Note 156 — CHAPITRE XII. POLOGNE. (Suite.)
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Vladislav IV eut pour successeur son frère, Jean-Casimir, Jésuite et cardinal, que le pape avait relevé de ses vœux lors de son élection au trône. L'esprit de tolérance du dernier règne ne pouvait trouver son compte à ces précédents, bien que la piété du nouveau monarque fût loin de l'aveuglement de son père. Vladislav avait à peine fermé les yeux, qu'une révolte terrible s'alluma dans l'Ukraine, appuyée par des hordes de paysans, sectaires de l'Église grecque. La Pologne se trouvait sans défense contre l'irruption d'un pareil fléau, quand les insurgés, ayant à leur tête Chmielniçki, noble polonais de la religion grecque, homme d'énergie et de talents supérieurs, s'avancèrent en flots pressés et irrésistibles. Le roi, qui marchait à leur rencontre avec des forces insuffisantes, se vit assiégé par eux dans son camp fortifié. Sa perte semblait inévitable; mais Chmielniçki et les principaux chefs de Cosaques s'arrêtèrent sur le bord de l'abîme vers lequel ils précipitaient leur patrie, la voix du patriotisme s'éleva dans leurs cœurs et imposa silence au fanatisme haineux et aux mauvaises passions qui marchent à sa suite. La concorde fut le résultat de cet heureux retour. Chmielniçki, qui avait assiégé son souverain, lui rendit fidèlement l'hommage d'un homme-lige, implora son pardon en fléchissant le genou, et reçut du roi la nomination de hetman ou général des Cosaques, dont les droits politiques et religieux furent confirmés en cette circonstance. Le traité intervenu entre les parties belligérantes, stipulait expressément que l'archevêque de Kioff, métropolitain de l'Église grecque de Pologne, aurait un siége dans le sénat. Cette condition, demandée par les Cosaques, était non-seulement juste, car le représentant d'une Église qui comptait des provinces entières de sectateurs avait un titre incontestable à siéger au sein de l'Assemblée politique où chaque évêque catholique avait sa place marquée; mais le pays tout entier avait encore le plus haut intérêt à ce que le chef spirituel d'un corps aussi formidable que les Cosaques devînt membre du conseil suprême de l'État, puisque cela ne pouvait que contribuer puissamment à confirmer ces populations guerrières, mais indisciplinées, dans leur fidélité à la couronne de Pologne. Cette combinaison, tout équitable et avantageuse qu'elle fût, échoua devant le fanatisme arrogant des prélats romains; en effet, quand l'archevêque grec de Kioff, Sylvestre Kossowski, dont l'actif patriotisme avait entraîné la pacification de l'Ukraine, entra au sénat pour prendre possession de son siége, les dignitaires catholiques sortirent en groupe de la salle des séances, en déclarant qu'ils ne consentiraient jamais à siéger avec un schismatique. Les remontrances respectueusement adressées aux évêques sur l'injustice de leur conduite et sur les dangers qui en résultaient pour la nation, demeurèrent toutes infructueuses, et cet outrage, par lequel on répondait aux services patriotiques de l'archevêque de Kioff, produisit une violente irritation parmi les Cosaques, qui ne tardèrent pas à se soulever de nouveau. Défaits cette fois, ils s'attachèrent à la fortune du czar de Moscovie, qui vint attaquer la Pologne avec des forces immenses, pendant que Charles-Gustave, roi de Suède, l'envahissait de son côté. Ce dernier monarque, sachant mettre à profit les graves mécontentements que Jean-Casimir avait soulevés en Pologne, s'avança à la tête d'un corps formidable de troupes d'élite. Des bandes de mécontents se joignirent à lui, et il se vit bientôt maître de la plus grande partie du pays. Son génie guerrier, la sévère discipline de son armée et la bienveillance de ses manières lui conquirent en peu de temps une grande popularité parmi les Polonais, et tous les patriotes éclairés, sentant la nécessité d'avoir un monarque capable d'opposer une digue à l'anarchie et aux incursions des barbares, offrirent la couronne à Charles-Gustave, en demandant qu'une diète fût convoquée pour consacrer officiellement son élection. Le choix d'un monarque protestant, du caractère de Charles-Gustave, écrasait d'un seul coup la faction cléricale et dotait le pays d'un gouvernement fort; si l'on considère, en outre, que la Suède, monarchie constitutionnelle, possédait alors, dans le nord de l'Allemagne, de vastes provinces contiguës à la Pologne, l'on ne saurait douter que l'avènement de son roi au trône de ce pays n'eût inauguré, dans l'Europe septentrionale, l'ère d'un grand empire constitutionnel, rival redouté de l'Autriche, et mortel aux envahissements des czars de Moscovie vers l'ouest. Malheureusement, cette combinaison échoua devant l'arrogance que Charles-Gustave, enflé de ses succès, mit dans sa réponse à la députation polonaise chargée de l'inviter à convoquer une diète pour son élection: «Formalité superflue, objecta-t-il, son épée l'ayant déjà fait maître du royaume.» L'insolence de cette réplique irrita violemment la fibre nationale. Le roi de Suède fut abandonné, et ses forces, assaillies de toutes parts, furent chassées du territoire. La paix se rétablit en 1660, par le traité d'Oliva, conclu sous la garantie médiatrice de l'Angleterre, de la France et de la Hollande. Les Protestants eurent plus à souffrir durant ces guerres que le reste des habitants. Dans la Grande-Pologne, on les persécuta pour les maux infligés aux Catholiques par les Suédois[156], tandis que plusieurs de leurs temples et de ceux des Sociniens furent mis en cendres par les Cosaques, qui confondaient Catholiques et Protestants dans leur ressentiment religieux.