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Essai sur l'Histoire Religieuse des Nations Slaves

Note 141 — CHAPITRE X. POLOGNE. (Suite.)

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Cette lutte, commencée sous le règne d'Étienne Batory, ne fit que s'envenimer sous le règne de Sigismond III, qui était entièrement dévoué aux Jésuites. Les écoles et les colléges ouverts par cet ordre devinrent l'instrument le plus énergique des conversions; l'instruction y était gratuite, et on y admettait, on cherchait même à y attirer les élèves protestants et ceux qui appartenaient à l'Église grecque. Ce libéralisme apparent gagna aux Jésuites un grand nombre de partisans, même parmi les adversaires de Rome, et, comme on voyait beaucoup de jeunes gens qui avaient pu terminer leurs études chez les Jésuites sans abandonner leur religion, les Protestants et les Grecs ne faisaient aucune difficulté d'envoyer leurs enfants dans ces colléges, qui étaient établis sur tous les points du pays, tandis que les écoles protestantes se trouvaient fort éloignées. Les Protestants possédaient cependant d'excellentes écoles où l'éducation était supérieure à celle des Jésuites; mais comme ces établissements n'étaient soutenus que par des contributions volontaires, ils ne pouvaient lutter contre leurs concurrents, qui jouissaient de riches dotations. La plupart de ceux qui étaient entretenus par la libéralité des grandes familles protestantes, cessèrent d'exister ou furent convertis en écoles catholiques, dès que leurs patrons furent rentrés dans le sein de la vieille Église. Les Jésuites apportaient le plus grand soin à rattacher leurs élèves à leur ordre, en les traitant avec une extrême douceur, en les patronnant dans toutes les carrières, en les maintenant le plus long-temps possible sous leur tutelle, afin de bien connaître leurs dispositions et de s'en servir dans l'intérêt de leurs desseins[141]. Les élèves protestants devinrent ainsi l'objet de l'attention particulière des Jésuites qui, maîtres de l'esprit des enfants, pouvaient exercer sur les parents une influence plus efficace. D'une part, les Jésuites persécutaient très activement les ministres et les écrivains de l'Église réformée; d'autre part, ils employaient tous les moyens de séduction à l'égard des laïques, et notamment des hommes riches et haut placés, auxquels ils prodiguaient les bons procédés et les services. Ils entreprirent alors de convertir les familles, ou au moins quelques-uns de leurs membres, en ébranlant leur foi par la subtilité des arguments, puis en leur présentant les faveurs royales et tous les avantages temporels comme prix de leur retour à la religion catholique. En outre, ils s'entremettaient dans les mariages, et tâchaient d'unir les Protestants influents avec de jeunes filles catholiques, belles, riches et entièrement dévouées à leur ordre. Cette politique fut couronnée d'un plein succès; car si les dames catholiques ne réussissaient pas toujours à convertir leurs maris, elles obtenaient au moins que leurs enfants fussent élevés dans la foi catholique, et ce fut ainsi que beaucoup de familles protestantes revinrent à l'Église romaine. Le zèle des Jésuites a souvent entraîné les conséquences les plus déplorables au sein des familles, où s'introduisaient les divisions de sectes et de cultes. Tel qui avait jusqu'alors résisté à toute séduction, se laissait gagner par les conseils affectueux, par l'insistance, par le désespoir d'un parent soumis à l'influence des Jésuites, et ces prédications du foyer domestique étaient plus puissantes que les plus forts raisonnements. On sait bien, d'ailleurs, que l'Église de Rome a fait plus de prosélytes en parlant à l'imagination et au cœur qu'en s'attaquant à la raison.

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