Note 157 — CHAPITRE XII. POLOGNE. (Suite.)
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Le 2 avril 1682, une populace nombreuse, soulevée par des étudiants du collége des Jésuites, se rua sur ce temple et le détruisit de fond en comble, brisa les cercueils, en arracha les morts, et, après leur avoir prodigué les plus indignes outrages, les mit en lambeaux et livra aux flammes ces restes profanés. Rien n'échappa sur les lieux au pillage ou à la destruction, ni les valeurs matérielles, ni un grand nombre de documents précieux déposés en cet endroit comme dans un lieu de sûreté. L'orgie populaire dura deux jours entiers, sans que l'autorité prît la moindre mesure de répression, et le recteur du collége des Jésuites, mis en demeure d'interposer son autorité au sein d'une émeute dirigée par ses élèves, osa non-seulement s'y refuser, mais encore donner des louanges à leur conduite. Les ministres durent la vie à un noble catholique appelé Puzyna, qui accourut à la tête de quelques hommes armés et les conduisit au couvent des moines franciscains, où ils trouvèrent un asile et les traitements les plus humains. Jean Sobieski, informé de l'attentat, institua immédiatement une commission pour instruire le procès et punir les coupables. Cette commission, composée de l'évêque de Vilna et de plusieurs dignitaires de la couronne, après l'enquête la plus consciencieuse, condamna quelques-uns d'entre les assaillants, élèves des Jésuites et autres, à la peine de mort, et ordonna la restitution du pillage; mais les Jésuites corrompirent les geôliers, qui favorisèrent l'évasion des condamnés, et l'on ne revit, en somme, qu'une très faible partie des objets dérobés. Le roi voulait que les Jésuites payassent les dommages causés par l'émeute; mais comme il ne put obtenir aucun acte de réparation pour ses sujets protestants, ces derniers relevèrent leur temple de leurs propres deniers[157]. L'autre crime qui déshonore cette période historique, est l'assassinat juridique de Casimir Lyszczynski, estimable propriétaire, frappé par l'aveugle haine du clergé, malgré les efforts de Sobieski pour sauver cette innocente victime du fanatisme. Lyszczynski parcourait un livre intitulé Theologia naturalis, par Henri Alsted, théologien protestant, et, trouvant dans les arguments employés par l'auteur pour prouver l'existence de Dieu, une confusion telle, qu'il était possible d'en déduire des conséquences entièrement opposées, il ajouta en marge: Ergo, non est Deus, tournant évidemment en dérision les arguments de l'auteur. Un malheureux, appelé Brzoska, débiteur de Lyszczynski, découvrit cette circonstance et lança contre lui une accusation d'athéisme, en produisant aux yeux de Witwiçki, évêque de Posnanie, un exemplaire de l'ouvrage avec l'annotation ci-dessus mentionnée. Ce prélat se saisit de l'affaire comme d'une proie expiatoire, et son aveugle zèle fut secondé par Zaluski, évêque de Kioff, dignitaire connu pour sa brillante érudition et doué de quelques autres qualités qui ne l'empêchèrent pas, néanmoins, de sacrifier à la rage du fanatisme[158]. Le roi, dont l'esprit éclairé se soulevait à l'idée de semblables énormités, entreprit de sauver Lyszczynski, en ordonnant que l'affaire fût évoquée à Vilna, où, comme Lithuanien, il avait ses juges naturels; mais rien ne put soustraire l'infortuné à la fureur fanatique des deux évêques; on alla jusqu'à violer en sa personne le privilége inviolable de tout noble polonais, privilége religieusement respecté jusque-là dans les plus grands criminels eux-mêmes, de demeurer libre jusqu'à ce que la justice ait prononcé. Sur la simple accusation d'un débiteur, soutenue par deux évêques, l'affaire fut dénoncée à la Diète de 1689, devant laquelle le clergé, mais particulièrement l'évêque Zaluski, accusa Lyszczynski d'avoir nié l'existence de Dieu et proféré des blasphèmes contre la divinité de Marie et contre les saints. La malheureuse victime, terrifiée par le danger de sa situation, avoua tout ce que l'on voulut mettre à sa charge, fit une ample rétractation de ce qu'elle pouvait avoir dit ou écrit contre les doctrines de l'Église romaine, et déclara s'humilier devant son infaillibilité. Vain refuge d'un courage abattu! La Diète, cédant aux exhortations impies du clergé, condamna Lyszczynski à avoir la langue arrachée par le bourreau, à être ensuite décapité et jeté sanglant sur le bûcher. Cette monstrueuse sentence fut exécutée, et Zaluski lui-même en parle comme d'un acte de justice et de piété. Le roi, révolté de ces horreurs, s'écria que l'Inquisition n'aurait pas fait pis. Ajoutons, en historien impartial, que le pape Innocent XI, loin d'approuver cette décision infâme, éclata en amers reproches contre ses instigateurs. Ces sanglants holocaustes ont déshonoré plusieurs contrées de l'Europe, et cette même époque vit non-seulement des hommes, mais des femmes et des jeunes filles, tomber en Écosse sous le glaive de la persécution, non pour avoir blasphémé Dieu, mais pour s'être refusés à reconnaître la suprématie spirituelle du roi. L'héroïque souverain de la Pologne, désarmé sur son trône en présence d'un acte de fanatisme sauvage, tel est l'enseignement à tirer, contre la réaction catholique, de l'horrible spectacle que toute sa volonté n'eût pas imposé à la nation un siècle plus tôt. Nous recommandons cette leçon à la méditation de tous ceux qui nient la possibilité d'une réaction de ce genre.