Note 185 — CHAPITRE XIV. RUSSIE.
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»Dieu est un, mais il est un en trois personnes. Cette sainte Trinité est un être impénétrable. Le Père est la lumière, le Fils est la vie, le Saint-Esprit est la paix. Dans l'homme, le Père se manifeste comme la mémoire, le Fils comme la raison, le Saint-Esprit comme la volonté; l'âme humaine est l'image de Dieu; mais en nous cette image n'est rien autre que la mémoire, la volonté et la raison. L'âme avait existé avant la création du monde visible. Elle est tombée antérieurement avec beaucoup d'autres esprits, qui faillirent alors dans le monde spirituel, dans le monde d'en haut; en conséquence, la chute d'Adam et Ève ne doit pas être prise à la lettre; mais cette partie de l'Écriture est une image où se trouve représentée d'abord la chute de l'âme humaine, de son état de pureté céleste dans le monde spirituel et avant sa venue ici-bas; en second lieu, la rechute faite par Adam, au commencement des jours de ce monde, et dont la description est adaptée à notre intelligence; et, en dernier lieu, la chute qui, depuis Adam, se renouvelle spirituellement et charnellement chez tous les hommes, et qui se renouvellera jusqu'à la fin du monde. Originairement l'âme tomba, parce qu'elle détourna sur elle-même la contemplation et l'amour qu'elle devait concentrer sur Dieu, et qu'elle s'enorgueillit de sa propre beauté. Quand, pour son châtiment, l'âme fut enfermée dans sa prison charnelle, elle succomba pour la seconde fois dans la personne d'Adam, par le crime du serpent séducteur, c'est-à-dire sous les excitations corruptrices de la chair. Maintenant notre chute à tous est due à la séduction du même serpent qui est entré en nous par Adam, avec l'orgueil et la vaine gloire de l'esprit et l'impudicité de la chair. En punition de sa première chute dans le monde spirituel, l'âme perdit l'image divine et se vit emprisonnée dans la matière. La mémoire de l'homme s'affaiblit, et il oublia ce qu'il avait été jadis. Un voile s'étendit sur sa raison, et sa volonté se corrompit. C'est ainsi qu'Adam parut sur cette terre avec un faible souvenir de son premier séjour, et privé d'une raison ferme et droite. Son péché, ou sa rechute ici-bas, ne s'étend pas néanmoins à sa postérité, car chacun pèche et se sauve pour soi-même. Bien que ce ne soit pas la faute d'Adam, mais l'opiniâtreté individuelle qui forme la racine du péché, personne n'en est cependant exempt; car l'homme, déjà tombé avant de venir au monde, apporte avec lui un penchant à une nouvelle chute. Après la première chute de l'âme, Dieu créa ce monde pour elle, et la précipita, selon sa justice, du séjour de l'éternelle pureté sur cette terre, comme dans une prison, en châtiment du péché[185]; et maintenant notre esprit dans ses chaînes terrestres, se plonge et s'ensevelit dans ce gouffre d'éléments qui fermentent autour de lui. D'un autre côté, l'âme est envoyée dans cette vie comme dans un lieu d'épreuve, afin que, livrée à son libre arbitre sous son enveloppe charnelle, elle choisisse entre le bien et le mal, et obtienne ainsi le pardon de son premier crime ou s'attire un châtiment éternel. Une fois la chair formée pour nous sur cette terre, notre esprit s'y précipite d'en haut, et l'homme est appelé à l'existence. Notre chair est la tente disposée pour recevoir notre âme, et sous laquelle nous perdons le souvenir et le sentiment de ce que nous avions été avant notre incarnation; c'est l'eau des éléments dans ce monde du Seigneur, où nos âmes purifiées doivent se transformer en un esprit éternellement pur, supérieur au premier; c'est l'archange au glaive de feu, qui nous barre le chemin à l'arbre de vie, à Dieu, à l'absorption en sa divinité. Et ici se trouve accomplie sur l'homme cette destination divine, et maintenant il faut prendre garde qu'il n'avance sa main, et aussi qu'il ne prenne de l'arbre de vie, et qu'il n'en mange et ne vive à toujours.