Note 144 — CHAPITRE X. POLOGNE. (Suite.)
Reading edition
Les Lithuaniens ou Lettoniens, forment une race à part, complètement distincte des races slave et teutonne. Leur langue se rapproche plus du sanskrit qu'aucun autre idiome de l'Europe[144]. Depuis un temps immémorial, ils habitaient les côtes de la Baltique, depuis les Bouches de la Vistule à l'Est, jusqu'aux rives de la Narva, et s'étendaient au loin dans le Sud. Ils se divisaient en Prussiens, Lettoniens ou Livoniens, et Lithuaniens, et ne différaient les uns des autres que par de légères variantes de dialecte. La conquête et la conversion des Prussiens furent tentées par les rois polonais pendant les XIe et XIIe siècles, mais elles ne furent définitivement accomplies qu'au XIIIe siècle. L'Ordre teutonique des chevaliers hospitaliers, acheva la soumission complète des Prussiens, tandis qu'un autre Ordre, celui des chevaliers Porte-Glaive, fit subir le même sort à la Livonie. Quant aux Lithuaniens, ils réussirent non-seulement à conserver leur indépendance, mais encore à fonder un puissant empire par la conquête des principautés de la Russie occidentale. Ces principautés, habitées par une population convertie à l'Église grecque, se trouvaient très affaiblies depuis l'invasion des Mongols en 1240, et elles étaient sans cesse exposées aux brigandages de ces barbares. Vers le milieu du XIIIe siècle, les rois lithuaniens les occupèrent en y établissant, comme gouverneurs, des princes de leur famille, qui étaient chargés de protéger les habitants, et qui, peu à peu, adoptèrent la religion du pays. Des troubles extérieurs arrêtèrent, pendant quelque temps, le développement de l'empire lithuanien; mais, vers 1320, après l'avènement de Ghédimine, cet empire fit de grands progrès. Ghédimine, militaire habile et sage politique, s'empara, sans éprouver de résistance, de tout le pays compris entre ses frontières et la mer Noire, et il l'organisa à la manière féodale, soit en remettant le gouvernement de certaines principautés à ses fils, qui devenaient ainsi ses vassaux, soit en laissant en place les dignitaires qui administraient les provinces au moment de la conquête. Les fils de Ghédimine reçurent tous le baptême et furent admis au sein de l'Église grecque; quelques-uns se marièrent à des princesses dont les familles avaient autrefois régné sur le pays. Ghédimine prit lui-même le titre de grand-duc de Lithuanie et de Russie, et, bien qu'il demeurât fidèle aux pratiques de l'idolâtrie, il fut loyalement servi par ses sujets chrétiens, qui combattirent, sous ses ordres, contre leurs propres coreligionnaires. Le dialecte de la Russie-Blanche fut adopté pour les transactions officielles en Lithuanie, et il ne fut remplacé par la langue polonaise que vers le milieu du XVIIe siècle.