Note (retour) — DE BIENVILLE (continued 4)
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De l'autre côté des mers, là-bas, dans ma chère France, vit une femme aussi belle qu'indifférente. En la faisant si parfaite de sa personne, Dieu voulut la dédommager, sans doute, du peu de sentiment dont il la voulait gratifier. Un jour, que j'ai cent fois maudit, ma fatale destinée me jeta sur sa voie. En la voyant, je l'aimai. Nul doute que je lui plus aussi d'abord, car elle répondit à mes vœux et consentit à m'épouser en secret. Son père, M. de la Grange-Trianon, ignorait encore notre mariage, lorsqu'il s'avisa tout à coup de s'opposer à nos amours, qu'il avait paru favoriser jusqu'alors. Madame de Frontenac répondit qu'elle n'aurait jamais d'autre époux que moi. Irrité, M. de la Grange-Trianon la força d'entrer au couvent. C'était le premier échec à mon bonheur. On la rendit pourtant bientôt à mes désirs lorsqu'elle eut avoué notre union. J'aurais dû m'attendre, n'est-ce pas? que cette séparation augmenterait l'ardeur de son attachement pour moi. Il n'en fut rien. Quelques mois à peine s'étaient écoulés depuis qu'on avait accepté notre mariage, que déjà l'indifférence de la comtesse ne se déguisait plus à mes yeux. Et cependant, Dieu m'est témoin que je ne l'ai jamais provoquée. Auprès d'elle toujours empressé, je ne m'étudiais qu'à lui plaire; et mon amour pour madame de Frontenac n'avait fait que grandir quand je m'aperçus que le sien avait diminué d'autant. C'est alors que je souffris des tortures d'autant plus fortes que je savais ne les avoir pas méritées. Bientôt même l'inconstante ne fit un mystère à personne de l'éloignement qu'elle ressentait pour moi.75 Depuis lors, jamais un mot, pas même un regard d'elle ne sont venus dérider mon front dans l'amer délaissement où elle m'a jeté. Dégoûté d'une vie si pénible, j'allai chercher la mort sur maints champs de bataille, en Flandre, en Allemagne, en Piémont, jusqu'en Orient, mais sans pouvoir l'y trouver nulle part.