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Essai sur l'Histoire Religieuse des Nations Slaves

Note 138 — CHAPITRE X. POLOGNE. (Suite.)

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Son fils Christophe succéda à toutes ses dignités; mais il n'avait pas rendu au pays les mêmes services; il ne possédait pas la même influence, et les Jésuites pouvaient lui opposer la branche catholique de la famille des Radziwill. Cette branche fit alors les efforts les plus énergiques pour détruire l'ouvrage de Radziwill le Noir; Georges, cardinal et évêque de Vilna, déclara une guerre d'extermination aux Réformistes de la Lithuanie. Dès qu'il eut pris possession de son siége, il donna l'ordre de saisir les écrits protestants chez tous les libraires de Vilna, et de les brûler devant l'église du collége des Jésuites. Il n'y avait pas un seul point de la Lithuanie où cette société n'eût ses missions; on la retrouvait dans les maisons des nobles, dans les églises, aux fêtes, aux enterrements, partout enfin, et partout à la recherche des conversions. Elle parlait au cœur de la foule en séduisant les yeux, par le charme des représentations scéniques qui rappelaient la canonisation des saints, par des processions, par des reliques exposées en grande pompe, etc. Tous ces actes avaient pour but de faire impression sur la multitude et d'effacer les Protestants, dont les Jésuites ne cessaient de ridiculiser le culte et de le rendre odieux par leur polémique toujours pleine de personnalité. Les calomnies les plus violentes étaient dirigées contre les Protestants les plus vertueux et les plus instruits, particulièrement contre ceux qui appartenaient à la Confession de Genève; Volanus[138], par exemple, qui, grâce à sa sobriété, vécut près de quatre-vingt-dix ans, fut traité d'ivrogne. On répandit contre Sudrowski[139], dont le savoir égalait celui des Jésuites les plus érudits, le bruit qu'il s'était rendu coupable de vol et qu'il avait rempli l'office de bourreau. Dès qu'un synode protestant se réunissait, on voyait paraître un pamphlet contenant une lettre du diable aux membres de cette assemblée, quelque histoire ridicule sur ses délibérations, etc. Lorsqu'un prêtre protestant se mariait, il était sûr de recevoir un épithalame écrit par les Jésuites; et, lorsqu'un ministre mourait, ceux-ci publiaient des lettres qu'il était censé adresser de l'enfer aux principaux membres de sa secte. Toutes ces pièces de bouts-rimés, nourries de gros sel, produisaient nécessairement un grand effet sur la populace. Les Protestants réfutaient les calomnies des Jésuites; mais les Jésuites revenaient à la charge, et, en fin de compte, ils réussirent à couvrir de haine et de mépris les ministres de la religion réformée[140].

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