Note (retour) — DIX-HUITIÈME SIÈCLE (continued 6)
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—Soit; mais puisqu'il est certain qu'à peine un millier d'enfants dans une nation pourront être élevés ainsi, l'inutilité de l'effort est égale à l'immensité du labeur.—N'importe; Rousseau tient à son système parce que c'est le seul vrai, à son avis, et peu l'inquiète qu'il soit presque impraticable; et il y tient peut-être justement parce qu'il sent que Rousseau seul, ou à peu près, le peut appliquer. C'est cela même, au fond, qui le séduit. Comme Rousseau a, ce me semble, beaucoup d'esprit théologique dans l'intelligence, de même il a quelque chose du tempérament sacerdotal. Rousseau est un prêtre; c'est un très mauvais prêtre, si l'on veut, mais c'est un prêtre. Il en a l'orgueil, l'esprit de domination et la tendresse. Vous pouvez songer à Joad. Il veut l'enfant séparé du monde, des autres enfants et de la famille, et livré à l'influence enveloppante et continue d'un sage célibataire, chaste, pieux, instruit, méditatif surtout, moraliste plutôt qu'humaniste, et contempteur du monde et du siècle. Emile reçoit l'éducation d'un jeune lévite. Ce millier d'enfants, dans une nation, élevés par un millier de religieux, que je supposais tout à l'heure, je ne serais pas étonné que ce fût l'idée de derrière la tête de Rousseau, beaucoup plus aristocrate qu'on ne croit.—Remarquez que si Rousseau respecte fort le développement spontané de l'intelligence dans son disciple, il n'entend pas raillerie, ni tolérance, pour ce qui est de la volonté dans l'enfant. Il la brise; il n'admet pas qu'elle se déclare; il ne veut pas qu'on raisonne avec elle, qu'on essaye de la persuader; il veut qu'elle rencontre, non pas même une défense, ce qui ressemble encore à une discussion, mais un non pur et simple et invincible, une contre-volonté massive, muette et inébranlable comme un obstacle matériel. «Ce dont il doit s'abstenir ne le lui défendez pas; empêchez-le de le faire, sans explication, sans raisonnement.... Que le non une fois prononcé soit un mur d'airain85...»