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Essai sur l'Histoire Religieuse des Nations Slaves

Note 193 — CHAPITRE XV. RUSSIE. (Suite.)

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Parmi ces ouvrages, le plus remarquable est celui de M. Heffter, que nous regrettons de n'avoir pas lu avant d'avoir écrit notre Essai sur le Panslavisme. Cet ouvrage est intitulé Der Weltkampf der Deutschen und der Slaven, ou la Lutte universelle entre les Allemands et les Slaves (1847). C'est un ouvrage bien écrit, avec une connaissance profonde du sujet; il contient une description détaillée de l'asservissement des Slaves de la Baltique par les Allemands. Peu d'ouvrages cependant soulèvent à un plus haut degré les sentiments violents d'animosité nationale de la part des Slaves contre les Allemands, car toute sa teneur est une paraphrase continuelle des événements ainsi décrits par Herder: «Les Slaves furent ou exterminés ou réduits en servitude par provinces entières, et leurs terres furent distribuées aux évêques et aux nobles.» Le savant auteur, après avoir réuni toutes les preuves historiques contre le caractère national des Slaves, en excluant systématiquement tout ce que ses propres concitoyens ont dit en leur faveur, déclare (page 459) que les Slaves ne méritent aucun intérêt; car c'est leur conduite, ajoute-t-il, qui leur a valu les maux dont ils se plaignent. Le même auteur fait observer que le dernier acte de la lutte nationale fut la violation de tout principe du droit des gens qui fut accueillie par une réprobation si générale en Europe, c'est-à-dire l'incorporation de la république de Cracovie à l'Autriche. Il triomphe à l'idée que le Germanisme poursuivra avec fermeté le cours de ses conquêtes sur le territoire slave; il condescend généreusement à laisser aux Slaves leur langage et leur littérature, à la condition qu'ils ne feront aucune tentative d'émancipation politique; il déclare enfin que les contrées slaves soumises à la domination allemande de la Prusse et de l'Autriche, doivent perdre tout espoir d'atteindre un but que les Allemands leur défendent de poursuivre. Les mêmes sentiments furent manifestés à la diète de Francfort, qui oublia probablement que la population slave de l'Empire autrichien est plus du double de sa population allemande. Nous avons donné les extraits d'autres écrivains allemands exprimant les mêmes opinions, dans notre Essai sur le Panslavisme (p. 133). Toutes ces manifestations d'une intention positive de tenir politiquement les Slaves sous la domination de l'Allemagne, produisirent une immense irritation parmi ceux de la Prusse et de l'Autriche; il est à craindre que les évènements qui ont suivi, ainsi que la politique continuée aujourd'hui par le cabinet autrichien, n'aient pas adouci ce malheureux sentiment, et, dans le cas d'une nouvelle commotion politique dans l'Ouest, cette irritation pourrait produire des collisions et des complications telles, que les hommes d'État de l'Europe n'en ont peut-être jamais rêvées dans leurs spéculations philosophiques. Nous saisissons avec empressement l'occasion de représenter à la presse périodique et aux hommes publics de ce pays, la grande importance qui s'attache à leurs opinions dans les contrées auxquelles ces opinions se rapportent. Ainsi, par exemple, les articles hostiles de la presse anglaise et les discours du même genre dans les deux chambres du Parlement, causés par des accusations entièrement dénuées de fondement ou produites par des parties également coupables des excès qu'elles imputaient aux Polonais, firent sur notre pays un effet déplorable; ces manifestations hostiles ont été dues généralement à une irritation momentanée, résultant d'une impression fausse, et quelquefois elles se sont produites uniquement en opposition au parti politique anglais favorable à la cause polonaise, et quelquefois même sans autre raison qu'un accès de mauvaise humeur chez un individu, qui l'exhalait contre les Polonais parce qu'ils lui en offraient la première occasion. L'impression de tous ces discours et de ces accusations violentes s'effaça bientôt de l'esprit du public anglais, accoutumé aux expressions peu mesurées du sentiment politique; et peut-être un grand nombre des personnes qui ont pris part à ces manifestations les ont-elles oubliées depuis long-temps; mais l'impression produite en Pologne fut profonde et pénible, car les rapports de toutes ces expressions hostiles, émanées de la plume des journalistes anglais ou tombées des lèvres des membres du Parlement, circulèrent rapidement en Pologne, tandis que toutes les manifestations de sympathie qui eurent lieu à cette époque en faveur de ce même pays, de la part de la presse et des hommes publics de l'Angleterre, furent soigneusement soustraites à la connaissance de ses habitants[193]. Ces circonstances ont rendu un très grand service à la Russie, en affaiblissant l'influence morale de l'Angleterre dans l'est de l'Europe, et en augmentant dans une proportion inverse celle de la Russie, qui a dû un nouvel accroissement aux évènements récents de la Hongrie; et cependant peut-on douter un instant que l'influence morale de l'Angleterre ne soit un des leviers les plus puissants de la liberté et de la civilisation dans plus d'une contrée, et que les véritables intérêts de la Grande-Bretagne ne réclament toute l'énergie de ses efforts pour établir cette influence en tous lieux, afin de la faire servir au but religieux que nous avons indiqué? Ce serait l'unique moyen de contre-balancer des tendances d'une nature tout opposée, hostiles à la fois aux intérêts politiques, commerciaux et religieux de l'Angleterre. Personne ne doute aujourd'hui du désir traditionnel de la Russie de conquérir la Turquie; tôt ou tard cette politique persévérante triomphera, à moins qu'on ne la prive, en temps opportun, des moyens dont elle dispose. La Russie arrivera infailliblement à subjuguer l'Empire ottoman, ou tout au moins à lui infliger un coup mortel, en convertissant à ses vues politiques et religieuses les Slaves turcs. Elle est mieux que jamais en mesure d'atteindre le but constant de son ambition, depuis que l'Autriche, dominée malgré elle par les évènements récents de la Hongrie, et surtout par sa politique meurtrière dans ce pays, est devenue sans puissance contre l'envahissement moral de la Russie dans ces régions. Ses progrès peuvent encore trouver une barrière infranchissable, sans que l'on use de mauvais procédés envers cette puissance, qui ne fait, en définitive, que ce que toute autre nation, située comme elle l'est, eût probablement fait à sa place, mais en adoptant, au contraire, les moyens les plus réfléchis pour contre-balancer son influence. Nous croyons, en toute sincérité, que l'on ne saurait en employer d'autres plus efficaces que ceux dont nous avons parlé dans notre Essai sur le Panslavisme et le Germanisme, c'est-à-dire un libre développement de la nationalité des Slaves de l'Ouest et du Sud. Un régime constitutionnel, concédé bonâ fide par l'Autriche, aiderait puissamment à ce progrès si désirable dans l'intérêt de l'Europe tout entière. Il est bien à craindre qu'il ne soit trop tard, si les Slaves de l'Ouest, abandonnés par l'Europe et exposés aux efforts inconsidérés de l'Allemagne pour les maintenir dans un état de subordination politique, en viennent à se livrer définitivement à l'opinion, qui gagne déjà beaucoup de terrain parmi eux, que le seul moyen pour les Slaves d'obtenir une position dans la société européenne, est de sacrifier les intérêts de leurs branches séparées à ceux de leur race entière, et de chercher une compensation à ce sacrifice dans la perspective glorieuse d'un empire qui, formé de toutes leurs branches, acquerrait infailliblement une prépondérance décisive dans les affaires du monde. Tous ceux qui ont étudié la situation des diverses nations slaves, savent qu'une telle combinaison est bien moins une utopie qu'une prévision réalisable, et l'Europe fera bien d'y avoir l'œil avant qu'il soit trop tard. À tout évènement, c'est un sujet qui mérite l'examen sérieux de tous ceux qui s'intéressent à la situation politique du continent. Ils verront bientôt que les effets des déplorables procédés dont nous avons parlé, deviennent de jour en jour plus évidents, et qu'ils peuvent appeler de grandes et éternelles calamités, non-seulement sur les deux races rivales, mais encore sur la cause de l'humanité et de la civilisation en général. Tous les moyens possibles devraient donc être employés pour détourner les conséquences trop probables d'animosités nationales, dont l'existence ne saurait malheureusement être mise en doute.

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