← Table of contents
Essai sur l'Histoire Religieuse des Nations Slaves

Note 147 — CHAPITRE X. POLOGNE. (Suite.)

Reading edition

Dès que le terrain fut ainsi préparé, l'archevêque de Kioff convoqua en 1590, à Brestz (Lithuanie), une réunion de son clergé, auquel il représenta la nécessité et les avantages d'une alliance avec Rome; il valait bien mieux, disait-il, obéir au chef de l'Église d'Occident, à une autorité entourée de prestige, reconnue par les hommes les plus éminents et respectée par les nations les plus puissantes du monde civilisé, que d'être soumis au patriarche de Constantinople, à l'esclave d'un roi infidèle, au chef d'une Église ignorante et superstitieuse.—Le projet de l'archevêque fut très chaudement accueilli par le clergé; mais il rencontra une forte opposition parmi les laïques. En 1594, on réunit dans la même ville un autre synode auquel assistèrent plusieurs évêques catholiques, et l'archevêque et quelques évêques signèrent leur consentement d'adhésion à l'Union conclue à Florence en 1438; ils admirent ainsi le Filioque (pour la filiation du Saint-Esprit), le purgatoire et la suprématie du pape; ils conservaient la langue slave pour la célébration du service divin, ainsi que le rite et la discipline de l'Église d'Orient. Une députation se rendit à Rome pour annoncer au pape Clément VIII ce grave évènement. En 1596, le roi ordonna la convocation d'un synode pour procéder à la publication et à la mise en vigueur de l'Union. Ce synode s'assembla à Brestz, et l'archevêque de Kioff, ainsi que les prélats qui avaient souscrit à l'Union, firent une solennelle proclamation de cet acte, remercièrent le Tout-Puissant et excommunièrent leurs adversaires. Cependant la majorité des laïques, ayant à leur tête le prince Ostrogski, palatin de Kioff, et les évêques de Léopol et de Premysl, se déclarèrent contre l'Union, et dans une nombreuse assemblée, convoquée par le prince, ils excommunièrent, à leur tour, les évêques qui l'avaient proclamée. Dès ce moment, le parti de l'Union, soutenu par le roi et les Jésuites, ouvrit la persécution contre ses adversaires, auxquels il enleva ses couvents et ses églises. Il était dirigé par Rudzki, élève des Jésuites, qui, ayant abjuré le Protestantisme, avait remplacé Rahoza sur le siége métropolitain. L'évêque de Polotzk, Josaphat Koncewicz, prélat irréprochable dans ses mœurs, mais très intolérant dans son zèle, rencontra, dans son diocèse, une vive opposition qu'il tenta de réprimer avec un tel excès de violence, que les Catholiques eux-mêmes en furent effrayés. Le prince Léon Sapiéha, chancelier de Lithuanie, l'un des hommes les plus remarquables que ce pays ait produits, lui fit observer, en termes très énergiques, combien sa conduite était à la fois impolitique et contraire aux principes chrétiens. Sa lettre, dont je publie en note la traduction[147], décrit exactement l'intolérance du parti catholique et sa funeste influence sur le pays. Mais déjà les Jésuites étaient assez puissants pour combattre l'effet de toutes ces remontrances. Koncewicz persista dans la voie des persécutions, et le 12 juillet 1623, les habitants de Vitepsk, indignés, se soulevèrent et tuèrent le prélat, qui fut canonisé en 1643. Ce crime fut sévèrement puni.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings