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Essai sur l'Histoire Religieuse des Nations Slaves

Note 176 — CHAPITRE XIV. RUSSIE.

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L'existence de cette secte est un fait historique, mais il est presque impossible de préciser la nature de ses doctrines. Était-ce un mode plus pur de Christianisme, rejetant le culte des images et d'autres superstitions aussi grossières de l'Église grecque, ou simplement une secte déiste; car il est bien difficile de croire que le Judaïsme pur eût trouvé des prosélytes parmi les Chrétiens, et surtout au sein du clergé, que la loi mosaïque avait toujours laissé inébranlable. Le célèbre Uriel d'Acosta fournit peut-être dans l'histoire religieuse le seul exemple d'une conversion de ce genre[176]. En effet, bien qu'il y eût, comme on sait, en Espagne et en Portugal, un grand nombre de Juifs qui déguisaient leur croyance sous le manteau du Catholicisme, au point même de se charger de fonctions ecclésiastiques, c'étaient là des Juifs de naissance que la persécution avait contraints à prendre ce masque, et non des Chrétiens qui avaient embrassé le Judaïsme. La description de cette secte, par l'abbé Joseph, est tellement remplie d'invectives, que l'on est tenté de la croire pour le moins très exagérée. Il donne cependant les noms de quelques-uns de ces sectaires, qui laissèrent le pays pour se faire circonscrire, et il les accuse de s'être livrés à la magie et à l'astrologie; mais cette accusation répand un faible rayon de lumière sur leurs dogmes, en donnant à penser que c'était une de ces sectes mystérieuses dont les traces sont imprimées dans la poussière du moyen-âge. Alexius et plusieurs chefs de la secte moururent avec la réputation de pieux Chrétiens; mais son existence fut découverte par Gennadius, évêque de Novogorod, qui envoya plusieurs de ses adhérents à Moscou, avec les preuves recueillies contre eux, sans savoir toutefois que le métropolitain lui-même et le secrétaire du grand-duc comptaient au nombre de ses adeptes. Il les accusa d'avoir osé comparer les statues des saints à la matière brute qui les représentait, d'en avoir placé au milieu d'endroits impurs, d'avoir craché sur la croix, blasphémé le Christ et la Vierge, nié la vie future, et, par conséquent, l'immortalité de l'âme. Le grand-duc convoqua à Moscou, le 17 octobre 1490, un synode d'évêques et d'autres ecclésiastiques, pour juger cette grave affaire. Les accusés, au nombre desquels figuraient les protopopes ci-dessus mentionnés, Dionysius et Gabriel, outre beaucoup d'autres, repoussèrent avec fermeté les faits mis à leur charge; mais ce système de dénégation ne put prévaloir contre les preuves de tout genre et les nombreux témoins produits par l'accusation. Plusieurs membres du synode voulaient que les accusés fussent mis à la question; mais le grand-duc ne le permit pas. Chose vraiment étonnante, si l'on considère la barbarie de l'époque et le penchant de ce souverain à la cruauté. Le synode dut se contenter d'anathématiser et de faire emprisonner les sectaires. Ceux qui furent renvoyés à Novogorod eurent à subir un traitement plus cruel. Parés d'oripeaux fantastiques représentant la figure du diable, et la tête couverte de grands bonnets d'écorce, avec cette inscription: «Ceci est la milice de Satan,» ils furent placés à cheval, le visage tourné vers la croupe, et promenés, par l'ordre de l'archevêque, à travers les rues de la ville, en butte aux insultes de la populace. Ils eurent ensuite leur coiffure brûlée sur leur tête, et furent jetés en prison; traitement barbare, sans doute, mais encore humain pour ce temps d'intolérance, où les hérétiques avaient à supporter les persécutions les plus cruelles dans l'Europe occidentale.

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