Note (retour) — DIX-HUITIÈME SIÈCLE (continued 6)
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Je ne déteste, certes, point le scepticisme de Rousseau à l'endroit de la vertu moralisatrice du théâtre, quand je songe à l'idée vraiment candide, et peut-être pire, que se faisaient Voltaire et Diderot, ou qu'ils affectaient d'avoir, relativement aux salutaires et merveilleux effets du théâtre sur les moeurs. Et cependant, sans aller jusqu'à tenir le théâtre pour une école de morale, je ne suis pas sans lui accorder une très légère, très flottante, presque insensible, mais salutaire, influence. L'argument est trop facile qui consiste à dire: le théâtre n'a jamais corrigé personne. Il n'a jamais corrigé précisément tel vicieux, tel ridicule ou tel imbécile, parce qu'il est trop évident qu'ils ne s'y sont pas reconnus. Mais il crée une atmosphère générale, un état d'opinion, un «milieu», comme on dit en langage scientifique, qui ne laisse peut-être pas d'avoir son influence, sinon sur les vicieux ou les sots authentiques, du moins sur ceux qui sont à mi-chemin de l'être, c'est-à-dire sur tout le monde. Rousseau reconnaît que c'est le goût général qui est la règle du théâtre. Eh bien, ce «goût général» le théâtre le renvoie au public, mais «développé», comme dit Rousseau encore, renforcé, plus vif, exprimé en traits brillants, ou en types et caractères saisissants. Il frappe des proverbes, et il donne des noms propres aux vices. Appeler l'hypocrisie Tartufe, si l'on a assez de génie pour que Monsieur Tartufe soit immortel, je suis très disposé à croire que c'est peu de chose, mais encore soyez sûr que ce n'est pas rien. Ainsi, de ce goût général revenu au public fortifié, vivifié et comme illuminé par le théâtre, se forme une opinion publique qui pèse, un peu, au moins, sur la conduite des hommes. Les hommes pensent désormais un peu plus fortement ce qu'ils pensaient, et peut-être agissent un peu plus comme ils pensent. Or rendre les actions des hommes un peu plus conformes à leurs pensées et un peu moins à leurs passions, ce n'est pas un très grand profit moral, j'en conviens; mais c'en est un. Voilà ce que le théâtre fait. Il ne me corrige pas; mais il redresse un peu le bon sens public qui, à son tour, pèse sur moi. «Vous dites qu'il n'a corrigé personne; je le veux bien; mais le but n'est pas de corriger quelqu'un; c'est de corriger tout le monde.» Ce mot d'Emile Augier est plein de justesse82.. Il est ce qu'on doit dire en faveur du théâtre quand on ne veut tomber dans aucun excès ni de confiance ni de mépris.