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Essai sur l'Histoire Religieuse des Nations Slaves

Note 196 — CHAPITRE XV. RUSSIE. (Suite.)

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Outre le but si grand de propager la vérité évangélique, qui porte les Protestants anglais à s'exposer aux extrémités du monde, il est une raison pour laquelle nous les engageons à prêter une attention toute particulière à la situation religieuse des Slaves. On ne saurait douter un instant des progrès immenses que la réaction catholique a faits sur le continent, où, sous le masque de conservation, elle s'est arrogée sur les affaires publiques de divers pays une influence telle, que les plus beaux jours de la domination cléricale auraient à lui porter envie. Ce parti réactionnaire a déjà manifesté d'une manière évidente son hostilité envers l'Angleterre et ses sympathies pour la Russie. Cette tendance n'est pas le résultat de quelques vues personnelles ou des sentiments des chefs de ce parti, mais elle réside dans la nature même des choses; en effet, la Russie, malgré sa mésintelligence accidentelle avec le Pape, au sujet des affaires des Églises grecques unies, a le même intérêt que lui à s'opposer aux progrès des opinions libérales. Le siége papal supportera beaucoup de la Russie plutôt que d'entrer en collision avec cette puissance; car il n'a jamais perdu l'espoir de soumettre l'Église russe à sa suprématie au moyen d'une union semblable à celle de Florence, et, bien que cette union puisse être aujourd'hui d'un accomplissement difficile, sa réalisation se suppléerait, en attendant mieux, par une alliance entre le chef spirituel de Rome et le pape politique de Russie. Une alliance de ce genre ne serait pas une nouveauté; car c'est en Russie que l'ordre des Jésuites, aboli partout ailleurs, trouva un refuge et préserva son existence menacée, circonstance qui facilita beaucoup son rétablissement, en 1814, par le pape Pie VII. Le clergé catholique de Pologne fut soutenu vigoureusement par le gouvernement russe, qui se servit de beaucoup de ses membres pour atteindre le but de sa politique réactionnaire. L'insurrection de 1830-1831 réveilla cependant les sentiments patriotiques de la grande majorité du clergé polonais, de manière à rendre l'influence de Rome sans force contre la voix de la patrie. La conduite des ecclésiastiques polonais fut censurée sévèrement par le pape Grégoire XVI[196], mais il trouva pour le gouvernement russe des remontrances d'une douceur extrême, au sujet de la séparation forcée de l'Église grecque unie d'avec Rome; car il savait bien que sa domination courait un plus grand danger par l'établissement d'un gouvernement libéral dans la Pologne catholique, que par le despotisme de la Russie schismatique, quand même cette oppression serait dirigée contre une population catholique. La restauration de l'autorité papale, le retour des Jésuites à Naples et des Liguoristes à Vienne, en conséquence de la réaction politique dans ces deux capitales, prouve évidemment que les intérêts politiques et religieux deviennent de plus en plus solidaires les uns des autres, et que, dans un avenir plus ou moins éloigné, ils exerceront une grande influence sur leur développement mutuel. Les intérêts du Papisme, c'est-à-dire du despotisme religieux, sont intimement liés à ceux de l'absolutisme politique, qui peut seul le maintenir intact. Il peut s'adapter, en cas de nécessité, à des institutions libérales et se maintenir quelque temps au milieu d'elles à la faveur de circonstances particulières; mais il ne saurait résister long-temps à la liberté de discussion, principalement dans un endroit où il a sa source et son représentant suprême. Aucun argument contraire ne saurait prévaloir contre les principes proclamés dans la lettre encyclique de Grégoire XVI[197], ni contre les mesures adoptées par le gouvernement papal à Rome, après son rétablissement. Le Christianisme protestant veut la liberté pour se développer, et son plus grand ennemi est le despotisme, de quelque nom qu'il se couvre, clérical, monarchique ou démocratique; car il importe peu que la liberté de répandre la parole de Dieu et la propagation de la vérité évangélique soit entravée par les décrets d'un pouvoir absolu ou par ceux d'une autorité ou d'une faction républicaine. Nous citerons à l'appui, que c'est en conséquence de l'établissement d'un régime constitutionnel en Piémont, que les Vaudois obtinrent la pleine jouissance des droits civils et politiques, et que ce fut le gouvernement absolu de la Russie qui empêcha les missionnaires protestants de continuer leurs travaux dans ses provinces asiatiques. Cette cause sacrée ne retirera jamais d'avantages du soutien d'un pouvoir arbitraire ou d'une alliance avec lui; l'histoire prouve que le Protestantisme ne fut jamais aussi faible que lorsqu'on le dégrada au point de le faire servir d'instrument ou de prétexte aux vues et aux passions politiques. Nous savons qu'il y a beaucoup d'hommes pieux et sincères, particulièrement en Allemagne, qui, effrayés des excès de l'aberration politique et de l'incrédulité religieuse, réclament la main puissante d'un pouvoir absolu, non-seulement pour le maintien de l'ordre social, mais encore pour celui de la Religion. Il est en dehors de notre sujet de discuter jusqu'à quel point leur première supposition est soutenable; mais, en ce qui concerne la seconde, nous ferons seulement remarquer que c'est sous les gouvernements absolus de l'Allemagne et quand leurs sujets n'ont eu aucune liberté de discussion, que le Panthéisme s'est répandu le plus largement, et que les doctrines subversives de tout principe de religion et de moralité ont été ouvertement propagées dans ce pays.

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