← Table of contents
Essai sur l'Histoire Religieuse des Nations Slaves

Note 54 — CHAPITRE III. BOHÊME. (Suite).

Reading edition

Ziska, noble bohémien, était né dans la dernière partie du XIVe siècle, à Trocznow, propriété de son père, dans le cercle de Béchin. La tradition rapporte que sa mère, surveillant un jour les moissonneurs, fut prise des douleurs de l'enfantement et donna naissance à Ziska sous un chêne[54]. Cette circonstance fut plus tard considérée comme un présage de l'énergie que l'enfant né sous son ombrage devait déployer durant sa vie. Ziska fut d'abord page de l'empereur Charles IV, et suivit ensuite la carrière militaire. Il servit long-temps en Pologne, où il se distingua en maintes occasions, et surtout à la bataille de Grunwald et Tannenberg, en 1410, où les chevaliers teutoniques furent vaincus. Ziska, à son retour dans sa patrie, devint chambellan du roi Venceslav. Il n'était plus jeune quand eut lieu le martyre de Jean Huss, et cet homme fit sur son esprit une puissante impression. Courtisan peu soigneux de sa faveur, il quitta les joies de la salle du festin, et on le vit se promener seul, le long des corridors du palais, les bras croisés et plongé dans une méditation profonde. Le roi, le voyant dans cette agitation extraordinaire, lui demanda: «Yankou (Jeanet), qu'avez-vous?—Je ne puis supporter l'injure faite à la Bohême dans la ville de Constance par l'assassinat de Jean Huss,» répondit Ziska. Le roi lui répliqua: «Ni vous, ni moi, ne pouvons venger cet outrage; si vous trouvez quelque moyen de le faire, vous le pouvez, je vous le permets.» Ziska saisit avec empressement cette idée, et vit tous les avantages qu'il pourrait retirer pour l'accomplissement de ses projets, de l'appui du nom royal. Il demanda donc au roi de lui donner par écrit et de marquer de son sceau l'autorisation qu'il venait de lui accorder verbalement. Le roi, qui aimait à rire et qui savait que Ziska n'avait ni richesse, ni amis, ni influence, regarda sa demande comme une bonne plaisanterie, et la lui accorda aussitôt. Mais Ziska sut s'en servir pour faire partager ses projets à beaucoup de personnes. Les querelles entre les partis religieux augmentaient tous les jours en Bohême; mais elles n'avaient pas encore été suivies de luttes sérieuses. Le roi Venceslav restait indifférent. Il n'avait pas d'enfant pour hériter de sa couronne, et détestait son frère Sigismond qui lui avait donné assez de sujet de le haïr. Son seul souci était d'inventer de nouveaux plaisirs pour passer joyeusement le reste de sa vie. Il se disait probablement: «Après moi le déluge!» comme répétait, dit-on, un homme d'État célèbre de nos jours, qui fut précipité du pouvoir en 1848, par l'éruption soudaine des principes que, depuis plus de trente ans, il s'étudiait à comprimer.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings