droit dans la promenade, & s'ils se rencontrent notablement inegaux, il se doit plus souuent tourner vers le plus qualifié. Enfin que ceux qui l'enuironnent, viennent tousiours à se détourner de son costé & en mesme temps que luy, non point deuant ny apres; puis qu'il est comme le but de la promenade.48. Chapter vii. 1. dans la conuersation de gents doctes & habiles ne debitez pas des bagatelles, & n'auancez pas des discours trop releuez parmy les ignorants, qu'ils ne soient po[note: word missing here] capables d'entendre, ou qu'ils ne puissent pas croire fort facilement. ne debutez pas toûjours par des prouerbes, particulierement parmy vos égaux, & bien moins auec vos superieurs. ne parlez point de choses à cõtr[~e]teps, ou qui puissent choquer les esprits de vos auditeurs. parmy les banquets, & dans les iours de resioüissance ne mettez point sur le tapis de tristes nouuelles, point de recits de rudes calamitez, point d'ordures, point de deshõnestetez, point d'afflictions. bien au cõtraire si tels discours se trouuent entamez par quelqu'autre, faites vostre possible pour en détourner adroictement la suitte. ne contez iamais vos songes qu'à de vos confidents, & encore que ce soit pour profiter de leur interpretation; vous gardant bien d'y donner aucune croyance.49. Chapter vii. 2. Vne personne bien nourrie ne s'amuse iamais à faire parade de ses belles actions, de son esprit, de sa vertu, & de ses autres bonnes & loüables qualitez, au cõtraire il ne faut iamais s'entretenir auec les autres de sa haute naissance, ou de la Noblesse de ses parents, de ses richesses, ny de ses grandeurs, si l'on n'y est contrainct. II ne faut pas aussi se raualler entierement.50. Chapter vii. 3. Il ne faut pas se mettre sur la raillerie, quãd il n'est point temps de solastrer. Gardez-vous bien d'éclater en risées, d'y passer les bornes de la bienseance, & de le faire sans un suiet raisonnable, pour suiure l'inclinatiõ qui vous porte à rire. Ne prenez iamais suiet de rire du malheur d'autruy, quoy qu'il semble en quelque façon digne de risée.51. Chapter vii. 4. Ne donnez iamais de sobriquet, soit dans le jeu, ou bien hors du jeu. Gardez vous bien de picquer qui que ce puisse estre; ne vous mocquez d'aucune personne, particulierement d'entre celles qui sont qualifiées, quoy qu'auec occasion.52. Chapter vii. 5. Ne vous rendez point morne & de fâcheux abord; mais affable & prompt à rendre de bons offices, & soyez toûjours le premier à saluër. Entendez bien ce que l'on vous dit & y respondez; Ne vous retirez point à l'écart, quand le deuoir vous engage à la conversation.53. Chapter vii. 6. Gardez vous bien de medire d'aucune personne ou de vous entretenir des affaires d'autruy. Et mesme souuenez vous de garder la moderation dans vos loüanges.54. Chapter vii. 7. Ne vous ingerez pas dans les entretiens & les consultations, où vous ne serez pas asseuré d'estre le bien venu. Ne dites iamais vostre aduis des affaires que l'on ne vous l'ait demandé, si toutesfois vous n'estes le premier en authorité, & que ce ne soit point à contre-temps, ou sans apparence de quelque auantage. Quand vous en estes prié, abregez vostre discours, & prenez de bonne heure le noeud de l'affaire à demesler.55. Chapter vii. 8. Si deux personnes out quelque chose à decider ensemble, ne prenez le party ny de l'vn, ny de l'autre, si quelque grãde raison ne vous y oblige. Ne soustenez pas vos sentiments auec vne trop grande obstination. Dans les matieres où les opiniõs sont libres, prenez tousiours le party qui est le plus appuyé.56. Chapter vii. 9. Ne faites pas le censeur & le juge des fautes d'autruy, car cela n'appartient qu'aux maistres, aux peres, & à ceux qui out quelque superiorité. Il vous est toutesfois permis de faire paroistre l'auersion que vous en cõceuez. Et vous pouuez bien quelquesfois dõner aduis avantageux au defaillants.57. Chapter vii. 10. Ne vous amusez pas à considerer curieusement les defauts ou les taches, quoy que naturelles, particulierement si elles se rencontrent au visage, & ne vous enquerez pas d'où elles out precedé. Ce que vous diriez bien volontiers en l'oreille à vn amy, doit estre conserué sous la clef du sil[~e]ce, lors que vous vous trouuez en cempagnie58. Chapter vii. 11. Ne vous seruez iamais en vos discours & n'employez vne langue qui ne vous est pas bien cognuë & familiere, si ce n'est en vne occasion bien pressante, pour donner plus clairement à connoistre vostre pensée. Parlez tousiours en la vostre maternelle & natale, non pas grossierement, comme la lie du peuple, ou les pauures chambrieres; mais comme les plus delicats & les plus gros Bourgeois, auec erudition & auec elegance. Et prenez à tâche d'obseruer en vos discours les regles de l'honnesteté & de la modestie; & vous gardez bien de ces contes vn peu trop libres; ne les faites ny en l'oreille d'vn autre, ny ne les poussez par jeu auec profusion. N'employez point de termes bas & raualez ou populaires en des matieres hautes & reluées.59. Chapter vii. 12. Ne vous mettez point à discourir, que vous ne vous y soyez bien preparé, & que vous n'ayez bien estudié vostre suiet. Dans l'entretien ordinaire, n'allez point chercher de periphrases, point de subtilitez, ny de figures. Ne confondez point vos paroles dans les coutumes d'vne langue trop brusque & begayante; mais aussi, ne parlez pas si lentement, & à tant de reprises, que vous donniez de l'ennuy.60. Chapter vii. 13. Quand quelque autre parle, prenez garde de donner suiet à ses Auditeurs de s'en detourner; & pour vous, écoutez-le fauorablement & auec attention, sans destourner les yeux d'vn autre costé, ou vous arrester à quelqu'autre pensée. Si quelqu'vn a de la peine à tirer ses mots comme par force, ne vous amusez pas á luy en suggerer, pour faire paroistre quelque desir d'aider celuy qui parle, si'l ne vient à vous en prier, ou que le tout se passe dãs le particulier, & qu'encore cette persõne soit de vos plus intimes & familiers amis; & apres tout ne l'interrompez point, & ne luy repliquez en aucune maniere, iusques à ce que luy-mesme ait acheué.61. Chapter vii. 14. Quand vous arriuez sur la moitié de quelque discours, ne vous enquerez pas du suiet de l'entretien; car cela est trop hardy & ressent l'homme d'authorité. Suppliez plûtost honnestement & courtoisement que l'on le poursuiue, si vous voyez qu'il se soir interronpu à vostre arriuée, parquel que sorte de deference. Au contraire s'il suruient quelqu'vn, lors que vous parlerez, & particulierement si c'est vne personne qualifiée & de merite, il est de la bien-seance de faire vne petite recapitulation de ce qui a esté auancé, & de poursuiure la deduction de tout le reste de la matiere.62. Chapter vi. 17. Ne montrez point au doigt la personne dont vous parlez, & ne vous approchez point trop prés de celuy que vous entretenez, non plus que de son visage, à qui il faut toûjours porter quelque reuerence.63. Chapter vi. 18. Si vous auez vne affaire particuliere à communiquer a l'vne de deux personnes ou de plusieurs qui s'entretiennent ensemble, expediez en trois mots, & ne luy dites pas en l'oreille ce que vous auez à proposer; mais si la chose est secrette, tirez-la tant soit peu à l'écart, s'il vous est possible, & que rien ne vous en empesche; parlez luy en la langue que les assistants entendent.64. Chapter vii. 21. Abstenez vous de faire des comparaisons des personnes l'vne auec l'autre; Et partant si l'on donne des loüanges à quelqu'vn pour vne bonne action, ou pour sa vertu, gardez vous bien de loüer la mesme vertu en quelque autre. Car toute comparaison se trouue odieuse.65. Chapter vii. 22. Ne faites pas aisément dessein de redire aux autres les nouuelles & les rapports qui auront couru touchant les rencontres des affaires, si vous n'auez vn garant de leur verité. Et ne vous amusez pas en racontant ces vau-de-villes, d'en citer l'Autheur, que vous ne soyez bien asseuré qu'il ne le trouuera pas mauuais. Gardez tousiours bien le secret qui vous a esté confié & ne le ditez à personne, de crainte qu'il ne soit diuulgué.66. Chapter vii. 23. Si vous racontez, ou lisez, ou entreprenez d'en prouuer par raisonnements quoy que ce soit, tranchez-le-court, & particulierement quand le suiet en est peu important, ou quand vous reconnoissez les dégousts qu'en ont les Auditeurs.67. Chapter vii. 24. Ne témoignez pas de curiosité dans les affaires d'autruy, & ne vous approchez dé là où l'on parle en secret.68. Chapter vii. 25. Ne vous chargez point d'vne chose dont vous ne vous pouuez acquiter; maintenez ce que vous auez promis.69. Chapter vii. 27. Quand vous faites vne ambassade, vn rapport, ou donnez l'ouuerture de quelque affaire, taschez de le faire sans passion & auec discretion, soit que vous ayez à traitter auec personnes de peu, ou personnes de qualité.70. Chapter vii. 27. Quand ceux qui out sur vous commandement, parlent à quelqu'vn, gardez vous bien de parler, de rire, ou de les escouter.71. Chapter vii. 30. Estant auec de plus grands que vous, principalement s'ils ont du pouuoir sur vous, ne parlez pas deuant que d'estre interrogé, & alors leuez-vous debout, découurez-vous, & répondez en pen de mots, si toutesfois l'on ne vous donne congé de vous asseoir, ou de vous tenir couuert.72. Chapter vii. 31. Dans les disputes qui arriuent, principalement en conuersation, ne soyez pas si desireux de gagner, que vous ne laissiez dire a chacun son aduis, & soit que vous ayez tort, ou raison, vous deuez acquiescer au jugement du plus grand nombre, ou mesme des plus fascheux, & beaucoup plus de ceux de qui vous dépendez, ou qui sont juges de la dispute.73. Chapter vii. 35. Vostre maintien soit d'homme moderément graue, posé, & attentif a ce qui se dit, afin de n'auoir pas à dire à tout propos: Comment ditez-vous? comment se passe cela? je ne vous ay pas entendu, & d'autres semblables niaiseries.74. Chapter vii. 39. N'employez pas vn an à vostre preface, & en certaines longues excuses ou ceremonies, en disant, Monsieur: excusez-moy! si ie ne sçay pas si bien dire, &c., toutesfois pour vous obeyr, &c., & autres semblables ennuyeuses and sottes trainées de paroles; mais entrez promptement en matiere tant que faire se pourra auec vne hardiesse moderée: Et puis poursuiuez, sans vous troubler, iusques à la fin. Ne soyez pas long; sans beaucoup de digressions, ne reïterez pas souuent vne mesme façon de dire.75. Chapter viii. 2. Estant assis à table, ne vous grattez point, & vous gardez tant que vous pourrez, de cracher, de tousser, de vous moucher: que s'il y a necessité, faites-le adroitement, sans beaucoup de bruit, en tournant le visage de costé.76. Chapter viii. 3. Ne prenez pas vostre repas en gourmand.77. Chapter viii. 9. Prenant du sel, gardez que le cousteau ne soit gras: quand il le faut nettoyer, ou la fourchette on le peut faire honnestement auec vn peu de pain, ou comme il se pratique en certains lieux, auec la serviette, mais iamais sur le pain entier.78. Chapter viii. 10. Traittant quelqu'vn, il est de la bien-seance de le seruir en table, & luy presenter des viandes, voire mesme de celles qui sont proches de luy. Que si l'on estoit invité chez autruy, il est plus à propos d'attendre que le Maistre ou vn autre serue, que de prendre des viandes soy-mesme, si ce n'estoit que le Maistre priast les conuiez de prendre librement, ou que l'on fust en maison familiere. L'on se doit aussi peu ingerer à seruir les autres hors de sa maison, où l'on avoir peu de pouuoir, n'étoit que le nombre des conuiez fust grand, & que le Maistre de la maison ne peust pas avoir l'oeil sur tout; Et pour lors l'on peut seruir ceux qui sont proches de soy.79. Chapter viii. 14. Si vous trempez en la saulce le pain ou la chair, ne les trempez pas derechef, apres y auoir mordu, trempez-y à chaque fois vn morceau mediocre, qui se puisse manger tout d'vne bouchée.80. Chapter viii. 17. Ne portez pas le morceau à la bouche, tenant le cousteau en la main, à la mode des villageois.81. Chapter viii. 21. Il est messeant de se baisser beaucoup sur son escuelle ou sur la viande, c'est assez de s'encliner vn peu lors que l'on porte le morceau trempé à la bouche, de crainte de se salir, & puis redresser la teste.82. Chapter viii. 30. Ne portez pas le morceau à la bouche que l'autre ne soil auallé, & que tous soient tels qu'ils ne fassent pas enfler les jouës hors de mesure; ne vous seruez pas des deux mains pour vous mettre le morceau à la bouche, mais seruez vous d'ordinaire de la droite.83. Chapter viii. 32. Ne boiuez ayant le morceau en la bouche, ne demandez point à boire, ne parlez, ne vous versez point à boire, & ne boiuez cependant que vostre voisin boit, ou celuy qui est au haut bout.84. Chapter viii. 34. Ne boiuez point trop lentement ny trop à la haste, ny comme en maschant le vin, ny trop souuent ny sans eau, car c'est à faire aux yvrognes. Deuant & apres que vous aurez beu, effuyez-vous les lévres, & ne respirez pas auec trop grand bruit, ny alors, ny iamais, car c'est vne chose bien inciuile.85. Chapter viii. 36. Ne vous nettoyez pas les dents auec la nappe, ou la seruiette, ny auec le doigt, la fourchette, ou le cousteau. Ce seroit faire pis de le faire auec les ongles, mais faites-le auec le curedent. Aussi ne semble-il estre bien-seant de se les nettoyer en table, si ce n'estoit que les autres le fissent, & que ce fust la coustume des mieux ciuilisez.86. Chapter viii. 37. Ne vous rincez point la bouche auec du vin, pour le reietter en presence des autres; mais sorty que vous serez de table, accoustumez vous à lauer les mains auec les autres. Quant à la bouche, il semble n'estre pas à propos de la lauer en presence des gens, & partant quand l'on donne à lauer, mesme en table, l'on doit seulement lauer les mains.87. Chapter viii. 38. C'est chose peu loüable & presque aujourd'huy hors d'vsage, d'inuiter la compagnie à manger, principalement trop souuent & auec importunité, car il semble qu'on luy osté la liberté. Beaucoup moins deuez-vous boire à autruy toutes les fois que vous boiuez: que si l'on boit à vous, vous pouuez le refuser modestement, remerciant de bonne grace, & confessant de vous rendre; ou bien essayez vn peu le vin par courtoisie, principalement auec gens qui sont accoustumez. à cela, & prennent le refus à iniure.88. Chapter viii. 42. Quand les autres ont acheué de manger, despechez vous aussi, & ne tenez pas les bras sur la table, mais posez les mains seulement sur le bout.89. Chapter viii. 45. C'est à faire au plus honnorable de la compagnie de déplier le premier sa seruiette, & toucher aux viandes: & partant les autres doiuent attendre paisiblement sans mettre la main à chose aucune deuant lui.90. Chapter viii. 47. Ne vous fâchez iamais en table, quoy qu'il aduienne, ou bien si vous vous fâchez, n'ent faites point de semblant, principalement y ayant des estrangers à table.91. Chapter viii. 48. Ne vous asséez point de vous mesme au haut-bout; miais s'il vous appartient, ou si le maistre du logis le veut ainsi, ne faites pas tant de resistance pour n'y point aller, que vous fachiez toute la compagnie.92. Chapter viii. 49. Si on lit ou deuise en table, soyez attentif, & s'il faut parler, ne parlez point auec le morceau en la bouche.
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