Note (retour) — DIX-HUITIÈME SIÈCLE (continued 6)
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Enfin ses effusions sentimentales arrivaient bien en leur temps, et comme réaction, et comme chose déjà suffisamment préparée. La Chaussée, Prevost, Marivaux lui-même, avaient déjà fait verser de douces larmes. La «sensibilité» du XVIIIe siècle remonte à eux: et il est juste de leur en tenir compte. Seulement, s'ils avaient fait pleurer, ils n'avaient pas eu l'autorité nécessaire sur les esprits pour qu'on se sût gré et qu'on se fît honneur des larmes versées. Il fallait un homme de génie qui fît des faiblesses du coeur un mérite de la conscience, qui les autorisât et les consacrât par des chefs-d'oeuvre, et qui, non seulement mît la sensibilité en liberté, mais la plaçât comme sur le trône. Rousseau a fait là ce qu'il dit quelque part que fait le poète dramatique95. Le poète, selon lui, «suit le goût public en le développant», et ne fait que penser ce que le public va penser lui-même, «sitôt qu'on osera lui en donner l'exemple». Rousseau a donné l'exemple de la sensibilité qui se croit sanctifiante et d'une sorte d'attendrissement qui se donne l'air sacerdotal; et il fit du don des larmes une manière de vocation religieuse. Le prêtre manquait, le directeur d'âmes, le guide des coeurs, dont jamais les hommes ne se sont passés. L'homme de science avait essayé de l'être, n'avait réussi qu'à demi. Ce fut l'homme sensible qui le fut. L'oeuvre de Rousseau, dont les effets durent encore, a été de remplacer, pour une partie considérable de la nation, les prêtres par les romanciers.