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Essai sur l'Histoire Religieuse des Nations Slaves

Note 177 — CHAPITRE XIV. RUSSIE.

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Bien que cette réforme importante se fût accomplie avec la sanction des plus hautes autorités de toutes les Églises d'Orient, elle rencontra de nombreuses oppositions dans le pays. Paul, évêque de Kolomna, avec beaucoup de prêtres et un nombre immense de laïques, surtout des classes inférieures, se déclara contre ce qu'il appelait l'hérésie Niconnienne. Selon lui et ses nombreux adhérents, les modifications introduites corrompaient les livres saints et la vraie doctrine, sous prétexte de les corriger. L'évêque réfractaire fut déposé et renfermé dans un couvent; des mesures sévères furent prises contre les opposants; mais la persécution ne servit qu'à enflammer leur fanatisme et à susciter de violentes collisions dans l'enceinte même de la capitale. Cette opposition se manifesta plus vivement encore dans le Nord, sur les bords de la mer Blanche. Ces nouveaux partisans de l'ancien texte furent appelés Pomoranes, c'est-à-dire habitants de la côte. Le siége principal de leur résistance organisée était le couvent fortifié de Solovietzk, situé dans une île de cette mer. Après une défense acharnée, il fut pris d'assaut en 1678, et la plupart de ses défenseurs, ceux du moins qui restèrent debout, se jetèrent dans les flammes pour gagner la couronne du martyre. Les Raskolniky ou Schismatiques, comme les appelait alors l'Église nationale, propagèrent leurs opinions dans toute la Sibérie, dans le pays des Cosaques du Don, et en diverses autres provinces lointaines. Un grand nombre d'entre eux émigrèrent en Pologne et même en Turquie, où ils formèrent de nouveaux établissements. Le fanatisme, exalté par la persécution, dégénéra bientôt en actes de la plus sauvage superstition. Le suicide ou le baptême du feu, comme ils disaient, devint à leurs yeux le plus sûr moyen de faire son salut. Cette doctrine suscita dans leurs rangs un nombre infini de victimes. Il est avéré que des milliers de ces sectaires, de tout âge et de tout sexe, s'enfermaient dans des maisons, dans des granges, etc., y mettaient le feu et périssaient dans les flammes, en récitant des prières et en chantant des hymnes. On croit généralement que ces scènes d'horrible superstition se reproduisent encore aujourd'hui dans plusieurs provinces éloignées, particulièrement en Sibérie et dans le Nord, où beaucoup de Raskolniky sont allés fonder des colonies au plus profond des forêts, de manière à cacher leur existence au reste du monde[177].

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