Note (retour) — DIX-HUITIÈME SIÈCLE (continued 6)
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Et cela pour une raison à la fois un peu subtile et très juste, que Rousseau tire ingénieusement de l'idée même qu'il se fait de la souveraineté. La loi est la parole de la souveraineté; elle est l'expression de la volonté générale. C'est pour cela que la souveraineté ne peut parler que par la loi, non par une décision particulière. La volonté générale n'a son expression que dans la loi; elle ne peut l'avoir dans une résolution de détail, d'interprétation ou d'application. Elle cesserait alors d'être volonté générale. «La volonté générale change de nature ayant un objet particulier, et ce n'est pas à elle de prononcer ni sur un homme, ni sur un fait94.» Donc le peuple ne doit être ni gouvernement, ni juge. Il y perdrait comme sa nature propre. Il deviendrait un particulier. Il y perdrait son droit (et il faudrait ajouter son aptitude) à penser généralement, à décider sur les ensembles, et à concevoir l'ordre et la règle. Donc ni le peuple, du moment même qu'il est législateur, ne peut être ni gouvernement, ni juge; ni, non plus, la loi ne peut avoir un caractère particulier, viser une personne, ou être faite pour une circonstance. Une loi contre une personne, ou une loi de circonstance, non seulement a toutes les chances du monde d'être injuste, mais elle est une monstruosité: elle n'est pas une loi; elle est un acte de gouvernement qu'on appelle loi pour tromper l'opinion. C'est le renversement de toute morale politique.