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Essai sur l'Histoire Religieuse des Nations Slaves

Note 190 — CHAPITRE XV. RUSSIE. (Suite.)

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Les souffrances qui ont été infligées à la nation de l'auteur de cet ouvrage par le gouvernement russe, sont trop bien connues; et c'est précisément à cause de son opposition à cette aveugle politique, qu'il se trouve aujourd'hui sur le sol hospitalier de l'Angleterre. Il n'hésite point toutefois à déclarer, au nom de ses concitoyens, que les sentiments qui les animent à l'égard des Russes, ne sont pas ceux de la vengeance, mais d'un regret profond de les voir transformés en misérables instruments d'oppression, et par cela même cent fois plus à plaindre que le parti opprimé. Ils espèrent qu'une nation qui peut se glorifier des trophées républicains de Novogorod, et qui a produit un Minine et un Pojarski, est réservée à de plus hautes destinées[190]. Longues et sanglantes furent les luttes qui divisèrent les deux nations, et la victoire couronna plus d'une fois les aigles polonaises; mais peu de peuples peuvent se vanter d'un triomphe aussi glorieux que celui qui fut obtenu, en 1612, sur Moscou, par le général polonais Zolkiewski. Ayant défait les forces russes, Zolkiewski marcha sur leur capitale qui, en proie à l'anarchie et aux factions, trembla à l'approche d'un ennemi redouté. Pour échapper à la ruine imminente de leur pays, les boyards offrirent, par l'intermédiaire de Zolkiewski, le trône de Russie au fils de Sigismond III, sans stipuler d'autre condition que la liberté de leur Église. Le général victorieux accepta cette proposition; il y fit ajouter qu'une constitution, garantissant aux habitants leurs vies et leurs propriétés, serait établie en même temps en Moscovie; ainsi, le vainqueur conférait une liberté inespérée aux vaincus. Entré dans la capitale à la demande des boyards, il rétablit l'ordre et se concilia la confiance illimitée des habitants. Quand, pour accélérer l'exécution du traité conclu par ses soins, Zolkiewski partit de Moscou, il laissa cette capitale, naguère terrifiée et consternée à son approche, au milieu des regrets universels de la population. Les principaux personnages du pays l'accompagnèrent jusqu'aux portes de la ville, les fenêtres et même les toits des maisons, dans les rues qu'il avait à traverser, étaient garnis de Russes appelant la bénédiction du ciel sur le général polonais, qu'ils redoutaient peu de temps auparavant comme leur plus terrible ennemi[191]. Nous autres Polonais, nous serons toujours plus fiers de ce triomphe de notre Zolkiewski, que de toutes les victoires remportées par notre nation; que les Russes se glorifient des trophées sanglants de leur Souvaroff et du massacre de Praga!...

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