CHAPITRE XVIII.
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Conclusion.

Pour toute âme libre, pour tout cœur viril qui se sent battre aux grandes choses, c’est une imposante et profonde allégorie, dans l’austère symbolisme des vieux Hellènes, que ce beau dogme du Titan Prométhée.
Qu’y voyons-nous? Nous y voyons, à l’aurore des temps, l’intelligence en lutte avec la tyrannie brutale. Celle-ci, furieuse de ne pouvoir anéantir l’immortelle réfractaire, l’enchaîne, la brise, la torture à plaisir.
Nous y voyons la lumière aux prises avec les ténèbres, le feu créateur et victorieux domptant et animant la matière inerte.
En un mot, l’avenir contre le passé; la force du droit contre le droit de la force; la liberté vivifiante contre le despotisme qui tue!
Bravant l’ire et la foudre de Jupiter l’usurpateur, l’audacieux enfant de la sage Thémis dérobe un jour à sa source primitive, en faveur des pauvres mortels qu’il aime d’un amour de père, le feu, le feu céleste, principe de la vie, âme de l’âme!
Mais Jupiter est là! Jupiter n’entend pas qu’on le précipite ainsi du sommet de sa toute-puissance héréditaire: il s’y trouve trop bien. Cette lumière expansive et pénétrante, qui menace d’envahir les ténèbres dont il s’entoure, de percer l’auguste nuit, sanctuaire de son inviolable majesté; ce feu sacré que le Prométhée du progrès et de la science voudrait faire circuler dans les veines du pauvre peuple, il n’en veut pas, lui, car ce serait la fin de son règne!
Et la lutte s’engage. D’un côté, la science, la justice, la liberté, l’avenir!... de l’autre, l’ignorance, l’iniquité, l’esclavage, le passé!...
Prométhée contre Jupiter!... voilà toute la vie d’Estienne Dolet.
Avant d’abandonner ce long travail où j’ai mis toutes mes études et toute mon âme, résumons en quelques lignes les traits saillants, les principaux caractères de la grande figure que je viens d’esquisser.
Comme on l’a vu, de 1533 à 1544, Estienne Dolet fut emprisonné CINQ FOIS; en outre, d’un bout à l’autre de sa brève et douloureuse existence, il fut assailli de persécutions et d’avanies, harcelé de haines sans trêve et de ressentiments sans pardon.
Eh bien! tant d’affreux dérangements ne l’empêchèrent pas, cet HOMME!... d’être à la fois orateur, philosophe, historien, commentateur, poëte et artiste.
Si dans sa courte carrière il fut parfois coupable, en revanche, il fut presque toujours malheureux... et le malheur est comme le repentir... c’est un baptême expiatoire, un lavacrum providentiel qui efface bien des fautes.
Oh! oui, noble et sainte victime! bien loin que ton supplice ait souillé la flamme, suivant l’infâme expression de Scaliger... cette flamme purificatrice a dévoré toutes les souillures de ta vie mortelle, enlevé toutes les taches de ton humanité caduque... et maintenant elle environne à jamais ton front du nimbe des vrais élus, de l’auréole des vrais martyrs!
Ta mort, aux yeux du vulgaire, fut sans doute bien cruelle. Mais il ne sait pas, ce lâche vulgaire, il ne saura jamais combien il est doux aux grands hommes de mourir pour une conviction. Ils ont tous la consolation suprême qu’après eux leur idée ne sera pas perdue; ils savent d’avance qu’elle germera dans le monde, et que, tôt ou tard, elle produira ses fleurs et ses fruits; ils savent, enfin, que l’erreur tombe et que la vérité se lève, que les tyrans passent et que la liberté demeure!


