Note 9 — ANDRÉ GIDE
Reading edition
Durant ses quatre années de bagne, Dostoïevsky était resté sans nouvelles des siens;—le 22 février 1854, dix jours avant son élargissement, il écrivait à son frère la première des lettres de Sibérie dont nous avons connaissance, cette lettre admirable que je regrette de ne pas trouver dans le recueil de M. Bienstock: «Je puis enfin causer avec toi plus longuement, plus sûrement aussi, il me semble... Mais avant tout, laisse-moi te demander, au nom de Dieu, pourquoi tu ne m'as pas encore écrit une seule ligne. Je n'aurais jamais cru cela! Combien de fois, dans ma prison, dans ma solitude, ai-je senti venir le véritable désespoir en pensant que, peut-être, tu n'existais plus; et je réfléchissais durant des nuits entières au sort de tes enfants, et je maudissais la destinée qui ne me permettait pas de leur venir en aide... Se pourrait-il qu'on t'eût défendu de m'écrire? Mais cela est permis! Tous les condamnés politiques reçoivent ici plusieurs lettres par an... Mais je crois avoir deviné la véritable cause de ton silence: c'est ton apathie naturelle...»