LES TROIS ACCIDENS[12].
Reading edition
LES TROIS ACCIDENS[12].
Trop de crainte nous perd. Sans exorde plus ample, Je vais en donner un exemple. Nicette tenait dans sa main Un œuf frais qu'elle allait porter à sa grand'mère Le verglas qui couvrait la terre La faisait chanceler tout le long du chemin. Plus elle craint et moins elle est légère; Certain vent importun alors la tourmenta, Vent qu'elle eût bien voulu lâcher à la sourdine; Elle apperçoit qu'on l'examine, Et jusqu'au blanc des yeux le rouge lui monta. Le malheur fut complet par défaut d'assurance, Il survint un ruisseau qu'il fallut enjamber; Nicette lève un pied, glisse, perd la cadence, Et serrant bien les poings pour faire résistance, Péta, créva son œuf, et se laissa tomber.
20o. Pets d'acteurs et d'actrices.
J'ai déjà dit qu'ils ne paraissaient point sur la scène, mais puisqu'on y fait paraître des chevaux, il est probable qu'on leur accordera le même privilège: jusqu'à ce moment, ils s'y trouvent incognito et de contrebande, comme ceux des savans, en changeant de sexe. Notre théâtre offre tous les jours des innovations si heureuses dans le tragique, que je ne serais pas surpris d'entendre une pétarade arrangée par Méhul, Gossec et Chérubini.
Le Pet du Vilain.
Rutebeuf, le plus célèbre parmi les Trouvers Picards, celui d'entr'eux qui paraît avoir eu le plus d'esprit et d'imagination, n'a pas dédaigné de prendre la défense du Pet, dans un tems où l'orgueil de la chevalerie, et la tyrannie féodale, accablaient de mépris les gens de la campagne. Voici ce qu'il raconte:
«Un villageois, malade d'une indigestion, est à toute extrémité: Satan, selon sa coutume, envoie saisir l'ame, mais par dédain pour un objet si peu important, il n'emploie à cette vile fonction que le plus simple de ses satellites. Celui-ci n'imaginant pas que l'ame d'un Vilain dût sortir par le même passage que celle des autres, attache un sac à la porte opposée; tout-à-coup une crise heureuse (le secours du dieu Pet,) soulage le malade. Le sot député voyant le sac se remplir, le lie promptement et va le porter à son souverain; mais Satan maudissant cette ame infecte, jure de n'en jamais recevoir qui ait habité un corps de vilain.
Or maintenant, ajoute Rutebeuf, malheureux sur la terre, chassés du ciel, rebutés des enfers, je vous le demande, Messieurs, où iront ces infortunés?...»
Ce conte de Rutebeuf mérite d'être cité, quoiqu'il ne soit pas de la bonne compagnie; il montre combien il a fallu d'efforts et de philosophie pour ramener les hommes au respect qu'ils doivent à la classe utile et respectable des cultivateurs.
Parmi les écrivains anciens et modernes, qui ont écrit sur le pet et qui lui ont rendu les honneurs qu'il mérite, on peut citer Bebelle, Frischlin, Marot et St.-Evremond. L'aimable philosophe St.-Evremond avait du Pet une idée bien différente de celle que s'en fait le vulgaire. Il l'appellait un soupir, et disait un jour à sa maîtresse, devant laquelle il avait fait un PET:
Mon cœur outré de déplaisirs, Etait si gros de ses soupirs, Voyant votre humeur si farouche; Que l'un d'eux se voyant réduit A n'oser sortir par la bouche, Sortit par un autre conduit.
L'immortel Clément Marot n'a pas dédaigné de travailler sur le cul, sur le pet et sur la vesse. Si je ne craignais de donner à ce volume, trop d'étendue, (car j'ai encor d'autres choses à vous dire) je rapporterais ici ses vers, mais pour ne pas remplir mon livre de l'esprit des autres, je vous prie de voir, pour ce qui regarde le cul, les blasons 24. et 34. tom. 3. édit. de la Haye, 1791. in-12., le blason 35., pour le pet et la vesse, et le blason 24. si vous êtes curieux d'y voir le c..
Parler du pet sans parler du cul, c'est décrire Rome sans parler du Capitole, il faut donc que je fasse son éloge en deux mots. Il est certainement la plus noble partie du corps, puisqu'il a l'honneur de se coucher le premier. C'est le cul qui répare tous les malheurs du corps. C'est par lui que toutes les humeurs et venins sont purifiés, et que l'on est rendu à la vie. La partie la plus essentielle de l'homme, c'est le cul. On peut vous crever un œil, et même tous les deux, sans que cela vous empêche de vivre. On peut vous couper les bras et les jambes; on peut vous faire l'opération qui rendit Abailard moine, on peut vous boucher les oreilles, et vous n'en vivrez pas moins, mais si on vous bouche le cul, je vous défie de vivre seulement quatre jours. Le supplice le plus cruel inventé par un tyran de l'Asie était de faire attacher un esclave sur une selle, en lui bouchant le derrière, et de le laisser dans cette posture, en lui donnant force à manger, jusqu'à ce que cette constipation forcée l'eût suffoqué lentement. Voyez le Podicis encomium, page 348 de l'Amphitheâtrum sapientiæ Socraticæ, par Gasp. Dornavius.
Question chymique.
Esprit de pets pour enlever les taches de rousseur.
On demande s'il est possible en chymie de distiller un pet et d'en tirer la quintessence. On a décidé pour l'affirmative, et il n'y a point de doute que le cit. Quinq... si fameux par ses lampes, sa crème de tartre, ses eaux odontalgique et virginale, etc., n'obtienne les plus satisfaisans résultats de la distillation d'un PET.
Il vient tout récemment de reconnaître, après un long travail, que le pet est de la classe des esprits. Après avoir eu recours à son alambic, voici comme il procéda.
Il fit venir une hibernoise de son voisinage, c'est-à-dire, de la halle, qui mange, à un repas, autant de viande que six rouliers en mangeraient de Paris à Montpellier. Cette femme, ruinée par son appétit et la chaleur de son foie, gagne sa vie comme elle peut. Il lui fit manger de la viande autant qu'elle en voulut et put manger, avec force légumes venteux. Il lui prescrivit de ne point péter ni vesser, sans l'avertir auparavant. Aux approches des vents, il prit un de ces larges récipients, tels qu'on les emploie pour faire l'huile de vitriol, et l'appliqua exactement à son anus, l'excitant encore à péter par d'agréables carminatifs et lui faisant boire de l'eau d'anis, enfin, de toutes les liqueurs de sa boutique, capables de répondre à son intention. L'opération s'est faite à souhait, c'est-à-dire, très-copieusement. Alors, notre chymiste satisfait prit une certaine substance huileuse ou balsamique dont il n'a pas voulu me dire le nom, la jetta dans le récipient et fit condenser le tout au soleil par circulation, ce qui produisit une quintessence merveilleuse. Il s'imagina que quelques gouttes de ce résultat pourraient enlever les taches de rousseur de la peau. Il en essaya le lendemain sur le visage de plusieurs jolies harangères du marché aux poirées, qui toutes perdirent sur-le-champ ces vilaines taches, et virent avec tout le plaisir qu'on peut s'imaginer, leur teint blanchir à vue d'œil. Les tendrons reconnaissans l'ont payé, dit-on, in-cute; c'est le salaire qui pouvait le mieux payer le galant et salace pharmacien. Alors, le journal de Paris, et des affiches disséminées avec profusion ont préconisé cette utile découverte, digne de faire le pendant des redingottes à l'anglaise et des dragées de Keiser. On espère donc que nos beautés en perruque blonde, en coëffures à la Titus, à la Caracalla, feront une grande consommation de ce merveilleux spécifique, si précieux sur-tout aux habituées de Tivoli, de l'Elysée, d'Idalie, de Thélusson, de Paphos, Mousseaux, etc. Bref, elles feront la fortune du pharmacien à qui elles élèveront des statues, comme à un nouvel Abdéker, et à qui on ne pourra plus reprocher qu'il ne connaissait que la carte des pays bas.
du Pet Artificiel.
La plus précieuse observation que je puisse faire à l'avantage du Pet, est celle, non moins étonnante que vraie, de son utilité, dans les mystères de la reine de Paphos et d'Amathonte. Cette déesse si voluptueuse et si sensuelle, sachant bien que toutes les jouissances qu'elle procure, seraient imparfaites, si la présence du dieu Pet ne leur donnait la dernière période, et voulant concilier avec ce besoin, la délicatesse du sens olfactoire, chez ses prêtresses, a inventé elle-même le Pet artificiel, dont le but est de conserver, dès son origine, ce qu'il a de réjouissant, en évitant ce qu'il a de désagréable à l'odorat. Elle a voulu que le bruit du Pet se fondît agréablement avec celui des soupirs et des baisers, qu'il assaisonne, et au moyen d'une petite vessie remplie de parfums, adaptée ingénieusement sous.... mais le conte suivant va vous le dire:
LES DEUX PETS.
Conte.
Tant s'en faut que toujours la fin d'une aventure Réponde à son commencement; Telle promet d'abord une volupté pure, Qui se termine en un tourment. Bien l'éprouva Damon, français et gentilhomme; Car tout français se dit comte ou marquis, Ou gentilhomme au moins en quittant son pays, Et celui-ci se disait tel à Rome. Or, comme bien savez, un français n'est pas homme A se laisser ronger d'ennuis; Il choisit donc une Laïs, Qui, moyennant certaine somme, L'admit au rang des favoris. A Rome comme ailleurs, femme qui sait son prix, Ne livre rien sans savoir comme. À demain, lui dit-elle, et selon vos désirs, Je vous préparerai la voie Qui conduit aux plus grands plaisirs; Apportez seulement argent, vigueur et joie; Et vous verrez beau jeu si la corde ne rompt. Croyez que le galant ne manqua d'être prompt. Au rendez-vous il la trouve parée, De la façon que Cithérée Reçoit le Dieu Mars dans ses bras, Une moitié de ses appas Se trouvait assez éclairée, Pour que l'autre qu'on ne voit pas, Par le galant fut désirée. Un souper fin, tel qu'il le faut Dans les plaisirs d'un tête à tête, Fut le prélude de la fête Que payait bien notre ribaud. Ils mangèrent assez, mais ils ne burent guère, Longue nuitée et court repas, C'est ainsi qu'on fait à Cithère, Lorsqu'on s'y prépare aux ébats; Enfin notre bonne commère, Reçut Damon entre les draps. Ah! quelle volupté s'emparant du compère, Le défrayait de ses ducats! Tous ses sens occupés de l'amoureuse affaire, A de si grands transports livraient son ame entière, Qu'il paraissoit devenu fou. Les amours libertins, regardant son derrière, En un coin riaient tout leur saoul. Cependant la Laïs romaine, Gagne son argent de son mieux, Et d'un mouvement gracieux Aide l'agent qui se démène, Lorsque du souterrain tout d'un coup part un bruit Qui de Damon l'oreille blesse. Redoutant les effets de quelque odeur traîtresse, Il allait quitter le déduit. «Quoi! ce bruit vous fait peur, dit-elle, «Sachez qu'on aime ici les plaisirs réunis. »Continuez Damon: c'est un régal exquis, »Que pour votre odorat a préparé mon zèle, »Mettez sans crainte votre nez »Dans les draps parfumés d'une essence nouvelle, »Et ce bruit que vous soupçonnez, «Est l'heureux signal qui l'appelle». Il la croit, et fait bien alors de s'y fier. Une délicate vessie, Pleine de parfums d'Arabie, Qu'avait pressée à propos son fessier, Avait causé le bruit qui venait d'effrayer Damon, dans le moment le plus doux de sa vie. On appelle cela Pet artificiel, Ordinaire galanterie De toute femme d'Italie, Qui fait un trafic corporel. Cette volupté réunie, Mit le comble au plaisir de l'amant sensuel; Après un petit intervalle, Notre brave et vigoureux mâle, Se met à reprendre le jeu, Qui, par malheur, dure si peu. Un second bruit vient frapper son ouie; Nez aussi-tôt de plonger dans le lit, Pour cueillir à point tout le fruit De la précieuse ambroisie. Mais pour le coup ce fut un Pet au naturel; Qui, sortant chaudement de la région sale, Fit un atmosphère mortel D'atômes imprégnés de matière fécale: Pour surcroît de malheur encore plus cruel, Un humide substanciel, S'attachant à l'engin trop voisin de la source, Abbattit sa vigueur et laissa sans ressource L'amoureux qui maudit l'air pestilenciel, Et dit en s'enfuyant. «Ah! de cette chrétienne »Devais-je pas me défier? »Et prévoir que le trou culier »D'une femelle italienne, »Ne pouvait être qu'un évier.»
C'est à regret que j'obéis à la nécessité d'être historien fidèle, en rapportant un conte aussi graveleux,[13] mais, ne devant passer sous silence rien de ce qui a rapport à mon sujet, j'aime mieux encourir le risque d'une imprudence, que de passer pour ignorant, dans une matière où toute mon érudition doit être déployée. Au reste, Bayle et Brantôme en ont fait autant. D'ailleurs ce conte me donne occasion d'apprendre aux lecteurs qu'il est du fameux abbé Sabathier de Castres, auteur des Trois Siècles de Littérature, des Siècles Payens, des Mémoires de miladi Kilmar, et du journal Politique National, en 1789. Aujourd'hui à Vienne. Tandis que j'y suis, je citerai le trait suivant, cité par Nicodême Frischlin, (édit. de Strasbourg. 1525. in-16.)
Quelqu'un ayant lâché un vent au milieu d'une nombreuse société, un de ses amis lui en fit reproche. Par Jupiter, répondit le péteur, il y a longtems que mon derrière désire parler, il ne lui manque que ta langue. Veux-tu la lui donner?
Le trait de naïveté suivant, dans une fille d'auberge, plaira sans doute aux plus graves personnages.
Le Pet français.
Deux anglais arrivant dans un village en France, Etaient de fatigue harrassés, En outre fort embarassés, Pour trouver un lieu de pitance; Car tous les deux, ignorant le français, Aux paysans parlaient anglais; Les manans ne surent jamais Aucun autre langage, Que celui qu'on parle au village; Cependant le curé plus sage, Reconnoissant à leur baragouinage Qu'ils avaient besoin de manger, Et qu'ils cherchaient à se loger, Lors par le bras vous les prend et les mène A l'auberge la plus prochaine. L'hôte les voyant arriver, Et désirant chez lui les conserver, Les saluant, en suivant sa marotte, Il leur fait signe de s'asseoir, Puis bientôt appelant Javotte: Allons, dit-il, tire-moi cette botte; Près d'eux on s'empressait, oh! dame! il fallait voir: Chacun était jaloux de bien remplir sa tâche; Mais en voulant tirer trop fort, La Javotte fait un effort, Et devant tout le monde, avec grand fracas, lâche Ce qu'ordinairement avec soin chacun cache. Le pauvre maître consterné, En cas se trouvant très-peiné, Lui dit: «Puante, eh bien! que veux-tu que l'on dise »De notre honnêteté chez messieurs les Anglais? —Mais qu'est-ce que ça fait, dit-elle avec franchise, Ces deux messieurs n'savont pas le français.
L'abbé de Marigny, a oublié dans son poëme sur le pain béni, dont j'ai donné une édition, de nous raconter l'anecdote suivante. Elle prouve que non-seulement le Pet a le privilège d'égayer les sociétés, mais que les plus augustes mystères de la religion ne sont pas à l'abri de son humeur joviale et libre.
Le Pet béni.
Une bonne villageoise rendait le pain béni. Un cierge à la main, les barbes du bonnet et, la robe détroussées, elle était en présence du célébrant, et flanquée du bédaut. Sa timidité naturelle s'augmenta, lorsque le curé, pour payer son pain béni et son cierge, lui présenta le cul d'une assiette d'étain à baiser. La bonne dame était sourde passablement. Un Pet assez ronflant qu'elle lâche, déconcerte la gravité des ministres de son culte. Curé, bédaut, enfans de chœur, suisse, enfin, chacun de ceux qui l'environne se serre les lèvres pour ne pas rire aux éclats. La bonne femme qui n'a pas fait attention à son échappée, croit que l'on rit de la petitesse de son pain béni, et dit pour s'excuser: «Ce n'est pas ma faute, Mr. le Curé: si j'avais eu du beurre et du sel, je l'aurais fait plus gros». Pour le coup, le quiproquo fut si plaisant, que chacun n'y put tenir. Le service divin fut interrompu, et bien en prit aux hommes d'église d'être obligés de se tourner vers l'autel, pour ne pas scandaliser les fidèles par leur rire qu'augmentait la contenance tranquille de la péteuse.
J'ai dit qu'un pet avait mis en fuite des sorcières: il a quelquefois eu le mérite d'épouvanter ces fiers anglais qui se croient les dieux des mers, témoin le fait suivant rapporté par un anonyme.
Le Pet et le politique.
Au café, de grands politiques, Parlaient entr'eux des affaires publiques; Tel à la guerre et tel à paix croyait. Toutefois chacun convenait Que la guerre serait certaine Dès le premier coup de canon. De la triste réflexion Les pauvres gens très-fort en peine, Pour mieux penser à cet objet, Gardaient le plus profond silence. Un d'eux qui, par ennui, de bien bon cœur dormoit, Se retourne, s'agite, et lance un ferme pet. Oh! parbleu, de ce coup je déserte de France, Dit un milord, qui là pour lors était; Vous l'avez entendu? l'hostilité commence.
Non-seulement le Pet est le père de la gaîté, mais ce qui doit encore le rendre recommandable aux républicains, il est celui de l'égalité. Il rapproche les distances que l'orgueil a mises entre le maître et le valet. Il rend le premier affable et donne de l'esprit au second.
Un noble voulant s'amuser aux dépens de son laquais et l'embarrasser, leva la cuisse et donna l'essor à un gros PET; puis s'adressant à son domestique qui était présent: Cours après ce fuyard, dit-il, et rapporte-le moi, mort ou vif. Vite, dépêche-toi, il me le faut. Le valet, d'abord embarrassé, prend enfin son parti; il sort et rentre un moment après.—Je l'ai trouvé, not' maître. En même-tems s'approchant de lui, lâche un pet qui valait bien le premier, et lui dit: Le voilà! le gentilhomme fronce le sourcil d'abord, et finit par rire à gorge déployée. Je n'en finirais pas, et je ferais un volume in-folio, si, nouveau Calmet, ou Montfaucon, je me livrais aux recherches des traits historiques anciens et modernes, sur le pet. En voici un assez piquant.
Un jour, entre la poire et le fromage, des citoyens qui ne comptaient des jours de leur vie que ceux qu'ils passaient à rire, proposaient diverses questions à résoudre. Un prêtre de Louvain, nommé Antoine, et un autre aussi plaisant que lui, agitaient la question de savoir quelle est la plus noble partie du corps humain. Celui-ci nomme les yeux. Celui-là le cœur. L'un dit que c'est le cerveau, tel autre dit autre chose, et chacun motive son opinion du mieux qu'il peut. Antoine, quand ce fut son tour, dit que c'est la bouche, et se fonde sur d'excellentes raisons. Son adversaire lui répond que c'est la partie sur laquelle nous nous asseyons. On réfute son avis, il persiste et le prouve en disant que d'ordinaire c'est toujours l'homme le plus distingué de la compagnie, qui s'assied le premier, que par conséquent c'est le cul qui jouit exclusivement de ce privilège. Les convives applaudirent par de grands éclats de rire à la justesse de son avis. Antoine vaincu dissimule son humeur; mais quelques jours après, rencontrant au même endroit, son adversaire, qui causait, tandis que l'on dressait le couvert, il s'approche de lui et lui lance le pet le plus vigoureux. Celui-ci se fâche. Va-t'en plus loin, vilain puant, lui dit-il, où diable as-tu appris à vivre?...—Chez toi, répond Antoine, en riant. Tu te fâches! eh pourquoi? si je t'avais salué de la bouche, tu me l'aurais rendu bien poliment; et parce que je te salue, avec la partie que toi-même as dit être la plus noble du corps humain, tu me traites de cochon! je suis plus poli que toi qui ne me le rends pas. Ainsi, Antoine, qui avait été vaincu dans la première occasion, eut cette fois tous les rieurs de son côté.
L'ingénieux St.-Evremont, ayant eu le malheur de faire un PET, en présence de sa maîtresse, obtint son pardon, en lui envoyant les stances suivantes.
Unique objet de mes désirs, Philis, faut-il que mes plaisirs Pour rien se changent en supplices, Et qu'au mépris de votre foi Un pet efface les services Que vous avez reçus de moi? Je sais bien, ô charmant objet, Que vous avez quelque sujet D'être pour moi toute de glace; Et je confesse ingénument, Puisque mon cul fait ma disgrace, Qu'elle n'est pas sans fondement. Si pourtant cette extrême amour, Dont j'eus des preuves chaque jour, Pour un pet s'est changée en haine, Vous ne pouviez jamais songer A rompre une aussi forte chaîne, Pour un objet aussi léger. S'il est vrai qu'on n'ose nier La porte à chaque prisonnier, Alors que la princesse passe: Ce pet pouvait avec raison, Vous demander la même grâce, Puisqu'il se voyait en prison. S'il ne s'est pas fort bien conduit, S'il a fait quelque peu de bruit, Lorsqu'il se fraya cette voie, C'est qu'il était si transporté Qu'il fit en l'air un cri de joie, En recouvrant sa liberté. Hélas! quand je viens à songer A ce sujet faible et léger Qui cause mon malheur extrême, Je m'écrie en ma vive ardeur: Fallait-il me mettre moi-même, Près de vous en mauvaise odeur? Si pour un pet fait au hasard Votre cœur où j'ai tant de part, Pour jamais de moi se retire, Voulez-vous que dorénavant Vous me donniez sujet de dire Que vous changez au moindre vent?
A ces jolis vers du délicat St.-Evremond, nous pouvons ajouter la réponse du célèbre cardinal du Perron, à Henri IV, dans une semblable circonstance. Ce prélat jouant aux échecs avec le monarque, lâcha un pet en même-tems qu'il plaçait un cavalier; il fit pardonner cette liberté, en disant avec esprit: au moins, sire, ce cavalier n'est pas parti sans trompette.
C'est ainsi que le comte de Cantagnède, de la maison de Menesès en Portugal, répara par un bon mot, une liberté pareille qu'il prit un jour avec le roi Don Jean IV. Ce roi, dont il était le favori, lui donnant un coup sur la fesse, il lui péta dans la main, et le roi restant confus et piqué de ce manque de respect: Sire, répond le favori, votre majesté peut-elle frapper jamais à une porte, qu'on ne la lui ouvre incontinent? Ce mot plut autant au roi que l'action l'avait offensé.
Buchanan avait été précepteur des enfans de M. de Brassac; comme il était un jour à sa table, il lui arriva, en mangeant un potage bien chaud, de laisser aller un vent qui fit du bruit. Mais sans se déconcerter, il dit à ce vent qui était sorti malgré lui: Tu as bien fait de sortir, car j'allais te brûler tout vif.
Un abbé italien, très-sujet à lâcher des vents, se trouvant en compagnie, en fit un très-intelligible, et jouant la surprise, se retourna en parlant à son derrière.—Che impertinente, lui dit-il, che indiscreto, parler cosi alto innanzi le Donne, è interrompere scioccamente una bella conversazione. «Vous êtes un impertinent, un indiscret, de parler si haut devant des dames, et d'interrompre insolemment une belle conversation».
Un consul à qui le même accident arriva, tandis qu'il haranguait Henri le Grand, se tira aussi d'affaire avec esprit. Dès que le PET lui fut échappé, il se retourna vers son derrière: Taisez-vous, dit-il, sot que vous êtes, attendez du moins que j'aie fini. Le Prince, qui aimait la plaisanterie, trouva celle-ci fort bonne, et fut content dit harangueur.
Tous les péteurs n'ont pas eu l'avantage de donner impunément l'essor à mon héros; l'aventure que je vais raconter prouve qu'il en est qui ont trouvé des gens grossiers, qui n'étaient pas disposés à en rire comme nous.
Un homme obligé, dans un cabaret, de partager son lit avec un voyageur, l'avertit qu'il avait le ventre du monde le plus bruyant, et qu'il faisait un tintamarre épouvantable. Vous serez, dit-il, canonné toute là nuit par des vents horribles qui s'ouvrent le passage malgré moi. L'autre lui répond: mon ventre est plus modeste que le vôtre, mais il est plus traître. Vous serez incommodé toute la nuit par des vents discrets qui ne feront à la vérité aucun bruit, mais qui feront acheter chèrement leur discrétion à votre odorat. Passe-moi l'émétique, je te passe la saignée. Les deux coucheurs convinrent donc de se faire grâce mutuellement de leurs infirmités, mais le dernier se proposait de se mettre à l'abri de la canonnade par un stratagème. En effet, il prit un soufflet qu'il se mit entre les jambes, et dès que le premier fit jouer son artillerie, il souffla tellement le canonnier, que celui-ci fut obligé de quitter le lit, et d'aller porter sa batterie ailleurs. «O ciel, dit-il, quels vents glacés! je crois que cet homme a l'hiver dans le corps, je n'y puis plus tenir».
Un homme dans une compagnie de gens de distinction, fut très-déconcerté, lorsqu'un vent coulis éclatant, forçant la prison, publia sa honte. Au moins, dit-il, vous ne direz pas que j'ai fait un coup de ma tête.
Un autre se trouvant dans un cercle nombreux, fit la même chose, et s'écria: oh! pour celui-là, il est authentique, car c'est un pet passé par-devant notaires. En effet on remarqua, en riant beaucoup, qu'il y avait deux notaires dans la compagnie.
Une jeune et belle héritière d'une des premières maisons d'Angleterre, dansant à un bal de la cour un menuet avec un jeune officier très-pauvre, lâcha un pet, et devint très-confuse. Le jeune militaire, pour tirer la princesse d'embarras, joua la honte et parut si confus, que toute la cour fut persuadée qu'il était le coupable. Il sortit donc au milieu des ris et des huées, qu'il souffrit avec un courage digne de Curtius. Ce généreux dévouement ne resta point sans récompense. La riche héritière en fut si reconnaissante, qu'elle offrit ses attraits, ses biens immenses et son amour à ce jeune héros, qui jamais n'eût osé prétendre à ce degré? d'éclat, si un pet ne lui eût fourni une si favorable occasion.
Des signes et des effets prochains du Pet.
On en compte de trois sortes; les apodictiques, les nécessaires et les probables.
Les apodictiques sont ceux dont la cause étant présente, annonce que l'effet ne tardera pas à se manifester. Ainsi un homme qui aura mangé des pois et d'autres légumes, des raisins, des figues nouvelles, qui aura bu du vin doux, caressé sa femme ou sa maîtresse, peut s'attendre à un signe prochain d'explosion.
Les nécessaires sont ceux où un second effet résulte du premier, comme le tintamarre, la mauvaise odeur, etc.
Enfin, les probables sont ceux qui ne se rencontrent pas toujours, et n'accompagnent pas ordinairement toutes les espèces de PETS, comme la contraction, le bruit ou l'aboiement du ventre, la toux et les petites ruses de chaises, d'éternuement ou de trépignements de pieds, pour ne pas être reconnu péteur. A ce propos je citerai pour exemple le moine dont il est question dans la pièce suivante:
Inter erat rasos abdomine venter anhelo Forte olim ludi pars, Grobiane, tui. Semper erat victu que satur potu que refertus, Thura dabat mensis non adolenda diis. Postici edebant male olentia sibila folles, Multa quid? hic monachus nil nisi flatus erat. Forsitan ad mensam cum Coenobiarcha sederet, Atque unâ monachus carperet iste cibos; Ecce velut displosa sonat vesica, decori Oblitus, laxo podice grande crepat: Tum crepitus fratrum bibulas ut transvolet aures, Et strepitum pedibus dat, gravitur que screat. Hic abbas, bone frater, ait, hoc transeat iste. Et strepuere pedes et crepuere nates.
et cette épigramme citée par Rodolphe Gochlenius, sur quelqu'un qui employait la même ruse.
Rasus erat, memini, cujus postica pet anum, Fistula spirabat semper odore gravi. Forsan ut accubuit sumpturus prandia, ventris Mittebat crassum crassa sabura sonum, Atne quis missum posseœœt deprehendere bombum, En strepitum moto concitat ipse pede. Tunc strepitus non est crepitus, ridente sub ore, Increpitans ventos, Coenobiarcha refert.
Il est donc important de prévenir les jeunes gens et les vieillards, de s'accoutumer à ne point rougir, lorsqu'ils péteront, mais d'en rire les premiers, pour égayer la conversation.
On n'a point encore décidé si péter en pissant est un effet malin, ou bénin. Moi je le crois bénin, et je me fonde sur l'axiôme assez vrai qui dit:
Mingere cum bombis res est gratissima lumbis.
En effet, pisser sans péter, c'est aller à Dieppe sans voir la mer.
Cependant, il est ordinaire de pisser avant que de péter, parce que les vents aident à la première opération en comprimant la vessie; ils se manifestent ensuite.
Comme il est des privations de tout genre, et qu'un assez grand nombre de personnes ne pètent que rarement et très-difficilement, que par conséquent il leur arrive une infinité d'accidents et de maladies, j'ai pensé que je devais écrire pour eux, et placer ici les remèdes et les moyens qui peuvent les exciter à rendre les vents qui les tourmentent. Je dirai donc en deux mots, qu'il y a deux espèces de remèdes, pour provoquer les vents, les internes et les externes.
Les internes sont l'anis, le fenouil, les zédoaires, enfin tous les carminatifs et les échauffans. Les externes sont les clystères et les suppositoires. Si l'on fait usage de tous les deux, on sera certainement soulagé.
On demande s'il y a analogie entre les sons, si on peut les marier et en faire un ensemble de musique pétifique? On demande aussi combien il y a de genres de pets, par rapport à la différence du son? Quant à la première question, un musicien très-célèbre répond du succès de la musique demandée, et promet incessamment un concert de ce genre. A l'égard de la seconde question, on répond qu'il y a soixante-deux sortes de sons parmi les PETS. Car, selon Cardan, le podex peut produire et former quatre modes simples de pets, l'aigu, le grave, le réfléchi, et le libre. De ces modes, il s'en forme cinquante-huit, qui avec l'addition des quatre premiers, donne dans la prononciation 62 sons, ou espèces différentes de pets. Les compte qui voudra. Qui potest capere, capiat.
Il y a trois causes principales de la variété de ces sons, savoir: la matière du vent, la nature du canal et la force du sujet. Si la matière du vent est sèche, le son du PET est clair. Plus elle est humide, plus il est obscur; plus elle est égale et de même nature, plus il est simple; plus elle est hétérogène, plus il est multisonore.
Si le canal est étroit, le son sera aigu; s'il est large, le son sera grave. La preuve résulte de la grosseur ou de la délicatesse des intestins, dont l'inanition ou la plénitude influe beaucoup sur le son, car on sait que ce qui est vuide est plus sonore que ce qui est plein. La troisième cause de la différence du son, consiste dans la vigueur du sujet. Plus la nature pousse fortement et vigoureusement, plus le bruit du pet est grand, plus il est étoffé.
Il est donc clair que la différence des sons naît de la différence des causes. On le prouve facilement par l'exemple des flûtes, des trompettes et des flageolets. Une flûte à parois épaisses et larges, donne son son obscur. Une flûte étroite et mince en rend un clair; enfin, une flûte dont les parois tiennent le milieu entre l'épais et le mince en rend un mitoyen. La constitution de l'agent est encore une cause qui prouve cette assertion. Que quelqu'un, par exemple, qui a le vent bon, embouche une trompette, il en tirera infailliblement des sons très-forts, et le contraire arrivera, s'il a l'haleine faible et courte. Disons donc que les instrumens à vent sont bien inventés et bien utiles pour l'appréciation des pets. Par eux, on tire des conjectures très-certaines. O admirables flûtes, tendres flageolets! graves cors de chasse! etc. Vous êtes bien faits pour être cités dans l'art de péter, quand on vous embouche mal; mais vous savez rendre une raison juste d'un son perçant ou grave, quand une bouche habile vous fait résonner. Soufflez donc habilement, musiciens.
L'estime que m'inspire un confrère laborieux me fait une loi de citer la nouvelle machine que vient d'inventer le cit. Regnier, membre du Lycée des Arts, auteur d'une foule de découvertes utiles à l'humanité. Son aëromètre, servant à fixer la durée et la force de l'air, peut être employé, avec succès pour déterminer la nature et la force du Pet, et je n'ai pas dû le passer sous le silence. (Voyez l'annuaire du Lycée des Arts, où l'on trouve tout, excepté mon nom, et je vous dirai un autre jour le pourquoi.)
Question musicale. Duo singulier. Belle invention pour faire entendre un concert a un sourd.
Un savant allemand a proposé ici une question très-difficile à résoudre; savoir s'il y a de la musique dans les PETS? distinguo. Il y a de la musique dans les pets diphtongués, concedo: dans les autres, nego.
La musique que produisent les pets diphtongues, n'est pas de celle qui s'exprime par la voix, ou par l'impulsion de quelque chose de sonore, comme d'un violon, d'une guitarre, d'un clavecin, etc. Elle ne dépend que du mécanisme du sphincter de l'anus, qui se resserrant ou s'élargissant, forme des sons graves, ou aigus. Les pets diphtongues font seuls de la musique.
Deux petits garçons, mes compagnons d'école, avaient chacun un talent qui nous amusait tous trois. L'un rotait tant qu'il voulait sur différens tons, l'autre pétait de même. Le dernier, pour y mettre plus d'élégance et de raffinement, se servait d'un petit clayon à égouter les fromages, sur lequel il ajustait une feuille de papier; puis s'asseyant dessus à nud, et tortillant les fesses, il rendait des sons organiques et flûtés de toute espèce. La musique n'était pas à la vérité très-harmonieuse, ni les modulations fort savantes; il serait même difficile d'imaginer des règles de chant pour un pareil concert, et de faire aller ensemble, comme il faut, les bas et haut-dessus, les tailles et basses-tailles, les hautes et basses-contres, mais un habile compositeur pourrait en tirer un système musical digne d'être transmis à la postérité, dans le poëme de l'espagnol Yriarte, sur cet art. C'est une diatonique distribuée à la Pythagoricienne, dont on trouvera les chroma, en serrant les dents, on réussirait certainement. Veut-on obtenir des sons aigus? choisissez un corps rempli de fumées subtiles et un anus étroit. Voulez-vous des sons deux fois plus graves? faites jouer un ventre plein de fumées épaisses et un canal large. Le sac à vents secs rendra les sons clairs, et le sac à vents humides, des sons obscurs. Le bas ventre est une orgue polyphtongue, d'où l'on peut tirer, comme d'un magasin, au moins douze tropes ou modes de sons, dont on choisira seulement ceux consacrés à l'agrément, tels que le lyxoleidien, l'hypolyxoleidien, le dorique et l'hypadorique. Ce qui est trop sensible détruit le sentiment. A sensibili in supremo gradu destruitur sensibile, c'est un axiôme de philosophie. On ne fera donc rien que de modéré, et l'on sera sûr de plaire. Autrement, on épouvanterait, en imitant les sons bruyants des cataractes de Schaffouse, des montagnes d'Espagne, des sauts de Niagara ou de Montmorency dans le Canada, qui rendent les hommes sourds et font avorter les femelles, avant qu'elles soient grosses.
Avant de finir ce chapitre, je ne puis, en bon citoyen, me dispenser de dédommager des torts de la nature ceux de mes amis envers lesquels elle a usé de rigueur. Il s'agit de faire participer un sourd à cette musique.
Il prendra donc une pipe à fumer, en appliquera la tête à l'anus d'un concertant, et tiendra l'extrémité du tuyau entre les dents, comme on tient une montre par le bouton pour en observer le battement. Par le bénéfice de la contingence, il saisira tous les intervalles des sons dans toute leur étendue et leur douceur. Nous en avons plusieurs exemples dans Cardan et Baptiste Porta, de Naples. Si quelqu'autre personne qu'un sourd, veut avoir ce plaisir et participer au goût, il pourra, comme le sourd, tirer fortement son vent. Alors, il recevra toutes les sensations et toute la volupté qu'il en pourra prétendre.
Du Pet muet mal-proprement dit Vesse. Diagnostic et prognostic.
Il s'agit maintenant de nous faire comprendre sans parler. Les pets muets vulgairement appellés vesses, n'ont point de son, et se forment d'une petite quantité de vents très-humides. On les nomme en latin VISIA, du verbe visire, en allemand feistein, et en anglais fitch, ou vetch. Elles sont sèches ou foireuses. Les sèches sortent sans bruit, et n'entraînent point avec elles de matière épaisse. Les foireuses sont au contraire composées d'un vent taciturne et obscur, et emportent toujours avec elles un peu de matière liquide. Elles ont la vélocité d'une flèche ou de la foudre, et sont insupportables par l'odeur fétide qu'elles exhalent. Jean Despautère a dit qu'une liquide jointe à une muette dans la même syllabe, rend brève la voyelle douteuse, ce qui signifie que l'effet de la vesse foireuse est très-prompt.
Un diable du pays latin voulant un jour lâcher un pet, et ne faisant qu'une vesse foireuse, s'écria avec colère et indignation, en maudissant la trahison de son derrière: nusquam tuta fides? Il n'y a donc plus de bonne foi dans le monde! On fait donc très-bien, quand on craint ces vesses, de mettre bas les culottes, et de lever sa chemise, avant de les lâcher. Il faut être sage, prudent et prévoyant.
Les vesses foireuses sortant sans bruit, sont un signe qu'il n'y a pas beaucoup de vents. La partie liquide qu'elles entraînent donne lieu de croire qu'elles sont salutaires. Elles indiquent la maturité de la matière, et qu'il est tems de soulager ses reins, suivant cet axiôme:
Maturum stercus est importabile pondus. C'est un lourd fardeau que l'envie d'aller à la selle.
De Pets ou vesses affectées et involontaires.
Le pet affecté ne se passe guères parmi les honnêtes gens, si ce n'est parmi ceux qui logent ensemble et qui couchent dans le même lit. Alors, on affecte d'en lâcher pour se faire rire, ou pour se faire pièce; on les pousse si dodus et si distincts, qu'on pourrait les prendre pour des coups de couleuvrines. J'ai connu une dame qui se couvrant l'anus avec sa chemise, s'approchait d'une chandelle récemment éteinte, et pétant et vessant lentement et par gradation, la rallumait avec la dernière adresse. Mais une autre qui la voulut imiter ne réussit point, réduisit la mèche en une poudre ardente qui se dissipa bientôt en l'air, et se brûla le derrière, tant il est vrai que: Il n'est pas permis à tout le monde d'aller à Corinthe. Un amusement très-joli, c'est de recevoir une vesse dans sa main, de l'approcher du nez de celle ou de celui avec qui l'on est couché, pour les faire juger du goût ou de l'espèce.
Le pet involontaire a lieu à l'insçû de celui qui lui donne l'être, lorsqu'on est couché sur le dos, ou qu'on se baisse, ou qu'on fait de grands éclats de rire, ou enfin, quand on éprouve de la crainte. Celui-là est ordinairement excusable.
Effets utiles des pets et des vesses.
Tout pet est salutaire par lui-même, en tant que l'on se débarrasse d'un vent qui incommode. Cette évacuation détourne plusieurs maladies, la fureur, la douleur hypocondriaque, la colique, les tranchées, la passion iliaque, etc. Mais lorsqu'ils remontent, ou ne trouvent pas de sortie, ils attaquent le cerveau par la prodigieuse quantité de vapeurs qu'elles y portent, corrompent l'imagination, rendent mélancolique, frénétique, et engendrent d'autres maladies très-fâcheuses. De-là, les fluxions qui se forment par la distillation des fumées de ces météores sinistres, et qui descendent dans les parties inférieures: heureux quand on en est quitte pour la toux, et les catarrhes. Le plus grand mal est d'être incapable de toute application, et rebuté par l'étude et le travail. Partez comme moi de ce principe, cher lecteur, qu'il y a une utilité particulière à péter; je vais en citer plusieurs exemples.
Une dame, dans un cercle nombreux, est attaquée d'un mal de côté: allarmée d'un accident si imprévu, elle quitte une fête qui semblait n'être faite que pour elle, et dont elle était l'ornement. On s'agite, on s'inquiète, on vole à son secours. La faculté s'assemble à la hâte, consulte, raisonne, cherche la cause du mal, cite force auteurs, s'informe de la conduite et du régime de la dame. La malade s'examine et se rappelle qu'elle a imprudemment retenu un gros pet qui lui demandait son congé.
Une autre, sujette aux vents, retient douze gros pets captifs, qui successivement essaient de se faire jour. Elle se met à la torture, pendant une longue séance, et se présente à une table bien servie, croyant y faire figure. Qu'arrive-t-il? elle dévore des yeux des mets auxquels elle ne peut toucher. Tout est plein, son estomach rempli de vents, ne peut plus recevoir de nourriture.
Un petit maître, un abbé poli, un grave magistrat, tous trois également contrefaits, font de leur corps une caverne d'Eole; ils y introduisent les vents, l'un par ses éclats, l'autre ses doctes entretiens, le dernier dans ses longues harangues. Bientôt ils sentent l'effort d'une violente tempête intestine, se roidissent contre sa fureur. Pas un d'eux ne lâche le moindre pet; de retour chez eux, une violente colique que toute la pharmacie ne peut appaiser, les abat impitoyablement, et les met à deux doigts de la mort.
Que de biens ne procure point un pet lâché à propos. Il dissipe tous les symptômes d'une maladie sérieuse, il bannit toutes craintes et tranquillise par sa présence les esprits allarmés. Tel se croyant dangereusement malade, appelle tous les sectateurs de Galien, qui tout-à-coup faisant un pet copieux, remercie la médecine, et se trouve parfaitement guéri. Tel autre se lève avec un poids énorme sur l'estomach, et sort du lit tout gonflé. Il n'a cependant fait la veille aucun excès. Sans goût, sans appétit, il ne prend aucune nourriture, s'inquiète, s'allarme; la nuit vient, et ne lui apporte que la faible espérance d'un sommeil interrompu. A l'instant où il se met au lit, une tempête s'élève dans la basse région, les intestins émus semblent se plaindre, et après de violentes secousses, un gros pet se fait jour et laisse notre malade confus de s'être inquiété pour si peu de chose.
Une femme esclave du préjugé n'avait jamais connu les avantages du Pet. Depuis douze ans, victime malheureuse de sa maladie, et de la médecine, elle avait épuisé tous les remèdes. Eclairée enfin sur l'utilité du Pet, elle pète librement et souvent; dès-lors, plus de douleurs, elle jouit d'une santé parfaite.
Si la vesse trouble l'économie de la société par sa nature malfaisante, le Pet est son antidote. Il la détruit, et l'empêche de paraître, lorsqu'il a eu lui-même assez de force pour se faire un passage, car il est évident, d'après tout ce que j'ai dit, qu'on ne vesse que parce qu'on n'a pas voulu péter, et que par-tout où se trouve le frère aîné le Pet, sa sœur, la vesse ne peut se trouver.
Je trouve dans un très-ancien manuscrit, la pièce suivante, qui n'est pas sans mérite, et qui va très-bien à mon sujet.
Air: De la Reynie.
Ah! je prétends punir votre insolence, Remarquez bien ce que vous avez fait: Quoi, vous osez péter en ma présence, Savez-vous bien où peut aller un pet?
Réponse.
Un pauvre Pet réduit à l'esclavage, Las de souffrir une sale prison, Est-il puni pour se faire un passage? La liberté fut toujours de saison. Quoi, pour un PET échappé sans malice, Ai-je péché contre les réglemens? Déclarez-nous, grands juges de police, Si vous voulez aussi régler les vents. Un PET est-il assez de conséquence, Pour élever contre un cul tous nos sens? Ce pauvre cul, quoique plein d'innocence, Pour vous fléchir, vous donne de l'encens. Jamais un PET, soit dit sans vous déplaire, Ne fut poussé plus méthodiquement, J'avais aussi mes raisons pour le faire, Car jamais PET ne fut sans fondement. Veillez, ô guet, à nettoyer les rues, Réglez les jeux, la chair et le poisson; Mais sur les culs vous n'avez point de vues, Un cul peut tout dedans son caleçon. Que feriez-vous de nous en votre empire, Disaient les vents du nord et du levant; Vous qui grondez contre un simple zéphire Qui par hasard est venu du Ponant? Appaisez donc, Monsieur, votre colère, A quoi sert-il à moi de disputer? Vous permettez à mon âne de braire, Défendrez-vous à mon cul de PETER? Ah! si j'osais, mais je n'ose le dire, Ou, si j'osais vous le dire tout bas; Je n'en puis plus, mon mal de ventre empire, Je vais... sous moi.... ne le sentez-vous pas?
Ce serait une injustice de croire que les rires excités par le Pet, sont plutôt des signes de mépris et de pitié, que la marque d'une véritable joie. Le Pet contient en lui-même un agrément essentiel, indépendant des lieux et des circonstances.
Auprès d'un malade, une famille en pleurs attend le fatal moment qui va lui enlever un chef, un fils, un frère, un époux. Quel tableau désespérant et terrible! tout-à-coup, un PET parti avec fracas du lit du moribond, suspend la douleur des assistans, fait naître une lueur d'espérance et excite encore au moins un sourire. Si, près d'un moribond, où tout n'inspire que le deuil, le Pet peut égayer les esprits et dilater les cœurs, doutera-t-on du pouvoir de ses charmes? En effet, susceptible de diverses modifications, il varie ses agrémens, et doit par-là plaire généralement. Tantôt précipité dans sa sortie, impétueux dans son mouvement, il imite le fracas du canon; alors il plaît à l'homme de guerre; tantôt, retardé dans sa course, gêné dans son passage par les deux hémisphères qui le compriment, il imite les instrumens de musique. Bruyant quelquefois dans ses accords, souvent flexible et moëlleux dans ses modulations, il doit plaire aux ames sensibles, et presqu'à tous les hommes, car il en est peu qui n'aiment pas la musique, puisque les brutes même en sont touchées. Le Pet étant agréable, son utilité particulière et générale étant bien démontrée, sa prétendue indécence combattue et détruite, qui pourra lui refuser son suffrage? Cicéron, liv. I. des Offices, dit: Ce qui est utile, agréable et honnête, est censé avoir une bonté et une valeur réelle.
Loin de blâmer les péteurs, les anciens encourageaient au contraire leurs disciples à ne se point gêner. Les Stoïciens dont la philosophie était la plus épurée de ces tems-là, disaient que la devise des hommes était, à la liberté. Les plus grands philosophes, et Cicéron lui-même, préféraient la doctrine stoïque aux autres sectes qui traitaient de la félicité de la vie humaine. Tous, par des argumens sans réplique ont obligé leurs adversaires, de convenir que parmi les préceptes les plus salutaires à la vie, non-seulement les pets, mais encore les rots, devaient être libres. On peut voir ces argumens dans la 9e. épître familière de Cicéron à Pœte, 174, et l'on y verra, entre une infinité de bons conseils, celui-ci: Qu'il faut faire et se conduire en tout selon que la nature l'exige. Il est donc inutile d'après cela, d'alléguer avec emphase les lois de la pudeur et de la civilité qui, toutes respectables qu'elles sont, ne doivent pourtant pas l'emporter sur la conservation de la santé et de la vie même.
Mais enfin, s'il est encore quelqu'esclave de ce préjugé, sans le dissuader de péter, nous allons lui donner le moyen de dissimuler au moins son pet. Il aura donc soin de l'accompagner d'un vigoureux hem, hem. Si ses poumons ne sont pas assez forts, il affectera un grand éternuement; alors, il sera accueilli, fêté même de toute la compagnie, et comblé de bénédictions. S'il ne peut ni l'un, ni l'autre, il crachera bien fort, ou remuera bien fort sa chaise. S'il ne peut faire tout cela, qu'il serre les fesses bien fort. La compression et le resserrement du grand muscle de l'anus rendra femelle ce qui devait être mâle. Cette malheureuse finesse fera payer bien cher à l'odorat ce qu'elle épargne à l'ouïe, mais je ne garantis pas des suites funestes de cette ruse, et je conclus qu'il vaut mieux, comme l'archevêque que je vais citer, appeller l'attention sur un autre objet, par une transition ingénieuse:
Notre archevêque Mitra, Prélat de bonne figure, Fit l'autre jour un gala, Où l'on ne but point d'eau pure. Un chanoine gros et gras, Et d'une épaisse encolure, Fit le plaisir du repas; J'en vais conter l'aventure. Assis sur son perroquet, Siège étroit pour sa quarrure, Il tomba sur le parquet, Sans se faire une blessure. Etendu comme un crapaud, Tout prêt à crever d'enflure, Il nous lâcha bien et beau Un vent de mauvaise augure. Au bruit de cet accident, Chacun rit outre mesure, Monseigneur dit gravement: Buvons tous, je vous conjure.
Dans le siècle dernier, une vieille femme, sourde comme un pot, faisait ses prières dans l'église de Bonne-Nouvelle, à Paris. Profondément baissée devant l'image de Marie, elle lâchait à plusieurs reprises des pets assez intelligibles. «Bonne femme, lui dit charitablement quelqu'un qui, placé derrière elle, les recevait de la première main, bonne femme, vous pétez... Ah! monsieur, répliqua-t-elle, je vous demande bien pardon; j'ai le malheur d'être sourde, et je croyais que c'était seulement des vesses». Il arriva la même chose à Œthon, qui n'était pas sourd, au rapport de Martial, livre 12. épigr. 78., qui finit ainsi:
»Sed quamvis sibi caverit precando, »Compressis natibus Jovem et salutet, »Turbatus tamen, usque et usque pedit, »Mox Œthon, deciesque, viciesque.
Mes lecteurs me sauront gré de leur offrir l'énigme suivante:
»Ante domum quidam, seclam coeco parat antro, «Proripere incautus, nil metuensque mali, »Nam se exissetratus, quidam arcte comprimit, ipsis »In foribus; clamor surgat ut inde gravis.
Solutio.
»Absque sono flatus saepe affectatus acuto, »Non affectatum ventris it in crepitum.
Henri Bebelle, dont les facéties composées en 1506 sont si rares, que M. de la Monnoye lui-même paraît n'en avoir eu aucune connaissance, puisqu'il n'en dit rien, et que l'on ne trouve le titre de ce livre sur aucun catalogue, nous a conservé le trait suivant:
Un orateur lâcha un PET, en présence du grand Sigismond, duc d'Autriche, qu'il haranguait: «Si vous voulez parler, dit-il en se retournant vers son derrière, il faudra que je me taise». Puis, sans faire paraître le moindre embarras, il continua sa harangue. Sa présence d'esprit et son ton flegmatique, dans un moment si périlleux, plurent tant à ce Prince qui aimait la gaîté, qu'il eut depuis lors toutes sortes d'égards pour cet orateur facétieux. Voilà la fortune d'un littérateur due à un pet. Il y a tant d'ouvrages encore meilleurs que celui-ci, qui ont conduit l'auteur à l'hôpital!
En voici encore un tiré du même auteur:
Un prêtre baptisait un enfant. Lorsqu'il en fut à ces paroles de l'exorcisme: il fit de la boue avec son crachat, la sage-femme qui tenait l'enfant et qui se baissait pour ramasser de la poussière, lâcha un pet énorme. Le prêtre étonné quitte sa lecture. «Voyez, dit-il aux assistans, quelle est la force miraculeuse des paroles sacrées, j'ai commandé à Satan de sortir, il est sorti, en remplissant l'air de sa puanteur, comme vous devez le sentir». La femme déconcertée, et qui n'a pas entendu ce qu'a dit le prêtre, dit que c'est l'enfant qui a pété et non pas elle.—Que le mal Saint-Jean t'arde, répond l'autre irrité. Car si tu es aussi impoli en naissant, en présence d'un prêtre respectable et dans un lieu saint, que feras-tu donc, dans un âge avancé?»
Le père des Calembourgs, le fameux marquis de Bièvre, a dit plusieurs choses très-plaisantes sur le Pet. Comme j'écris de mémoire, et que cette partie de mon moral, jadis bien fournie, me manque souvent au besoin, je citerai seulement cette plaisanterie. Quelqu'un disait dans une société où il se trouvait, que la guerre était un terrible fléau, mais qu'heureusement il courait des bruits de paix (de pet.) oh! pour cela, dit le marquis, ce n'est pas sans fondement. L'orateur qui se disposait à faire de l'esprit sur son texte, fut arrêté tout court, au milieu de son vol, et tout le monde rit encore. (Le lecteur ne trouvera pas à présent le mot très-neuf).
Mais je m'aperçois avec chagrin que le nombre obligé des pages que doit avoir mon volume, me force de finir, je remets donc à une autre édition tout ce qui me reste à dire sur le Pet, ou aux deux ouvrages indiqués dans ma préface, si toutefois vous pouvez les trouver; et avant de fermer le volume, je veux vous donner un conseil dont vous sentirez toute l'importance.
Si vous êtes dans un cercle nombreux, où un ignorant incroyable trouve le secret d'ennuyer, s'il vous assomme depuis une heure par mille impertinences débitées en arrangeant sa cravatte, relevant ses bottes, montrant ses dents, étalant ses grâces, soyez sûr que cet impitoyable ennemi de la société ne pourra résister à l'attaque d'un Pet, qui l'arrêtera tout court, au milieu de l'éructation de ses sottises, tirera tous les esprits de la captivité, en faisant diversion au babil assassin de leur ennemi commun.
S'il arrive qu'une assemblée brillante garde depuis deux heures un silence plus morne que celui des anciens chartreux; si, les uns par ignorance, les autres par timidité, enfin par cérémonie, on est près de se séparer sans avoir prononcé un seul mot, soyez sûr que le Pet va ranimer tout le monde, épanouir les figures, dilater les cœurs, et prodiguer tous les charmes d'une conversation enjouée, saupoudrée de critique et de plaisanterie. D'où je conclus que le Pet est le père de la joie, de la santé, de l'esprit, et de la liberté. J'ai fini. Adieu.
Claudite jam rivos pueri, sat prata biberunt.
P. S. Il a paru, il y a longtemps, un Art de péter, parodié sur l'art poëtique de Boileau, et une pièce intitulée: Généalogie de Milord Pet; mais il m'a été impossible de me procurer ces ouvrages. Il vient de paroître une pièce intitulée Caquire, par M. de Vessaire, parodiée de Zaïre, 1 vol. in-8o. qui se trouve chez les mêmes libraires.