PRÉFACE DE L'AUTEUR I (continued 9)
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On dit aussi Pique-puces et Pique-prunes. Pourquoi ne dit-on pas plutôt Pique-Pouce?
PIQUER, v. a. Faire quelque chose,—dans l'argot des Polytechniciens.
Piquer l'étrangère. S'occuper d'une chose étrangère à la conversation.
PIQUER EN VICTIME, v. n. Plonger dans l'eau, les bras contre le corps, au lieu de plonger les mains en avant au-dessus de la tête.
PIQUER LE NEZ (Se), v. réfl. Boire avec excès, à en devenir ivre,—dans l'argot du peuple.
PIQUER SA PLAQUE, v. a. Dormir,—dans l'argot des tailleurs.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
PIQUER SON CHIEN. Dormir,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi, Piquer un chien.
D'où vient cette expression? S'il faut en croire M. J. Duflot, elle viendrait de l'argot des comédiens et sortirait de l'Aveugle de Montmorency, une pièce oubliée. Dans cette pièce, l'acteur qui jouait le rôle de l'aveugle, tenant à ne pas s'endormir, avait armé l'extrémité de son bâton d'une pointe de fer qui, par suite du mouvement d'appesantissement de sa main, en cas de sommeil, devait piquer son caniche placé entre ses jambes, et chaque fois que son chien grognait, c'est qu'il avait piqué son chien, c'est-à-dire qu'il s'était laissé aller au sommeil.
PIQUER UN CINABRE, v. n. Rougir subitement, du front aux oreilles et des oreilles aux mains. Argot des artistes.
PIQUER UN SOLEIL, v. n. Rougir subitement,—dans l'argot du peuple.
PIRONIEN, adj. et s. Homme enclin à la gaieté comme les Byroniens à la tristesse; disciple de Lord Piron, le poète gaillard. Argot des gens de lettres.
PIRONISME, s. m. La gaie science—où excellait Piron.
PIS, s. m. La gorge de la femme,—dans l'argot malséant du peuple:
«Les femmes, plus mortes que vives, De crainte de se voir captives, Et de quelque chose de pis De la main se battent le pis.»
dit Scarron dans son Virgile travesti.
PISSAT, s. m. Résultat du verbe Meiere.
PISSAT DE VACHE, s. m. Mauvaise bière.
PISSE-FROID, s. m. Homme lymphatique, tranquille qui ne se livre pas volontiers,—dans l'argot du peuple, ennemi des flegmatiques.
PISSER (Envoyer). Congédier brutalement un ennuyeux.
On dit aussi Envoyer chier.
PISSER A L'ANGLAISE, v. n. Disparaître sournoisement au moment décisif.
PISSER AU CUL DE QUELQU'UN, v. a. Le mépriser.—dans l'argot des voyous.
PISSER CONTRE LE SOLEIL, v. n. Faire des efforts inutiles, se tourmenter vainement.
On connaît l'enfance de Gargantua, lequel «mangeoit sa fouace sans pain, crachoit au bassin, petoit de gresse, pissoit contre le soleil,» etc.
PISSER DES LAMES DE RASOIR EN TRAVERS (Faire). Ennuyer extrêmement quelqu'un,—dans l'argot des faubouriens, qui n'ont pas d'expression plus énergique pour rendre l'agacement que leur causent certaines importunités.
On dit aussi Faire chier des baïonnettes.
PISSER DES OS, v. a. Accoucher,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi d'une femme qui met au monde un enfant qu'Elle pisse sa côtelette.
PISSE-TROIS-GOUTTES, s. m. Homme qui s'arrête à tous les rambuteaux.
On dit parfois: Pisse-trois-gouttes dans quatre pots de chambre, pour désigner un homme qui produit moins de besogne qu'on ne doit raisonnablement en attendre de lui.
PISSEUSE, s. f. Petite fille.
PISSOTE, s. f. Endroit où l'on conjugue le verbe Meiere.
Le petit café situé vis-à-vis le théâtre du Palais-Royal n'est pas désigné autrement par les artistes.
PISSOTER, v. n. Avoir une incontinence d'urine.
PISTOLE, s. f. Cellule à part,—dans l'argot des prisons, où l'on n'obtient cette faveur que moyennant argent.
Être à la pistole. Avoir une chambre à part.
PISTOLET, s. m. Homme qui ne fait rien comme personne.
On dit aussi Drôle de pistolet.
PISTOLET, s. m. Demi-bouteille de champagne.
PISTON, s. m. Interne ou externe qu'affectionne, que protège le médecin en chef d'un hôpital. Argot des étudiants en médecine.
PISTON, s. m. Préparateur du cours de physique,—dans l'argot des lycéens.
PISTON, adj. et s. Remuant, tracassier, ennuyeux,—dans l'argot des aspirants de marine.
PISTONNER, v. a. et n. Diriger, protéger, aider.
PISTONNER, v. a. Ennuyer, tracasser, tourmenter.
PITANCHER, v. n. Boire,—dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme le prouvent ces vers de Vadé:
«Le beau sexe lave sa gueule Et pitanche tout aussi sec Que si c'étoit du Rometsec.»
On dit aussi Pictancer.
PITON, s. m. Nez d'un fort volume et coloré par l'ivrognerie. Argot des faubouriens.
PITRE, s. m. Paillasse de saltimbanque; bouffon de place publique.
Par extension on donne ce nom à tout Farceur de société, à tout homme qui amuse les autres—sans être payé pour cela.
PITRE DU COMME, s. m. Commis voyageur,—dans l'argot des voleurs.
Quant ils veulent être plus clairs, ils disent: Pitre du commerce.
PITROU, s. m. Pistolet, fusil,—dans le même argot.
PITUITER, v. d. Médire, faire des indiscrétions, bavarder. Argot des faubouriens.
PIVERT, s. m. Scie faite d'un ressort de montre,—dans l'argot des voleurs.
PIVOINER, v. n. Rougir,—dans l'argot du peuple.
PIVOIS ou PIVE, s. m. Vin,—dans l'argot des voleurs, qui l'appellent ainsi peut-être parce qu'il est rouge comme une pivoine, ou parce qu'il est poivré comme l'eau-de-vie qu'ils boivent dans leurs cabarets infects. En tout cas, avant de leur appartenir, ce mot a appartenu au peuple, qui le réclamera un de ces jours.
Pivois maquillé. Vin frelaté.
Pivois de Blanchimont. Vin blanc.
On dit aussi Pivois savonné.
Pivois citron. Vinaigre.
PIVOT, s. m. Plume,—dans le même argot.
PLACARDE, s. f. La place où se font les exécutions,—dans le même argot.
Avant 1830, c'était la place de Grève; sous Louis-Philippe, ç'a été la barrière Saint-Jacques; depuis une douzaine d'années, c'est devant la prison de la Roquette.
On dit aussi Placarde au quart d'œil.
PLACE, s. f. Chambre meublée ou non,—dans l'argot des ouvriers qui ont été travailler en Belgique.
A Bruxelles, en effet, une chambre seule est une place; deux chambres sont un quartier. (V. ce mot.)
PLACIER, s. m. Homme qui fait la place de Paris; courtier en marchandises. Argot des marchands.
PLAFOND, s. m. Crâne, cerveau,—dans l'argot des faubouriens.
Se crever le plafond. Se brûler la cervelle.
PLAMOUSSE, s. f. Soufflet,—dans l'argot du peuple, qui a dit jadis Mouse pour Visage.
PLAN, s. m. Le Mont-de-Piété,—dans l'argot des faubouriens.
Être en plan. Rester comme otage chez un restaurateur, pendant qu'un ami est à la recherche de l'argent nécessaire à l'acquit de la note.
Laisser en plan. Abandonner, quitter brusquement quelqu'un, l'oublier, après lui avoir promis de revenir.
Laisser tout en plan. Interrompre toutes ses occupations pour s'occuper d'autre chose.
PLAN, s. m. Prison,—dans l'argot des voleurs.
Être au plan. Être en prison.
Tomber au plan. Se faire arrêter.
«Quoi tu voudrais que je grinchisse Sans traquer de tomber au plan?»
dit une chanson publiée par le National de 1835.
PLAN, s. m. Arrêts,—dans l'argot des soldats.
Être au plan. Être consigné.
PLAN, s. m. Moyen, imagination, ficelle,—dans l'argot des faubouriens.
Tirer un plan. Imaginer quelque chose pour sortir d'embarras.
Il n'y a pas plan. Il n'y a pas moyen de faire telle chose.
PLANCHE (Faire sa). Témoigner du dédain, faire sa Sophie,—dans l'argot des faubouriens.
Sans planche. Avec franchise, rondement.
PLANCHE A TRACER, s. f. Table,—dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi Plate-forme et Atelier.
PLANCHE A TRACER, s. f. Feuille de papier blanc,—dans le même argot.
Signifie aussi Lettre, missive quelconque.
PLANCHE AU PAIN, s. f. Le banc des accusés,—dans l'argot des prisons.
Être mis sur la planche au pain. Passer en Cour d'assises.
PLANCHÉ (Être). Être condamné,—dans l'argot des voleurs.
PLANCHER, v. n. Se moquer, rire,—dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
On dit aussi Flancher.
PLANCHER DES VACHES, s. m. La terre,—dans l'argot du peuple, à qui Rabelais a emprunté cette expression pour la mettre sur les lèvres de ce poltron de Panurge.
PLANCHES, s. f. La scène, le théâtre en général,—dans l'argot des acteurs.
Balayer les planches. Jouer dans un lever de rideau; commencer le spectacle.
Brûler les planches. Cabotiner. Signifie aussi Débiter son rôle avec un entrain excessif.
PLANCHES, s. f. L'établi,—dans l'argot des tailleurs.
Avoir fait les planches. Avoir été ouvrier avant d'avoir été patron.
PLANÇONNER, v. a. Bredouiller,—dans l'argot des coulisses, où l'on a conservé le souvenir du brave Plançon, acteur de la Gaîté.
PLANQUÉ, s. f. Cachette,—dans l'argot des voleurs.
Être en planque. Être prisonnier.
Signifie aussi Être en observation.
PLANQUER, v. a. Cacher.
Signifie aussi Emprisonner.
PLANQUER, v. a. et n. Mettre quelque chose de côté,—dans l'argot des typographes.
PLANQUER, v. a. et n. Engager quelque chose au Mont-de-Piété, mettre au plan. Argot des faubouriens.
PLANTER LÀ QUELQU'UN, v. a. Le quitter brusquement, soit parce qu'il vous ennuie, soit parce qu'on est pressé.
C'est l'ancienne expression: Planter là quelqu'un pour reverdir, mais écourtée et plus elliptique.
PLANTER LE HARPON, v. a. Lancer une idée, avancer une proposition,—dans l'argot des marins.
PLANTER SON POIREAU, v. a. Attendre quelqu'un qui ne vient pas,—dans l'argot des faubouriens.
PLAQUER, v. a. et n. Abandonner, laisser là.
PLAT D'ÉPINARDS, s. m. Paysage peint,—dans l'argot du peuple et des bourgeois, dédaigneux des choses d'art presque au même degré.
Ils devraient varier leurs épigrammes. Je vais leur en indiquer une, que j'ai entendu sortir de la bouche d'un enfant que l'on interrogeait devant un Corot: «Ça, dit-il, c'est de la salade!»
PLATEAU, s. m. Plat,—dans l'argot des francs-maçons.
PLATÉE, s. f. Grande quantité de choses ou de gens,—dans l'argot du peuple, par corruption de Plenté, vieille expression qu'on trouve dans le roman d'Aucassin:
»Se je vois u gaut ramé. Jà me mengeront li lé, Li lion et sengler Dont il i a plenté.» (beaucoup.)
PLATÉE, PLATELÉE, s. f. La quantité de mets contenue dans un plat.
PLATINE, s. f. Faconde, éloquence gasconne,—dans le même argot.
Avoir une fière platine. Parler longtemps; mentir avec assurance.
PLÂTRE, s. m. Argent monnayé,—dans l'argot des voleurs.
PLATUE, s. f. Galette,—dans le même argot.
PLEIN (Être). Être ivre—à ne plus pouvoir avaler une goutte, sous peine de répandre tout ce qu'on a précédemment ingéré. Argot du peuple.
On dit aussi explétivement Plein comme un œuf et Plein comme un boudin.
PLEIN DE SOUPE, s. m. Homme dont le visage annonce la santé.
On dit aussi Gros plein de soupe.
PLEINE LUNE, s. f. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc.
On dit aussi Demi-lune.
PLEURANT, s. m. Ognon,—dans l'argot des voleurs.
PLEURER EN FILOU. Hypocritement, sans larmes,—dans l'argot du peuple.
PLEURNICHER, v. a. Pleurer mal à propos ou sans sincérité.
PLEURNICHERIE, s. f. Plainte hypocrite, larmes de crocodile.
PLEURNICHEUR, s. et adj. Homme qui pleure mal, qui joue la douleur.
Pleurnicheuse. Femme qui tire son mouchoir à propos de rien.
PLEUTRE, s. m. Pauvre sire, homme méprisable.
S'emploie aussi adjectivement dans le même sens.
PLEUVOIR A VERSE. Aller mal, très mal,—en parlant des choses ou des gens. Argot des faubouriens.
S'emploie surtout à la troisième personne de l'indicatif présent: Il pleut à verse.
PLEUVOIR COMME DU CHIEN, v. n. A verse.
Les Anglais ont à peu près la même expression: To rain cats and dogs (Pleuvoir des chiens et des chats), disent-ils. C'est l'équivalent de: Il tombe des hallebardes.
PLEUVOIR DES CHASSES, v. n. Pleurer. Argot des faubouriens et des voleurs.
PLIER SES CHEMISES, v. n. Mourir,—dans l'argot du peuple.
PLIS (Des)! Exclamation faubourienne de la même famille que Des navets! du flan!
PLOMB, s. m. Gorge, gosier,—dans l'argot des faubouriens.
L'expression est juste, surtout prise ironiquement, le plomb (pour Cuvette en plomb) étant habitué, comme la gorge, à recevoir des liquides de toutes sortes, et la gorge, comme le plomb, s'habituant parfois à renvoyer de mauvaises odeurs.
Jeter dans le plomb. Avaler.
PLOMB, s. m. Hydrogène sulfuré qui se dégage des fosses d'aisances,—dans l'argot du peuple.
PLOMB, s. m. Sagette empoisonnée décochée par le «divin archerot.»
PLOMBE, s. f. Heure,—dans l'argot des voleurs.
Mèche. Demi-heure.
Méchillon. Quart d'heure.
PLOMBER, v. n. Exhaler une insupportable odeur,—dans l'argot des faubouriens, qui se souviennent des plombs du vieux Paris, plus funestes que ceux de Venise.
Plomber de la gargoine. Fetidum halitum emittere.
PLOMBER, v. n. Donner à quelqu'un des raisons de se plaindre du «divin archerot».
PLOMBER, v. n. Être lourd, pesant—comme du plomb.
PLONGEUR, adj. et s. Homme misérable, déguenillé,—dans l'argot des voleurs. Celui qui lave la vaisselle,—dans l'argot des cuisiniers.
PLOYANT, s. m. Portefeuille,—dans l'argot des voleurs.
PLUME, s. f. Monseigneur,—dans le même argot.
PLUME DE BEAUCE, s. f. La paille,—dans le même argot.
PLUMER UN HOMME, v. a. Le dépouiller au jeu de l'amour ou du hasard.
PLUMET, s. m. Ivresse,—dans l'argot des ouvriers.
Avoir son plumet. Être gris.
On dit aussi Avoir son panache.
PLUS-FINE, s. f. Le stercus humain séché et pulvérisé.
L'expression est vieille—comme toutes les plaisanteries fécales.
«Et dit-on que de la plus fine Son brun visage fut lavé?...» (Cabinet satyrique.)
PLUS SOUVENT! Jamais! Terme de dénégation et de refus. Argot du peuple.
PLUS SOUVENT, s. m. Sacrifice au Dieu Crépitus.
PPochard, s. m. Homme qui a l'habitude de s'enivrer.
Malgré tout mon respect pour l'autorité de la parole de mes devanciers et mon admiration pour leur ingéniosité, à propos de ce mot encore, je suis forcé de les prendre à partie et de leur chercher une querelle—non d'Allemand, mais de Français. L'un, fidèle à son habitude de sortir de Paris pour trouver l'acte de naissance d'une expression toute parisienne, prend le coche et s'en va en Normandie tout le long de la Seine, où il pêche un poisson dans les entrailles duquel il trouve, non pas un anneau d'or, mais l'origine du mot pochard: des frais de voyage et d'érudition bien mal employés! L'autre, qui brûle davantage, veut qu'un pochard soit un homme «qui en a plein son sac ou sa poche». Si cette étymologie n'est pas la bonne, elle a au moins le mérite de n'être pas tirée par les cheveux. Mais, jusqu'à preuve du contraire, je croirai que l'ivrogne ayant l'habitude de se battre, de se pocher, on a dû donner tout naturellement le nom de pochards aux ivrognes.
POCHARDER (Se), v. réfl. S'ivrogner, vivre crapuleusement.
POCHARDERIE, s. f. Ivrognerie.
POCHE, s. f. Ivrognesse,—dans l'argot des faubouriens, qui de cochon a déjà fait coche.
On dit aussi Poche, au masculin, à propos d'un ivrogne.
POCHE-œIL, s. m. Coup de poing appliqué sur l'œil,—dans l'argot au peuple.
On dit aussi Pochon.
POCHER, v. a. Meurtrir, donner des coups.
Se pocher. Se battre, surtout à la suite d'une débauche de vin.
POÊLE A CHATAIGNES, s. f. Visage marqué de petite vérole,—par allusion aux trous de la poêle dans laquelle on fait rôtir les marrons.
POÉTRIAU, s. m. Mauvais poète, rapin du Parnasse.
Le mot est d'H. de Balzac, à qui il répugnait sans doute de dire poétereau,—comme tout le monde.
POGNE, s. f. Apocope de Poignet,—dans l'argot du peuple.
Avoir de la poigne. Être très fort—et même un peu brutal.
POGNE-MAIN (A), ad. Lourdement, brutalement, à la main pleine.
POGNON, s. m. Argent, monnaie qu'on remue à poignée,—dans l'argot des faubouriens.
Poignard, s. m. Retouche à un vêtement terminé,—dans l'argot des tailleurs et des couturières.
POIGNARDER LE CIEL, v. a. Se dit—dans l'argot du peuple—de tout ce qui se redresse: cheveux, nez, col, pointe de cravate, etc., etc.
POIL, s. m. Paresse, envie de flâner,—dans le même argot.
Avoir un poil dans la main, ou tout simplement le poil. N'avoir pas envie de travailler.
Nos pères disaient d'un homme fainéant: «Il est né avec un poil dans la main, et on a oublié de le lui couper.»
POIL, s. m. Réprimande, objurgation,—dans l'argot des ouvriers paresseux.
POIL, s. m. Courage,—dans l'argot du peuple, qui, sans croire, comme les Anciens, aux gens qui naissent avec des poils sur le cœur (V. Pline, Histoire naturelle), a raison de supposer que les gens velus de corps sont plus portés à l'énergie que ceux a corps glabre. D'où les deux expressions: Avoir du poil, c'est-à-dire du courage, et Être à poils, c'est-à-dire résolu.
POIL (Faire le). Surpasser, faire mieux ou plus vite,—dans le même argot.
Signifie aussi: Jouer un tour. Supplanter.
Autrefois on disait Faire la barbe.
POILS (Être à). Être nu.
Monter à poils. Monter un cheval sans selle.
POINT, s. m. Pièce d'un franc,—dans l'argot des marchands d'habits.
POINT DE CÔTÉ, s. m. Tiers gêneur,—celui qui, par exemple, vous empêche, par sa présence, de lever une femme ou de l'emmener après l'avoir levée.
Signifie aussi Créancier.
POINT DE JUDAS, s. m. Le nombre treize,—dans l'argot du peuple.
POINTE, s. f. Demi-ivresse,—dans l'argot des faubouriens.
Avoir sa pointe. Être gris.
Avoir une petite pointe. Avoir bu un verre de trop.
POINT GAMMA. Epoque des examens de fin d'année,—dans l'argot des Polytechniciens, pour qui c'est le temps de l'équinoxe c'est-à-dire celui où le travail de nuit est égal à celui du jour.
POINT M, s. m. Expression en usage à l'Ecole polytechnique, et qui sert à indiquer la limite dans laquelle on accepte, soit des faits, soit des idées. Ainsi, quand un élève demande à un autre: «Aimes-tu la tragédie?—Euh! répond l'autre, je l'aime jusqu'au point M.»
POINT Q, s. m. Le derrière humain,—dans l'argot des Polytechniciens.
POINTU, s. et adj. Homme qui ne plaisante pas volontiers, désagréable à vivre,—dans l'argot du peuple.
POINTU, s. m. Evêque,—dans l'argot des voyous.
POINTU, s. m. Clystère,—dans l'argot des bourgeois.
POIQUE, s. m. Auteur, faiseur de pièces ou de romans. Argot des voleurs.
POISON, s. f. Femme désagréable, ou de mauvaises mœurs,—dans l'argot du peuple, qui trouve cette polio amère à boire et dure à avaler.
POISSARDE, s. f. Femme grossière,—dans l'argot des bourgeoises, qui n'aiment pas les gens «un peu trop forts en gueule».
POISSE, s. m. Voleur,—dans l'argot des voyous.
POISSER, v. a. Voler.
Poisser des philippes. Dérober des pièces de cinq francs.
POISSER (Se), v. réfl. S'enivrer,—dans l'argot des faubouriens.
POISSON, s. m. Grand verre d'eau-de-vie, la moitié d'un demi-setier,—dans l'argot du peuple.
Vieux mot certainement dérivé de pochon, petit pot, dont on a fait peu à peu poichon, posson, puis poisson.
POISSON, s. m. Entremetteur, souteneur, maquereau.
POISSON D'AVRIL, s. m. Mauvaise farce, attrape presque toujours de mauvais goût, comme il est encore de tradition d'en faire, chez le peuple le plus spirituel de la terre, le 1er avril de chaque année,—sans doute en commémoration de la Passion de Jésus-Christ.
POISSON FRAYEUR, s. m. Souteneur de filles,—dans l'argot des marbriers de cimetière, qui ont observé que ces sortes de gens frayaient volontiers, eux pas fiers!
POITOU, adj. Point, non, nullement,—dans l'argot des voleurs.
POITOU, s. m. Le public,—dans le même argot.
POITRINAIRE, adj. Femme qui a beaucoup de gorge. Argot dupeuple.
POIVRE, s. m. Poisson de mer, parce que salé,—dans le mêmeargot, parfois facétieux.
POIVRE, adj. Complètement ivre,—dans l'argot des faubouriens, habitués à boire des vins frelatés et des eaux-de-vie poivrées.
Être poivre. Être abominablement gris.
POIVRE ET SEL (Être). Avoir les cheveux moitié blancs et moitié bruns,—dans l'argot du peuple.
Se dit aussi de la barbe.
POIVREMENT, s. m. Payement, compte,—dans l'argot des voleurs.
POIVRER, v. a. Payer.
POIVRER, v. a. Charger une note, une addition,—dans l'argot des consommateurs.
C'est poivré! C'est cher.
On dit de même: C'est salé.
POIVRER QUELQU'UN, v. a. Lui faire regretter amèrement la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb et l'expédition de Naples par Charles VIII. Argot du peuple.
POIVREUR, s. m. Payeur,—dans l'argot des voleurs.
POIVRIER, s. m. Ivrogne,—dans le même argot.
C'est aussi le nom qu'on donne aux voleurs qui dévalisent les ivrognes.
POIVRIÈRE, s. f. Fille ou femme galante punie par où elle a péché et exposée à punir d'autres personnes par la même occasion. Argot du peuple.
«Va, poivrière de Saint-Côme, Je me fiche de ton Jérôme.»
dit un poème de Vadé.
POIVROT, s. m. Ivrogne,—dans l'argot des faubouriens.
POLICHINELLE, s. m. Homme amusant, excentrique,—dans l'argot des bourgeois.
POLICHINELLE, s. m. Enfant,—dans l'argot des faubouriens et des petites dames.
Avoir un polichinelle dans le tiroir. Être enceinte.
POLICHINELLE, s. m. L'hostie,—dans l'argot des voyous.
Avaler le polichinelle. Communier; recevoir l'extrême-onction.
POLICHINELLE, s. m. Grand verre d'eau-de-vie,—dans l'argot des chiffonniers, qui aiment à se payer une bosse.
Agacer un polichinelle sur le zinc. Boire un verre d'eau-de-vie sur le comptoir du cabaretier.
POLI COMME UNE PORTE DE PRISON, adj. Brutal,—dans l'argot ironique du peuple, qui sait avec quel sans-façon les guichetiers vous rejettent la porte au nez.
POLISSON, s. m. Gamin.
POLISSON, s. m. Impertinent,—dans l'argot des bourgeois.
POLISSON, s. m. Libertin,—dans l'argot des bourgeoises.
POLISSON, s. m. Amas de jupons pour avantager les hanches.
Le mot est de madame de Genlis.
Aujourd'hui on dit mieux Tournure.
POLISSONNER, v. n. Faire le libertin,—dans l'argot des bourgeois.
POLITESSE, s. f. Offre d'un verre de vin sur le comptoir,—dans l'argot du peuple qui entend la civilité à sa manière.
Une politesse en vaut une autre. Un canon doit succéder à un autre canon.
POLKA, s. m. Petit jeune homme qui suit trop religieusement les modes, parce qu'en 1843-44, époque de l'apparition de cette gigue anglaise croisée de valse allemande, il était de bon goût de s'habiller à la polka, de chanter à la polka, de marcher à la polka, de dormir à la polka, etc. A Paris, les ridicules poussent comme sur leur sol naturel: ils ont pour fumier la bêtise.
POLKA, s. m. Photographie à deux personnages dans un costume non autorisé par la Morale. Argot des modèles.
POLKA (A la). Très bien, à la mode du jour.
POLKA, s. f. Correction, danse,—dans l'argot des faubouriens.
Faire danser la polka à quelqu'un. Le battre.
POLONAIS, s. m. Ivrogne, dans l'argot du peuple.
L'expression, quoique injurieuse pour une nation héroïque, mérite d'être conservée, d'abord parce qu'elle est passée dans le sang de la langue parisienne, qui s'en guérira difficilement; ensuite parce qu'elle est, à ce qu'il me semble, une date, une indication historique et topographique. Ne sort-elle pas, en effet, de l'ancienne rue d'Errancis,—depuis rue du Rocher,—au haut de laquelle était le fameux cabaret-guinguette dit de la Petite-Pologne, et ce cabaret n'avait-il pas été fondé vers l'époque du démembrement de la Pologne?
POLONAIS, s. m. Epouvantail dont on menace les perturbateurs dans les maisons suspectes, mais tolérées. Quand la dame du lieu, à bout de prières, parle de faire descendre le Polonais, le tapage s'apaise comme par enchantement. «Et le plus souvent, dit l'auteur anonyme moderne auquel j'emprunte cette expression, le Polonais n'est autre qu'un pauvre diable sans feu ni lieu, recueilli par charité et logé dans les combles de la maison.»
POLYTECHNICIEN, s. m. Elève de l'Ecole polytechnique,—dans l'argot des bourgeois.
POLYTECHNIQUE, s. m. Polytechnicien,—dans l'argot du peuple.
POMAQUER, v. a. Perdre,—dans l'argot des voleurs.
Être pomaqué. Être arrêté.
POMMADER, v. a. Battre quelqu'un,—dans l'argot des faubouriens, qui peignent ainsi les gens.
POMMADER, v. a. Amadouer, peloter.
POMMADER (Se). Se saoûler.
POMMADIN, s. m. Coiffeur. Signifie aussi ivrogne.
POMMADIN, s. m. Gandin, imbécile musqué,—dans l'argot du peuple.
L'expression a été employée pour la première fois en littérature par M. Fortuné Calmels.
POMME, s. f. Tête,—dans l'argot des faubouriens.
Pomme de canne. Figure grotesque, physionomie bouffonne.
POMMÉ, - ÉE. Excessif, exorbitant, remarquable.
Bêtise pommée. Grande ou grosse bêtise.
C'est pommé! C'est réussi à souhait.
L'expression ne date pas d'aujourd'hui, puisque je trouve dans le Tempérament (1755):
«Admirez le pouvoir de ce Dieu fou pommé: Je l'adore et je meurs si je ne suis aimé.»
POMME-A-VERS, s. m. Fromage de Hollande,—dans l'argot des voleurs.
POMME D'ADAM, s. f. Le cartilage thyroïde,—que le peuple regarde comme la marque de la pomme que le premier homme mangea dans le Paradis à l'instigation de la première femme, et dont un ou deux quartiers lui restèrent dans la gorge.
POMMELER (Se), v. réfl. Grisonner.
POMMES (Aux)! Exclamation de l'argot des faubouriens, qui l'emploient comme superlatif de Bien, de Bon et de Beau.
On dit aussi Bath aux pommes! pour renchérir encore sur l'excellence d'une chose.
Cette expression est l'aïeule des petits ognons et autres petits oiseaux en circulation à Paris.
POMMIER, s. m. La gorge.
Pommiers en fleurs. Seins de jeune fille.
Pommier stérile. Poitrine maigre et plate.
C'est aux poètes poudrés du XVIIIe siècle que nous devons cette expression faubourienne. Ils ont comparé les seins à des pommes, rappelant à ce propos, en les interprétant à leur façon, le Jugement de Pâris sur le mont Ida et la séduction d'Adam par Eve dans le Paradis terrestre. Il était tout naturel que les pommes ainsi semées par eux produisissent un pommier. Œuf implique forcément l'idée de poule.
POMPADOUR, adj. Suranné, rococo,—dans l'argot des gens de lettres.
Dans l'argot des artistes, c'est le synonyme de Prétentieux.
POMPADOUR, adj. Du dernier galant,—dans l'argot des bourgeois.
POMPAGE, s. m. Action de boire, c'est-à-dire de se griser,—dans l'argot du peuple.
POMPE, s. f. Retouche,—dans l'argot des tailleurs.
Petite pompe. Retouche des pantalons et des gilets.
Grande pompe. Retouche des habits et des redingotes.
POMPER, v. a. et n. Boire continuellement,—dans l'argot du peuple.
C'est le to guzzle anglais.
POMPER. Travailler dur,—dans l'argot des typographes.
POMPER LE GAZ, v. a. Être le jouet d'une mystification,—dans l'argot des calicots, qui se plaisent à faire monter tout nouveau sur le comptoir et à lui faire manœuvrer des deux mains un mètre à coulisse, la prétendue pompe à gaz.
POMPETTE, adj. Gris,—dans l'argot du peuple.
L'expression a des chevrons,car on la trouve dans la première édition du Grand Dictionnaire de Pierre Richelet.
POMPIER, s. m. Ivrogne,—dans l'argot des faubouriens.
POMPIER, s. m. Mouchoir,—dans l'argot des voyous.
POMPIER, s. m. Scie chantée à certaines fêtes de l'Ecole polytechnique.
Pompier d'honneur. Scie musicale, spécialement chantée le jour des élections du bureau de bienfaisance de l'Ecole, au commencement du mois de mai.
POMPIER, s. m. Ouvrier chargé de faire les poignards,—dans l'argot des tailleurs.
Pompière. Ouvrière qui a la même spécialité pour les petites pièces.
POMPON, s. m. Tête,—dans l'argot des faubouriens.
Dévisser le pompon à quelqu'un. Lui casser la tête d'un coup de poing ou d'un coup de pied.
C'est la même expression que Dévisser le trognon.
POMPON, s. m. Supériorité, mérite, primauté.
A moi le pompon! A moi la gloire d'avoir fait ce que les autres n'ont pu faire.
Avoir le pompon de la fidélité. Être le modèle des maris ou des femmes.
POMPONNER (Se), v. réfl. S'attifer, s'endimancher.
PONANT, s. m. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc,—dans l'argot du peuple.
Ce sont les marins qui ont imaginé le vent du ponant, poner signifiant vesser dans le vieux langage. «La vieille ponoit,» dit Rabelais.
PONANTE, s. f. Fille publique,—dans l'argot des voleurs.
PONCIF, s. m. «Formule de style, de sentiment, d'idée ou d'image, qui, fanée par l'abus, court les rues avec un faux air hardi et coquet.»
L'expression, ainsi définie par Xavier Aubryet, est de l'argot des peintres et des gens de lettres.
Faire poncif. Travailler, peindre, écrire sans originalité.
PONDEUSE, adj. et s. Femme féconde,—dans l'argot du peuple.
PONDRE SUR SES œUFS, v. n. S'enrichir encore, quand on est déjà suffisamment riche.
PONDRE UN œUF, v. a. Déposer discrètement, le long d'un mur ou d'une haie, le stercus humain,—dans l'argot du peuple, ami de toutes les plaisanteries qui roulent sur les environs du périnée.
On connaît cette anecdote: Une bonne femme était accroupie, gravement occupée à remplir le plus impérieux de tous les devoirs, car omnes cacant, etiam reges; passe le curé, elle le reconnaît, et, confuse, veut se relever pour lui faire sa révérence; mais le saint homme, l'en empêchant de la voix et de la main, lui dit en souriant: «Restez, ma mie, j'aime mieux voir la poule que l'œuf.»
PONIFLE, s. f. Fille publique,—dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Magnuce et Ponisse.
PONIFLE, s. f. Femme,—dans l'argot des voyous.
PONIFLER, v. a. Aimer.
PONSARDISER, v. a. Ennuyer les gens,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont gardé rancune à l'auteur de Lucrèce et d'Agnès de Méranie.
PONT, s. m. Congé que s'accorde l'employé pour joindre deux autres congés qui lui ont été accordés par ses chefs ou par le calendrier.
Faire le pont. Ne pas venir au bureau le samedi ou le lundi, lorsqu'il y a fête ou congé le vendredi ou le mardi.
PONT D'AVIGNON, s. m. Fille publique,—dans l'argot des gens de lettres.
PONTER, v. n. Payer,—dans l'argot des bohèmes.
PONTES POUR L'AF, s. f. pl. «Galerie des étouffoirs, fripons réunis,»—dit Vidocq.
PONTEUR, s. m. Entreteneur, miché.
PONTIFE, s. m. Patron, maître,—dans l'argot des cordonniers.
PONTONNIÈRE, s. f. Fille de mauvaises mœurs qui exerce sous les ponts.
POPOTE, s. f. Cuisine,—dans l'argot des troupiers, qui ont trouvé là une onomatopée heureuse: le clapotement du bouillon dans le pot-au-feu, des sauces dans les casseroles, etc.
Signifie aussi Table d'hôte.
POPOTE, adj. Médiocre,—dans l'argot des gens de lettres et des artistes.
POPOTER, v. n. Faire sa cuisine.
POPULO, s. m. Le peuple,—dans l'argot des bourgeois, qui disent cela avec le même dédain que les Anglais the mob.
POPULO, s. m. Marmaille, grand nombre d'enfants,—dans l'argot des ouvriers.
PORC-ÉPIC, s. m. Le Saint-Sacrement,—dans l'argot des voleurs.
POREAU, s. m. Poireau,—dans l'argot du peuple, qui parle beaucoup mieux que ceux qui se moquent de lui, poreau venant d'allium porrum, comme légume, ou de πορος [grec: poros], comme excroissance verruqueuse de la main.
PORTANCHE, s. m. Portier,—dans l'argot des voleurs.
PORTANT, s. m. Armature en bois qui forme l'entrée des coulisses et sur laquelle se placent les appliques.
PORTE-CHANCE, s. m. Le stercus humain,—dans l'argot du peuple, chez qui il est de tradition, depuis un temps immémorial, que marcher là dedans est un signe d'argent et porte bonheur.
PORTEFEUILLE, s. m. Lit,—dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux différentes épaisseurs formées par les couvertures et les draps.
S'insérer dans le portefeuille. Se coucher.
PORTE-LUQUE, s. m. Portefeuille,—dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Porte-mince.
PORTE-LYRE, s. m. Poète,—dans l'argot ironique des gens de lettres.
PORTE-MAILLOT, s. m. Figurante,—dans l'argot des coulisses.
Porte-manteau, s. m. Epaules,—dans l'argot des faubouriens.
PORTE-PIPE, s. m. Bouche,—dans le même argot.
PORTER (En). Être trompé par sa femme,—dans l'argot du peuple, qui fait allusion aux cornes dont la tradition orne depuis si longtemps le front des maris malheureux.
En faire porter. Tromper son mari.
PORTER A LA PEAU, v. n. Provoquer à l'un des sept péchés capitaux,—dans l'argot de Breda-Street.
On dit aussi Pousser à la peau.
PORTER LA FOLLE ENCHÈRE, v. n. Payer pour les autres,—dans l'argot des bourgeois.
PORTER LE BÉGUIN, v. a. Celui des deux époux, nouvellement mariés, qui perd le premier les couleurs de la santé,—dans l'argot du peuple, un peu trop indiscret.
PORTER LE DEUIL DE SA BLANCHISSEUSE, v. n. Avoir une chemise sale,—dans le même argot.
PORTER SA MALLE, v. a. Être bossu. Argot des faubouriens.
On dit aussi Porter son paquet.
PORTER UNE CHOSE EN PARADIS (Ne pas). La payer avant de mourir,—dans l'argot du peuple, qui dit cela surtout à propos des mauvais tours qu'on lui a joués et dont il compte bien tirer vengeance un jour ou l'autre.
PORTÉ SUR SA BOUCHE (Être). Ne songer qu'à boire et à manger plutôt qu'à travailler,—dans l'argot des bourgeois.
Le peuple—sans connaître le gulæ parens d'Horace—dit: Être porté sur sa gueule.
PORTE-TRÈFLE, s. m. Pantalon,—dans l'argot des voleurs.
PORTIER, s. m. Homme qui se plaît à médire,—dans l'argot des artistes.
PORTRAIT, s. m. Visage,—dans l'argot du peuple.
Dégrader le portrait. Frapper au visage.
POSE, s. f. Affectation de sentiments qu'on n'a pas,—vices ou vertus; étalage de choses qu'on ne possède pas,—maîtresses ou châteaux. Lacenaire a bien imaginé la pose au meurtre!
POSE, s. f. Tour,—dans l'argot du peuple qui a emprunté ce mot aux joueurs de dominos qui posent le leur à tour de rôle.
A moi la pose! dit parfois un ouvrier, qui vient de recevoir un coup de pied, en lançant un coup de poing à son adversaire.
POSER, v. n. Afficher des sentiments ou des vices qu'on n'a pas; se vanter de succès et de richesses imaginaires.
Signifie aussi Tirer avantage de qualités morales ou physiques qu'on a ou qu'on croit avoir.
Poser pour le torse. Passer pour un garçon bâti comme l'Antinoüs.
Poser pour la finesse. Se croire très fin, très malin.
POSER, v. a. Mettre en évidence.
Se poser. Faire parler de soi.
POSER (Faire). Faire attendre, mystifier, se moquer des gens.
POSER UN GLUAU, v. a. Préparer une arrestation, trouver un individu que l'on cherchait, savoir où il loge et où il fréquente, pour n'avoir plus qu'à le grappiner à la première occasion. Argot des voyous et des voleurs.
Se faire poser un gluau. Se faire mettre en prison.
POSSÉDER SON EMBOUCHURE. Savoir bien jouer de la parole,—cette flûte traversière. Argot des faubouriens.
POSTE-AUX-CHOUX, s. f. Le canot aux provisions,—dans l'argot des marins.
P OSTÉRIEUR, s. m. Le derrière,—dans l'argot des bourgeois.
POSTICHE, s. m. Histoire douteuse,—discours ennuyeux, blague,—dans l'argot des typographes.
POSTICHE, s. f. Rassemblement sur la voie publique,—dans l'argot des voleurs.
POSTIGE, s. f. Travail sur les places publiques,—dans l'argot des saltimbanques.
POSTILLON, s. m. La première dame mise en circulation,—dans l'argot des joueurs de jacquet.
POSTILLON, s. m. Éclaboussure de salive ou de nourriture que lancent en parlant les gens à qui il manque des dents ou ceux qui ont la malhonnête habitude de parler en mangeant.
«Ces postillons sont d'une maladresse!»
POSTILLONNER, v. n. Envoyer des postillons au nez des gens,—qui n'aiment pas à voyager.
POT, s. m. Trou fait au pied d'un mur ou au pied d'un arbre pour bloquer les billes. Argot des gamins.
POT, s. m. Cabriolet,—dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Cuiller à pot et Potiron roulant.
POTACHE, s. m. Camarade ridicule et bête comme un pot,—dans l'argot des lycéens. Voir dans un autre sens Potasseur.
On dit aussi Pot-à-chien.
POTAGE AVEUGLE, s. m. Potage qui devrait être gras, avoir des yeux de graisse, et qui est maigre. Argot du peuple.
POTAGER, s. m. Prostibulum,—dans l'argot des voyous, pour qui, sans doute, les femmes sont vraiment les choux sous lesquels poussent les enfants.
POTARD, s. m. Pharmacien,—dans l'argot des faubouriens.
Plus spécialement Pharmacien militaire.
POTASSER, v. n. S'impatienter, bouillir de colère ou d'ennui,—dans le même argot.
POTASSER, v. n. Travailler beaucoup,—dans l'argot des Saint-Cyriens et des lycéens.
POTASSEUR, s. m. Elève très bien coté à son cours et très mal quant aux aptitudes militaires.
POT-AU-FEU, s. m. L'endroit le plus charnu du corps humain,—dans l'argot des faubouriens, qui l'ont pris depuis longtemps pour cible de leurs plaisanteries et de leurs coups de pied.
POT-AU-FEU, s. et adj. Commun, vulgaire, bourgeois,—dans l'argot des petites dames.
Être pot-au-feu. Être mesquin.
Devenir pot-au-feu. Se ranger épouser un imbécile ou un myope incapable de voir les taches de libertinage que certaines femmes ont sur leur vie.
POT-BOUILLASSER (Se). Se marier de la main gauche ou de la main droite,—dans l'argot des troupiers.
POT-BOUILLE, s. f. Cuisine,—ou plutôt chose cuisinée. Argot des ouvriers.
Au figuré, Faire sa petite pot-bouille. Arranger ses petites affaires dans l'intérêt de son propre bien-être.
POTENCE, s. f. Homme ou femme d'une grande rouerie, qui ne vaut pas la corde qu'on achèterait pour les pendre.
On dit aussi Roué comme une potence.
POTEAUX, s. m. pl. Jambes solides,—dans l'argot des faubouriens.
On se souvient de la définition, par Gavarni, d'une danseuse maigre de partout, et ayant la réputation de ruiner ses amants: «Deux poteaux qui montrent la route de Clichy.»
POTET, s. et adj. Maniaque, radoteur, vieil imbécile.
On dit aussi Vieux potet,—même à un jeune homme.
Ne serait-ce pas une syncope d'empoté? ou une allusion à la vieille toupie qui sert de potet aux enfants?
POTIN, s. m. Bavardage de femmes, cancan de portières,—dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot au patois normand.
Faire des potins. Cancaner.
Se faire du potin. Se faire du mauvais sang, s'impatienter à propos de médisance ou d'autre chose.
POTINER, v. n. Bavarder, faire des cancans, des potins.
POU AFFAMÉ, s. m. Ambitieux à qui l'on a donné un emploi lucratif et qui veut s'y enrichir en peu de temps.
POUCE (Avoir du). Avoir de la vigueur; être fièrement campé, crânement exécuté,—dans l'argot des artistes.
POUDRE DE PERLINPINPIN, s. f. Remède sans efficacité; graine d'attrape,—dans l'argot du peuple.
POUDRE D'ESCAMPETTE, s. f. Fuite.
Prendre la poudre d'escampette. S'enfuir.
C'est ce qu'on appelait autrefois Faire escampativos.
POUDRE FAIBLE, s. f. Eau,—dans l'argot des francs-maçons.
On disait autrefois Huile blanche.
Poudre forte. Vin.
On disait autrefois Huile rouge.
Poudre fulminante. Eau-de-vie.
Poudre noire. Café noir liquide.
POUDRER, v. a. et n. Se moquer,—dans l'argot des gamins, qui font le geste bien connu par lequel ils ont l'air de poudrer la tête de la personne dont ils se moquent.
On dit aussi Poudrer à blanc.
POUF, s. m. Dette qu'on ne paye pas; crédit qu'on demande et auquel on ne fait pas honneur. Argot du peuple.
Signifie aussi Banqueroute.
Quoique pouf ait l'air de venir de puff, comme la malhonnêteté vient du mensonge, ce sont des mots d'une signification bien différente, et on aurait tort de les confondre.
POUFFIASBOURG, n. d. v. Asnières,—dans l'argot des faubouriens, qui savent que ce village est le rendez-vous de la Haute-Bicherie parisienne.
On dit aussi plus élégamment: Gadoûville.
POUFFIASSE, s. f. Fille ou femme de mauvaise fille.
POUFFIASSER, v. n. Mener une conduite déréglée—quand on est femme. Fréquenter avec les drôlesses—quand on est homme.
POUIC! Rien! non!—dans l'argot des voleurs.
POUILLARD, s. m. Dernier perdreau d'une couvée ou dernier levraut d'une portée. Argot des chasseurs.
POUILLEUX, adj. et s. Homme pauvre,—dans l'argot méprisant des bourgeois.
Signifie aussi Econome—et même avare.
POULAILLER, s. m. Partie du théâtre la plus voisine du plafond, ordinairement désignée sous le nom d'Amphithéâtre. Argot du peuple.
POULAINTE, s. f. Vol par échange.
POULE LAITÉE, s. f. Homme sans énergie,—dans l'argot du peuple.
Il dit aussi Poule mouillée.
POULES, s. f. pl. La population d'une abbaye des S'offre-à-tous.
POULET, s. m. Billet doux, ou lettre raide,—dans l'argot du peuple, qui se sert du même mot que Shakespeare (capon).
POULET DE CARÊME, s. m. Hareng saur.
Les gueux de Londres appellent le hareng saur Yarmouth capon (chapon de Yarmouth).
POULET D'HOSPICE, s. m. Homme maigre.
POULET D'INDE, s. m. Cheval.
POULET D'INDE, s. m. Imbécile, maladroit.
POULETTE, s.f. Grisette, femme légère qui se laisse prendre au cocorico des séducteurs bien accrêtés.
Lever une poulette. «Jeter le mouchoir» à une femme, dans un bal ou ailleurs.
POULEUR, s. m. Souscripteur de poules, parieur de courses.
POUPARD, s. m. Affaire préparée de longue main,—dans l'argot des voleurs.
POUPARD, s. m. Nourrisson bien portant,—dans l'argot du peuple.
Gros poupard. Se dit d'un homme aux joues roses, sans barbe, ressemblant à un nourrisson de belle venue.
On dit aussi poupon.
On a dit autrefois poupin, comme en témoigne cette épigramme du seigneur des Accords:
«Estant popin et mignard, Tu veus estre veu gaillard; Mais un homme si popin Sent proprement son badin.»
POUPÉE, s. f. Morceau de linge dont on enveloppe un doigt blessé.
On dit aussi Cathau.
POUPÉE, s. f. Concubine,—dans l'argot du peuple, qui sait que ces sortes de femmes se prennent et se reprennent par les hommes comme les poupées par les enfants.
C'est la mammet des ouvriers anglais.
On dit aussi,—quand il y a lieu: Poupée à ressorts.
POUPÉE, s. f. Soldat,—dans l'argot des voleurs.
POUPOUILLE, s. f. Cuisine, popote,—dans l'argot des faubouriens.
POUPOULE, s. f. Chère amie,—dans l'argot des bourgeois.
POUR, adv. Peut-être,—dans l'argot des voleurs.
POUR-COMPTE, s. m. Vêtement marqué dont le client ne veut pas,—dans l'argot des tailleurs.
Armoire aux Pour-compte. C'est le carton aux ours chez les vaudevillistes.
POUR DE VRAI, adv. Véritablement, sérieusement,—dans l'argot du peuple.
Femme pour de vrai. Femme légitime.
Ami pour de vrai. Ami sûr.
On dit aussi Pour de bon.
POURRI, adj. et s. Homme vénal, corrompu, ambitieux, qui a laissé pénétrer dans sa conscience le ver du scepticisme et dans son cœur le taret de l'égoïsme.
POURRI DE CHIC, adj. A la dernière mode et de la première élégance,—dans l'argot des gandins et des petites dames.
POURRITURISME, s. m. Etat des esprits et des consciences à Paris, ville où l'on s'effémine trop facilement,—dans l'argot du caricaturiste Lorenz, qui affectionne la désinence isme.
POUSSE, s. f. Les gendarmes,—dans l'argot des voleurs.
POUSSE (Ce qui se), s. m. Argent, or ou monnaie,—dans l'argot du peuple.
Substantif bizarre,—mais substantif. J'ai entendu dire: «Donne-moi donc de ce qui se pousse.»
POUSSE-AU-VICE, s. f. Cantharide, et généralement tous les aphrodisiaques. Argot des voleurs.
POUSSE-CAFÉ, s. f. Petit verre d'eau-de-vie ou de rhum pris après le café,—dans l'argot des bourgeois.
POUSSE-CAILLOUX, s. m. Fantassin,—dans l'argot des faubouriens.
POUSSE-CUL, s. m. Sergent de ville,—dans l'argot du peuple, qui sait que ces agents de l'autorité ne prennent pas toujours des mitaines pour faire circuler la foule.
Les aïeux de celui-ci disaient, en parlant d'un des aïeux de celui-là: Chien courant du bourreau.
POUSSÉE, s. f. Bourrade; coups de coude dans la foule.
Par extension: Reproches, réprimande.
POUSSÉE, s. f. Besogne pressée, surcroît de travail,—dans l'argot des ouvriers.
POUSSÉE DE BATEAUX, s. f. Se dit ironiquement—dans l'argot du peuple—d'une chose vantée d'avance et trouvée inférieure à sa réputation, ainsi que de toute besogne ridicule et sans profit.
On dit mieux: Une belle poussée de bateaux!
POUSSE-MOULIN, s. f. Eau courante,—dans l'argot des voleurs.
POUSSER, v. n. Surenchérir,—dans l'argot des habitués de l'Hôtel des ventes.
POUSSER, v. a. et n. Parler,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi: Pousser son glaire.
POUSSER DE L'AIR (Se). S'en aller de quelque part.
On dit aussi: Se pousser un courant d'air.
POUSSER DU COL (Se), v. réfl. Être content de soi, et manifester extérieurement sa satisfaction,—dans l'argot des faubouriens, qui ont remarqué que les gens fats remontaient volontiers le col de leur chemise.
Une chanson populaire—moderne—consacre cette expression; je me reprocherais de ne pas la citer ici:
«Tiens! Paul s'est poussé du col! Est-il fier, parc'qu'il promène Sarah, dont la douce haleine Fait tomber les mouch's au vol.»
Signifie aussi S'enfuir.
POUSSER LE BOIS, v. a. Jouer aux échecs ou aux dames,—dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce verbe au neveu de Rameau.
POUSSER DANS LE BATTANT (Se). Boire ou manger, mais surtout boire.
POUSSER LE BOUM DU CYGNE. Mourir,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des garçons de café et de leur fatigant boum! pas de crème, messieurs?
POUSSER SA POINTE, v. ac. S'avancer dans une affaire quelconque,—mais surtout dans une entreprise amoureuse.
«Que de projets ma tête avorte tour à tour! Poussons toujours ma pointe et celle de l'amour.»
dit une comédie-parade du XVIIIe siècle (le Rapatriage).
POUSSER SON ROND, v. a. Alvum deponere,—dans l'argot des maçons.
POUSSER UN BATEAU, v. a. Avancer une chose fausse, inventer une histoire, mentir. Argot des faubouriens.
On dit aussi: Monter un bateau.
POUSSER UNE GAUSSE, v. a. Faire un mensonge,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi: Pousser une histoire.
POUSSIER, s. m. Monnaie,—dans l'argot des voleurs.
POUSSIER, s. m. Lit d'auberge ou d'hôtel garni de bas étage,—dans l'argot des faubouriens.
POUSSIER DE MOTTE, s. m. Tabac à priser.
On dit aussi simplement Poussier.
POUSSIF, adj. Qui n'a plus de souffle, qui n'en peut plus,—dans l'argot du peuple, qui, travaillant comme un cheval, en a naturellement les infirmités.
POUVOIR EXÉCUTIF, s. m. Enorme canne en spirale que portaient les Incroyables sous le Directoire.
L'expression est encore employée de temps en temps.
POUVOIR VOIR QUELQU'UN EN PEINTURE (Ne). Le haïr; le détester extrêmement,—dans l'argot des bourgeois.
PRANDION, s. m. Repas copieux,—dans l'argot des artistes, dont quelques-uns, je pense, savent que cette expression est le mot latin (prandium) francisé par quelque écrivain fantaisiste.
C'est un provincialisme, maintenant naturalisé parisien.
PRANDIONNER, v. n. Faire un repas plantureux.
PRAT, s. f. Fille de mauvaise vie,—dans l'argot du peuple.
PRATICABLE, s. m. Partie de décors accessible aux acteurs, montagnes, rochers, etc. Argot des coulisses.
PRATIQUE, s. f. Petit instrument plat, composé de deux lames d'ivoire jointes, à l'aide duquel les saltimbanques imitent la voix stridente de Polichinelle.
PRATIQUE, s. f. Libertin; homme d'une probité douteuse; débiteur qui ne paye pas ses dettes; soldat qui passe son temps à la salle de police, etc. Quand un homme a dit d'un autre homme: «C'est une pratique!» c'est qu'il n'a pas trouvé de terme de mépris plus fort.
PRÉ, s. m. Bagne,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussi le Grand pré.
Aller au pré. Être condamné aux travaux forcés.
On dit aussi: Aller faucher au pré.
PRÉ-CATELANIÈRE, s. f. Petite dame, drôlesse, habituée de bals publics, du pré Catelan et de Mabille. Hors d'usage.
PRÊCHI-PRÊCHA, s. m. Sermonneur ennuyeux,—dans l'argot du peuple.
PRÉDESTINÉ, s. m. Galant homme qui a épousé une femme trop galante.
PRÉFECTANCHE, s. f. Préfecture de police,—dans l'argot des voyous.
PREMIÈRE, s. f. Manière elliptique de désigner la première représentation d'une pièce de théâtre,—dans l'argot des comédiens et des gens de lettres.
PREMIÈRES, s. f. pl. Wagons de première classe.
On dit de même Secondes et Troisièmes, pour les voitures de 2e et de 3e classe.
PREMIER NUMÉRO, adj. Excellent, parfait, numéro un.
PREMIER-PARIS, s. m. Article de tête d'un journal politique où l'on voit, d'après Alphonse Karr, «une série de longues phrases, de grands mots qui, semblables aux corps matériels, sont sonores à proportion qu'ils sont creux».
PRENDRE AU SOUFFLEUR. Jouer son rôle le sachant mal, en s'aidant du souffleur. Argot des coulisses.
On dit aussi: Prendre du souffleur.
PRENDRE DE BEC (Se), v. pron. Se dire des injures,—dans l'argot des bourgeois.
PRENDRE DES MITAINES, v. a. Prendre des précautions pour dire ou faire une chose,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression avec ironie.
On dit aussi: Prendre des gants.
PRENDRE DES TEMPS DE PARIS. Augmenter l'effet d'un mot par une pantomime préalable,—dans l'argot des comédiens de la banlieue et de la province.
PRENDRE LA TANGENTE. S'échapper de l'Ecole,—dans l'argot des Polytechniciens.
PRENDRE LE COLLIER DE MISÈRE, v. a. Se mettre au travail,—dans l'argot du peuple, qui prend et reprend ce collier-là depuis longtemps.
Quitter le collier de misère. Avoir fini sa journée et sa besogne et s'en retourner chez soi.
PRENDRE SES INVALIDES, v. n. Se retirer du commerce,—dans l'argot des bourgeois.
PRENDRE SES JAMBES A SON COU. Courir.
PRENDRE SON CAFÉ AUX DÉPENS DE QUELQU'UN. Se moquer de lui par parole ou par action.
PRENDRE UN BILLET DE PARTERRE, v. a. Tomber sur le dos,—dans l'argot facétieux du peuple.
PRENDRE UN PINÇON, v. a. Se laisser pincer le doigt entre deux pierres ou deux battants.
PRÉSOMPTIF, s. m. Enfant—qui est toujours l'héritier présomptif de quelqu'un.
PRESSE, s. f. Nécessité à faire ou dire une chose; empressement.
Il n'y a pas de presse. Il n'est pas nécessaire de faire cela,—du moins pour le moment. Cela ne presse pas.
PRESSER A CARREAU FROID, v. a. Faire ce qu'un autre ne pourrait pas faire,—dans l'argot des tailleurs, qui savent qu'on ne peut venir à bout d'une pièce qu'avec un carreau très chaud.
PRÊT, s. m. Paie,—dans l'argot des soldats.
PRÊTER CINQ SOUS A QUELQU'UN. Lui donner un soufflet, c'est-à-dire les cinq doigts sur le visage,—dans l'argot des faubouriens.
PRÊTER LOCHE. Prêter l'oreille, écouter,—dans l'argot des voleurs.
PREU, s. et adj. Premier—dans l'argot des enfants et des ouvriers.
PRÉVÔT, s. m. Chef de chambrée,—dans l'argot des prisons.
PRIANTE, s. f. Eglise,—dans l'argot des voleurs.
PRINCE, s. m. Galeux,—dans l'argot facétieux et elliptique des faubouriens. Ils disent Prince, mais ils sous-entendent de Galles.
Princesse. Galeuse.
PRINCE DU SANG, s. m. Meurtrier,—dans l'argot sinistrement facétieux du peuple.
PRINCE RUSSE, s. m. Entreteneur,—dans l'argot de Breda-Street, où il semble que la générosité, comme la lumière, vienne exclusivement du Nord.
PRINCESSE DE L'ASPHALTE, s. f. Petite dame,—dans l'argot des gens de lettres.
On dit aussi Princesse du trottoir.
PRISE, s. f. Mauvaise odeur respirée tout à coup,—dans l'argot du peuple.
PRISE DE BEC, s. f. Engueulement.
PRISON DE SAINT-CRÉPIN (Être dans la). Être dans des souliers trop étroits.
PRIX DOUX, s. m. Prix modéré,—dans l'argot des bourgeois.
PRODUISANTE, s. f. La terre,—dans l'argot des voleurs, reconnaissants envers la vieille Cybèle.
PROFANE, s. m. Étranger,—dans l'argot des francs-maçons, qui ont leurs mystères comme autrefois les païens, avec cette différence que la révélation n'en est pas punie de mort et qu'on s'y occupe de toute autre chose que des farces spéciales aux mystères de la Bonne Déesse, ou à ceux d'Isis, ou à ceux de Bacchus, ou à ceux de Mithra.
PROFOND, s. m. Fossé, trou,—dans l'argot des paysans des environs de Paris.
PROFONDE, s. f. Poche de pantalon,—dans l'argot des voyous et des voleurs.
PROFONDE, s. f. Cave,—dans l'argot des voyous.
PROMENER QUELQU'UN. Se moquer de lui,—dans l'argot du peuple.
PROMONT, s. m. Procès,—dans l'argot des voleurs.
PROMONTOIRE NASAL, s. m. Le nez,—dans l'argot des romantiques, qui avaient, eux aussi, l'horreur du mot propre, tout comme les classiques, leurs ennemis.
Théophile Gautier a le premier employé cette expression, qu'emploient depuis longtemps les médecins zagorites: το μπουρνο [grec: to mpourno].
PROPRE, adj. Antiphrase de l'argot du peuple, qui l'emploie au figuré.
Être propre: pour lui, est l'équivalent de: Être dans de beaux draps.
PROPRE-A-RIEN, s. m. Lâche canaille, misérable digne de la roue,—dans l'argot du peuple, qui ne connaît pas, après feignant, d'injure plus sanglante à jeter à la tête d'un homme, fût-il le plus honnête et le plus brave des hommes.
PROTE A TABLIER, s. m. Prote qui lève la lettre comme les autres ouvriers,—dans l'argot des typographes.
PROTECTEUR, s. m. Galant homme qui entretient une femme galante.
On dit aussi Milord protecteur.
Les actrices disent Bienfaiteur.
PROTÉGER, v. a. Entretenir une femme.
PROUE, s. f. L'arrière du navire-homme,—dans l'argot des marins.
Filer le cable de proue. Alvum deponere.
PROUTE, s. f. Plainte, gronderie,—dans l'argot des voleurs.
PROUTER, v. n. Porter plainte, gronder.
PROUTER, v. a. et n. Appeler, héler,—dans l'argot du peuple, qui crie souvent: Prout! prout!
Se dit aussi—dans le même argot—des sacrifices faits au dieu Crépitus. C'est une onomatopée.
PROUTEUR, s. et adj. Plaignant, grondeur.
PROUTEUR, s. et adj. Qui fait de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.
PRUDHOMME, s. m. Imbécile solennel dont le type a été inventé par Henry Monnier. On se rappelle et l'on cite souvent en riant, dans la conversation, cette phrase supercoquentieuse, digne du bourgeois sur les lèvres duquel elle est éclose: «Si cela peut faire votre bonheur, soyez-le.» Soyez-le pour soyez heureux! L'ellipse est un peu forte.
Un chroniqueur parisien, M. Jules Maillot, plus inconnu sous le nom de Jules Richard, s'est rendu coupable d'une phrase de la même famille: «Il ne faut pas traiter sérieusement les choses qui ne le sont pas,» a-t-il dit très sérieusement dans le Figaro du 7 décembre 1865.
PRUNE, s. f. Balle ou boulet,—dans l'argot des soldats, qui ne se battent vraiment que pour des prunes.
Le mot a des chevrons. Un jour, Sully, accourant pour prévenir Henri IV des manœuvres de l'ennemi, le trouve en train de secouer un beau prunier de damas blanc: «Pardieu! Sire! lui cria-t-il du plus loin qu'il l'aperçut, nous venons de voir passer des gens qui semblent avoir dessein de vous préparer une collection de bien autres prunes que celles-ci, et un peu plus dures à digérer.»
On dit aussi Pruneau.
Gober la prune. Recevoir une blessure mortelle.
PRUNE, s. f. Griserie,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis la création de rétablissement de la Mère Moreaux, c'est-à-dire depuis 1798.
Avoir sa prune. Être saoul.
PRUNEAU, s. m. Chique de tabac,—dans l'argot des faubouriens.
PRUNEAU, s. m. Alvi dejectio.
Poser un pruneau. Levare ventris onus.
PRUNEAUX, s. m. pl. Yeux.
Boucher ses pruneaux. Dormir.
PRUNE DE MONSIEUR, s. f. Archevêque,—dans l'argot des voleurs, qui savent que ces prélats sont habillés de violet.
PRUNES DE PROPHÉTIE, s. f. pl. Fumées d'un animal,—dans l'argot des chasseurs.
PRUSSIEN, s. m. Un des trop nombreux pseudonymes de Messire Luc,—dans l'argot des troupiers, dont les pères ont eu sous la République et sous l'Empire, de fréquentes occasions d'appliquer leurs baïonnettes dans les reins des soldats prussiens.
On connaît la chanson:
«Le général Kléber, A la barrièr' d'Enfer, Rencontra un Prussien Qui lui montra le sien.»
C'est à tort qu'un étymologiste va chercher à ce mot, jusque chez les Zingaris, une étymologie—toute moderne.
PUANT, s. et adj. Fat,—dans l'argot du peuple, qui fait peut-être allusion aux odeurs de musc et de patchouli qu'exhalent les vêtements des élégants.
PUCEAU, adj. et s. Naïf, innocent; peu dégourdi,—plus sot qu'il ne convient.
PUCELAGE (Avoir encore son). Être un peu neuf dans une affaire; n'avoir pas encore la rouerie nécessaire dans un métier.
Les marchandes emploient la même expression pour dire qu'elles n'ont pas étrenné, qu'on ne leur a encore rien acheté de la journée.
PUCE TRAVAILLEUSE, s. f. Lesbienne,—dans l'argot des faubouriens.
PUER AU NEZ, v. n. Déplaire, ennuyer,—dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des choses et des gens qui souvent puent le moins.
PUER BON, v. n. Sentir bon.
PUFF, s. m. Charlatanerie.
Vient du verbe anglais to puff, bouffer, boursoufler, faire mousser.
PUFFISTE, s. et adj. Charlatan, inventeur de pommades impossibles, d'élixirs invraisemblables; montreur de phénomènes c'est-à-dire, par exemple, d'un cheval à toison de brebis, d'un veau à deux têtes, d'une Malibran noire, de frères spirites, etc.
Les Français vont assez bien dans cette voie; mais ils ne sont pas encore allés aussi loin que les Anglais, et surtout les Américains. parmi lesquels il faut citer M. Barnum, le prince de la blague (prince of humbug).
PUISSANT, adj. Gros, fort,—dans l'argot du peuple, qui ne s'éloigne pas autant du sens latin (potens) que seraient tentés de le croire les bourgeois moqueurs.
PUITS DE SCIENCE, s. m. Homme profond par son savoir—ou par ses apparences de savoir.
PUNAISE, s. f. Fille ou femme de mauvaises mœurs,—dans l'argot des gens de lettres.
Encore une punaise dans le beurre! Encore une drôlesse qui du trottoir passe sur les planches d'un petit théâtre pour y faire des hommes plus respectables,—comme argent.
Cette expression sort du théâtre du Petit Lazari. On jouait une pièce à poudre (une pièce à poudre à Lazari!). la soubrette entre en scène, va droit à une armoire, l'ouvre et recule en s'écriant: «Madame la marquise! encore une punaise dans le beurre!» L'auteur de la pièce, qui n'avait pas écrit cette phrase, fut très étonné; mais le public, habitué aux choses abracadabrantes, ne fut pas étonné du tout. C'était une interpolation soufflée dans la coulisse par Pelletier, un acteur affectionné des titis.
PUNAISE, s. f. Fleur de lit,—dans l'argot des voyous, qui ne sont pas précisément légitimistes.
PUNAISE, s. f. Femme hargneuse, acariâtre, puante de méchanceté,—dans l'argot du peuple, qui ne se doute pas qu'il se sert là de l'expression même employée par le prince des poètes latins: Cimex, dit Horace.
PUNAISIÈRE, s. f. Café borgne, caboulot spécialement hanté par des gigolettes et leurs gigolos.
PUNAISIN, adj. et s. Homme dont le corps ou les vêtements sont nidoreux.
Tabourot a donné ce nom a une de ses victimes.
PUR, s. m. Homme sévère et injuste; Prudhomme politique ou philosophique intraitable, qui n'admet pour honnêtes que ceux qui partagent ses opinions, pour philosophes que ceux qui avec Strauss nient la divinité de Jésus, pour républicains que ceux qui avec Alibaud ont un peu tiré sur le Roi. Le type existe à côté des plus nobles et des plus généreux, comme le bouledogue à côté du caniche, comme le loup à côté du lion. J'aurais regretté d'oublier ce mot et ce type—modernes.
PURÉE, s. f. Cidre,—dans l'argot des voleurs.
PURÉE DE MARRONS, s. f. Meurtrissures du visage,—dans l'argot des faubouriens.
Faire de la purée de marrons. Appliquer un vigoureux coup de poing en pleine figure.
PURGATION, s. f. Plaidoyer,—dans l'argot des voleurs.
PUR-SANG, s. m. Vin rouge naturel, sans addition d'eau ni d'alcool,—dans l'argot des cabaretiers.
PUR-SANG, s. m. Cheval de race,—dans l'argot du Jockey-Club.
PUR-SANG, s. f. Fille entretenue et qui mérite de l'être à cause de sa beauté—et de ses vices. Argot des viveurs.
PUT! Interj. qui sert à marquer, soit le doute, soit le mépris,—plus souvent encore le mépris que le doute.
PUTAIN, s. f. Femme qui vend l'amour—ou qui le donne trop facilement. Argot du peuple.
L'expression est vieille, comme la légèreté du sexe féminin. Il n'est peut-être pas un seul poète français—un ancien—qui ne s'en soit servi.
Putain comme chausson. Extrêmement débauchée.
On dit aussi en parlant d'un Homme dont l'amitié est banale: C'est une putain.
Avoir la main putain. Donner des poignées de main à tout le monde, même à des inconnus.
PUTASSIER, s. et adj. Libertin.
PUTINER, v. n. Courir les gueuses.
PUTINERIE, s. f. Libertinage,—en parlant des femmes. Amitié banale,—en parlant des hommes.
PUTIPHARISER, v. a. Essayer de séduire un jouvenceau,—dans l'argot de Breda-Street. Le mot date de 1830 et de Pétrus Borel.
Champfleury, à qui l'on doit quelques néologismes malheureux, a écrit putipharder.
Q
QUAND IL FERA CHAUD, adv. Jamais,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Quand les poules auront des dents.
QUANT A SOI, s. m. Réserve exagérée, fierté, suffisance.
QUANTUM, s. m. Argent, somme quelconque, caisse.
QUART D'AGENT DE CHANGE, s. m. Personne intéressée pour un quart dans une charge d'agent de change. Argot des boursiers.
Il y a aussi des cinquièmes, des sixièmeset même des dixièmes d'agent de change.
QUART D'AUTEUR, s. m. Collaborateur pour un quart dans une pièce de théâtre. Argot des coulisses.
QUART-D'œIL, s. m. Commissaire de police,—dans l'argot des faubouriens.
Se dit aussi de l'habit noir de ce fonctionnaire.
QUARTIER, s. m. Logement de trois ou quatre pièces,—dans l'argot des ouvriers qui ont été travailler en Belgique.
QUASIMODO, s. m. Homme fort laid, plus que laid, contrefait,—dans l'argot du peuple, qui a lu Notre-Dame de Paris.
QUATORZIÈME ÉCREVISSE, s. f. Figurante,—dans l'argot des coulisses.
L'expression est récente. Elle sort du théâtre des Folies-Marigny, aux Champs-Elysées, où l'on a joué je ne sais quelle revue-féerie où paraissaient beaucoup de femmes chargées de représenter, celles-ci des légumes, et celles-là des poissons,—crustacés ou non. Vous avez compris?
QUATRE-COINS, s. m. Mouchoir,—dans l'argot des voleurs.
QUATRE SOUS. Etalon à l'aide duquel le peuple apprécie la valeur des choses—qui n'en ont pas pour lui.
Fichuou Foutu comme quatre sous. Mal habillé.
QUATRE-SOUS, s. m. Cigare de vingt centimes.
QUATRE-VINGT-DIX, s. m. Truc, secret du métier,—dans l'argot des marchands forains.
Vendre le quatre-vingt-dix. Révéler le secret.
QUATRE-Z-YEUX, s. m. Homme qui porte des lunettes,—dans l'argot du peuple.
QUATUOR, s. m. Le quatre,—dans l'argot des joueurs de dominos.
QUELPOIQUE, adv.—Rien,—dans l'argot des voleurs.
QUELQUE PART, Adverbe de lieux,—dans l'argot des bourgeois.
QUELQUE PART, adv. L'endroit du corps destiné à recevoir des coups de pied,—dans l'argot du peuple.
Avoir quelqu'un quelque part. En être importuné,—en avoir plein le dos.
QUELQU'UN, s. m. Personnage, homme d'importance ou se donnant de l'importance.
Se croire un quelqu'un. S'imaginer qu'on a de la valeur, de l'importance.
Faire son quelqu'un. Prendre des airs suffisants. Faire ses embarras.
QUÉMANDER, v. a. et n. Mendier, au propre et au figuré,—dans l'argot du peuple, qui pourtant n'a pas lu les Aventures du baron de Fœneste.
QUÉMANDEUR, s. m. Mendiant.
QUENOTTES, s. f. pl. Dents,—dans l'argot des enfants.
Ils les appellent aussi Louloutes.
QUENOTTIER, s. m. Dentiste,—dans l'argot des faubouriens.
QUEUE, s. f. Infidélité faite à une femme par son amant, ou à un homme par sa maîtresse Faire une queue à sa femme. La tromper en faveur d'une autre femme.
QUEUE, s. f. Escroquerie, farce de mauvais goût, carotte. Argot des soldats.
Faire sa queue. Tromper.
QUEUE, s. f. Reliquat de compte,—dans l'argot des débiteurs.
Faire une queue. Redevoir quelque chose sur une note, qui arrive ainsi à ne jamais être payée, parce que, de report en report, cette queue s'allonge, s'allonge, s'allonge, et finit par devenir elle-même une note formidable.
QUEUE DE POIREAU, s. f. Ruban de Saint-Maurice et Lazare, lequel est vert. Argot des faubouriens.
QUEUE DE RAT, s. f. Bougie roulée en corde,—dans l'argot des bourgeois.
QUEUE DE RAT, s. f. Tabatière en écorce d'arbre s'ouvrant au moyen d'une longue et étroite lanière.
QUEUE DE RENARD, s. f. Témoignages accusateurs d'un dîner mal digéré. Argot du peuple.
QUEUE D'UN CHAT (Pas la). Solitude complète.
QUEUE-LEU-LEU (A la), adv. L'un après l'autre, en s'entre-suivant comme les loups.
QUEUE ROUGE, s. f. Jocrisse, homme chargé des rôles de niais,—dans l'argot des coulisses.
Signifie aussi Homme qui se fait le bouffon des autres, sans être payé par eux.
QUEUES, s. f. pl. Phrases soudées ensemble à la queue-leu-leu,—dans l'argot des typographes, dont c'est le javanais.
Un échantillon de ce systèmede coquesigruïtés, que l'on pourrait croire moderne et qui est plus que centenaire, sera peut-être plus clair que ma définition. Quelqu'un dit, à propos de quelque chose: «Je la trouve bonne.» Aussitôt un loustic ajoute d'enfant, puis un autre ticide, puis d'autres de Normandie,—t-on—taine—ton ton—mariné—en trompette—tition—au Sénat—eur de sanglier—par la patte—hologie—berne—en Suisse—esse—vous que je vois, etc., etc., etc. Lesquelles coquesigruïtés, prises isolément, donnent: Bonne d'enfant,—infanticide,—cidre de Normandie,—dit-on,—ton taine ton ton,—thon mariné,—nez en trompette,—pétition au Sénat,—hure de sanglier, etc.
QUI A DU ONZE CORPS-BEAU? Question qui ne demande pas de réponse, pour annoncer l'entrée d'un prêtre dans l'atelier. Même argot.
QUIBUS, s. m. Argent,—dans l'argot du peuple.
QUI EST-CE QUI VOUS DEMANDE L'HEURE QU'IL EST? Phrase du même argot, souvent employée pour répondre à une importunité.
Quignon, s. m. Gros morceau de pain.
QUILLER, v. a. et n. Lancer des pierres, soit pour attraper quelqu'un qui s'enfuit, soit pour abattre des noix, des pommes, etc. Argot des gamins.
QUILLER A L'OIE, v. a. Envoyer un bâton dans les jambes de quelqu'un,—par allusion à un jeu cruel qui était encore en honneur chez nous il y a une vingtaine d'années. Argot du peuple.
QUILLES, s. f. pl. Jambes,—dans l'argot des faubouriens.
QUIMPER, v. n. Tomber,—dans l'argot des voleurs.
QUIMPER LA LANCE, v. a. Meiere. Même argot.
QUINQUETS, s. m. pl. Les yeux,—dans l'argot des faubouriens.
Belle paire de quinquets. Yeux émerillonnés.
Allumer ses quinquets. Regarder avec attention.
Éteindre les quinquets. Crever les yeux.
QUINTE-ET-QUATORZE, s. m. Mal au traitement duquel est affecté l'hôpital du Midi.
Avoir quinte-et-quatorze. N'avoir pas su écarter la dame de cœur,—ou plutôt la dame de pique.
QUINTETTE, s. m. Le cinq,—dans l'argot des joueurs de dominos.
QUINZE ANS, TOUTES SES DENTS ET PAS DE CORSET! Phrase souvent ironique de l'argot des faubouriens, qui l'emploient à propos des femmes jeunes et bien faites, ou de celles qui se croient ainsi.
QUINZE-VINGT, s. m. Aveugle,—dans l'argot du peuple.
QUIQUI, s. m. Abatis de toutes sortes de choses, têtes de chats, os de lapins, cous d'oies, etc.,—dans l'argot des chiffonniers, qui vendent cela aux gargotiers, lesquels «en font de fameux potages».
QUI-VA-LA, s. m. Passeport,—dans l'argot des faubouriens.
QUI-VA-VITE, s. f. Ventris fluxus, courante,—dans l'argot des bourgeois.
QUONIAM BON TRAIN, adv. Rapidement, avec empressement,—dans l'argot du peuple.
QUOQUANTE, s. f. Armoire,—dans l'argot des voleurs.
QUOQUARD, s. m. Arbre,—dans le même argot.
QUOQUERET, s. m. Rideau—dans le même argot.
R
RABACHAGE, s. m. Bavardage,—dans l'argot du peuple. Redites inutiles, vieux clichés,—dans l'argot des gens de lettres.
RABACHER, v. n. Ne pas savoir ce qu'on dit; se répéter, comme font d'ordinaire les vieillards.
RABACHEUR, s. m. Bavard, homme qui dit toujours la même chose, qui raconte toujours la même histoire; mauvais écrivain.
RABAT-JOIE, s. m. Homme mélancolique ou grondeur,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Père Rabat-joie.
RABIAGE, s. m. Rente,—dans l'argot des voleurs.
RABIAU, s. m. Résidu; reste de portion,—dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l'argot des marins.
On dit aussi Rabiautage.
RABIAU, s. m. Malade qui, dans certains hôpitaux, rend certains services à ses camarades de salle, comme de faire leurs lits, de brosser leurs effets, etc. On lui donne quelquefois de l'argent et, le plus souvent, des restes de soupe.
RABIAU, s. m. Temps qui reste à faire,—dans l'argot des troupiers.
On dit aussi Surcroît de punition.
RABIAUTER, v. n. Boire ce qui reste dans le bidon.
Je ne sais pas d'où vient rabiau, mais rabiauter vient certainement de rebibere (boire de nouveau).
RABIBOCHAGE, s. m. Boni, dédommagement, consolation,—dans l'argot des enfants, qui font entre eux ce que M. Bénazet fait pour les décavés de Bade: à celui qui a perdu toutes ses billes à la bloquette ils en rendent une douzaine pour qu'il puisse en aller gagner d'autres—à d'autres.
RABIBOCHER, v. a. Réconcilier des gens fâchés,—dans l'argot des bourgeois.
Se rabibocher. Se réconcilier.
RABLÉ, adj. Homme solide des épaules et des reins,—dans l'argot du peuple.
RABOTER LE SIFFLET (Se). Boire un verre d'eau-de-vie ou de vin.
RABOUILLÈRE, s. f. Maison de triste apparence, comme il y en a tant encore dans le faubourg Marceau, nids à rats et à punaises, trous à lapins plutôt que demeures humaines.
RABOUIN, s. m. Le Diable,—dans l'argot des voleurs.
RABOULER, v. n. Revenir, abouler de nouveau,—dans l'argot des faubouriens.
RABROUER, v. a. Gronder, brutaliser, parler rudement,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Rembarrer.
RACAILLE, s. f. Individu ou Collection d'individus crapuleux,—populi fex.
C'est le tag-rag des Anglais.
RACCORD, s. m. Répétition partielle d'une pièce,—dans l'argot des coulisses.
RACCOURCI, s. m Chemin de traverse,—dans l'argot des paysans des environs de Paris.
RACCOURCIR, v. a. Guillotiner,—dans l'argot des voleurs.
On disait autrefois Raccourcir d'un pied, ce qui est une longueur de tête.
On dit aussi Rogner.
RACCROCHER, v. a. Se promener sur le trottoir en robe décolletée et en bas bien tirés,—dans l'argot du peuple.
RACCROCHEUSE, s. f. Fille de mauvaises mœurs.
RACINES DE BUIS, s. f. pl. Dents jaunes, avariées, esgrignées,—comme celles que Bilboquet arracha jadis devant «Monsieur et madame le maire de Meaux».
RACLÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,—dans l'argot du peuple.
RACLER, v. a. Prendre; perdre.
On dit aussi Rafler.
RACLER LE BOYAU, v. a. Jouer du violon,—dans l'argot des musiciens.
RACLETTE, s. f. Agent de la police secrète,—dans l'argot des voleurs.
RACONTAINE, s. f. Récit familier, cancan.
RACONTARS, s. m. pl. Bruits de salons et de clubs, échos,—dans l'argot des journalistes.
C'est Aurélien Scholl qui a employé le premier cette expression: je lui en laisse la responsabilité.
RADE ou RADEAU, s. m. Tiroir de comptoir où sont les radis,—dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Boutique.
RADE, s. m. Apocope de Radis,—dans l'argot des voyous.
RADEAU DE LA MÉDUSE, s. m. Misère extrême,—dans l'argot des bohèmes, qui souffrent parfois de la faim et de la soif autant que les naufragés célèbres peints par Géricault.
Être sur le radeau de la Méduse. N'avoir pas d'argent.
RADIN, s. m. Gousset de montre ou de gilet,—dans l'argot des voleurs.
Friser le radin. Le débarrasser de sa montre.
RADIS, s. m. Pièce de monnaie, argent quelconque,—dans l'argot des faubouriens.
N'avoir pas un radis: Être tout à fait pauvre.
RADOUBER (Se), v. réfl. Réparer sa fortune ou sa santé,—dans le langage des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
On dit aussi: Passer au grand radoub.
RADURER, v. a. Repasser sur la meule,—dans l'argot des voleurs.
RADUREUR, s. m. Repasseur de couteaux.
RAFALE, s. f. Misère,—dans l'argot du peuple, en proie aux bourrasques continuelles de la vie.
RAFALÉ, adj. et s. Misérable, pauvrement vêtu ou de triste mine.
Ne faudrait-il pas dire plutôt affalé? Je crois que oui. Les marins, voulant peindre le même état d'ennui, d'embarras, de misère, disent au figuré Être affalé sur la côte,—ce qui est, en somme, être à la côte.
RAFALER, v. a. Abaisser, humilier,—dans l'argot des voleurs, qui savent mieux que personne combien la misère ou des vêtements pauvres peuvent ravaler un homme.
RAFALER (Se), v. réfl. Devenir pauvre; porter des vêtements usés,—dans l'argot du peuple.
RAFFURER, v. a. Regagner,—dans l'argot des voleurs.
RAFFUT, s. m. Tapage,—dans l'argot du peuple.
RAFIAU, s. m. Domestique d'hôpital, infirmier.
RAFIOT, s. m. Chose de peu d'importance; camelotte.
Cette expression est empruntée au vocabulaire des marins, qui appellent ainsi tout Bâtiment léger.
RAFISTOLER, v. a. Raccommoder.
RAFISTOLER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou seulement Mettre ses habits du dimanche.
RA-FLA, s. m. pl. Notes fréquemment exécutées sur le tambour.
RAFLE, s. f. Arrestation d'une bande de gens; main basse faite sur une certaine quantité de choses. Argot du peuple.
RAFLER, v. a. Prendre, saisir, chiper.
RAFRAÎCHIR (Se), v. réfl. Se battre au sabre,—dans l'argot des troupiers.
On dit aussi: Se rafraîchir d'un coup de sabre.
RAGE DE DENTS, s. f. Grosse faim,—dans l'argot du peuple.
RAGOT, s. m. Cancan, médisance,—sans doute par allusion aux grognements des sangliers de deux à trois ans, moins inoffensifs que ceux des marcassins.
RAGOTER, v. n. Murmurer, gronder sourdement.
On dit aussi Ragonner.
RAGOÛT, s. m. Assaisonnement d'un plaisir quelconque.
S'emploie souvent en mauvaise part:
«J'aurois un beau teston pour juger d'une urine, Et, me prenant au nez, loucher dans un bassin Des ragousts qu'un malade offre à son médecin,»
dit Mathurin Régnier en sa satire la Poésie toujours pauvre.
RAGOÛT, s. m. Relief, accentuation de couleur, hardiesse de brosse,—dans l'argot des artistes.
RAGOÛT, s. m. Soupçon,—dans l'argot des voleurs.
Faire des ragoûts. Éveiller des soupçons.
RAGOÛTANT, TE, adj. Plaisant, agréable,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression à propos des gens comme à propos des choses.
Vieillard ragoûtant. Qui est propre,—et surtout sans infirmités.
Femme ragoûtante. Qui excite l'appétit des amoureux.
RAGOÛTER, v. a. Remettre en appétit, réveiller le désir.
RAIDE, s. m. Eau-de-vie,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Rude.
RAIDE, adj. Invraisemblable, difficile à croire,—c'est-à-dire à avaler.
Se dit à propos d'un Mot scabreux, d'une anecdote croustilleuse.
La trouver raide. Être étonné ou offensé de quelque chose.
RAIDE, adj. Complètement gris,—parce que l'homme qui est dans cet état abject fait tous ses efforts pour que cela ne s'aperçoive pas, en se raidissant, en essayant de marcher droit et avec dignité.
On dit aussi Raide comme la Justice.
RAIDE COMME BALLE, adv. Rapidement.
RAIDIR, v. n. Mourir.
On dit aussi Raidir l'ergot, ou les ergots.
RAILLE, s. f. Les agents de police en général,—dans l'argot des voleurs.
RAILLE, s. m. Mouchard.
RAISINÉ, s. m. Sang,—dans le même argot.
RAISINÉ (Faire du), v. a. Saigner du nez,—dans l'argot du peuple, qui n'a pas emprunté cette expression aux voleurs.
RAJOUTER, v. a. Ajouter,—dans l'argot des bourgeois, qui parlent souvent le français des réalistes, émaillé de pléonasmes.
RALEUR, s. m. Faux amateur de livres qui bouscule les boîtes sans rien acheter. Argot des bouquinistes.
RALEUSE, s. et adj. Femme qui marchande tout sans rien acheter,—dans l'argot des boutiquiers.
RALEUSE, s. f. Courtière, femme chargée d'arrêter les passant pour leur proposer de la marchandise. Argot des marchandes du Temple.
RAMA, s. m. Grelot que les artistes trouvaient drôle, vers 1838, d'attacher à tous leurs mots, pour parodier les Dioramas, les Panoramas et autres Géoramas alors en vogue. C'était leur javanais.
Parler en rama. Ajouter rama à toutes les phrases.
RAMASSER, v. a. Arrêter; conduire en prison,—dans l'argot des faubouriens.
Se faire ramasser. Se faire arrêter.
RAMASSER (Se), v. réfl. Se relever lorsqu'on est tombé.
RAMASSER SES OUTILS. Mourir,—dans l'argot des ouvriers.
Ramastiquer, v. a. Ramasser,—dans l'argot des voleurs.
RAMASTIQUEUR, s. m. Variété de filous décrite par Vidocq.
RAMBUTEAU, s. m. Colonne ad usum lotii des promeneurs, établie le long de nos boulevards sous l'édilité du comte de Rambuteau.
RAME, s. f. Plume,—dans l'argot des voleurs.
RAMENEUR, s. m. Homme affligé de calvitie, qui essaye de la dissimuler en ramenant habilement ses derniers cheveux sur le devant de sa tête—et «empruntant ainsi un qui vaut dix».
RAMENEUSE, s. f. Petite dame dont la spécialité est de faire espalier à la porte des cafés du boulevard, vers l'heure de la fermeture, afin d'y nouer connaissance avec quelque galant homme.
RAMICHER, v. a. Réconcilier des gens fâchés—dans l'argot du peuple.
Se ramicher. Se dit des amants qui se reprennent après s'être quittés.
RAMOLLI, s. et adj. Imbécile, ou simplement Ennuyeux,—dans l'argot des faubouriens.
RAMONA, s. m. Petit Savoyard, qui, aux premiers jours d'automne, s'en vient crier: haut en bas, par les rues des villes, barbouillé de suie, raclette à la ceinture et sac au dos. C'est parfois un petit Auvergnat.
RAMONER, v. n. Murmurer, marmotter, parler entre ses dents,—par allusion au bruit désagréable que fait le ramona en montant et en descendant dans la cheminée qu'il nettoie.
RAMPE, s. f. Le cordon des lumières qui éclairent la scène,—dans l'argot des coulisses.
Se dit aussi pour: Théâtre, scène, coulisses.
Princesse de la rampe. Actrice.
Se brûler à la rampe. Jouer pour soi,—s'approcher trop près du public, sans s'occuper des autres acteurs en scène.
Rampeau! Coup nul,—dans l'argot des enfants, lorsqu'ils jouent aux billes ou à la balle.
Les vieux joueurs de boule emploient la même expression à propos du second coup d'une partie en deux coups de boule.
RAMPONER, v. n. Boire, s'enivrer.
L'expression date évidemment du fameux Ramponneau, le cabaretier de la Courtille.
RANCART, v. Rencart.
RANG, s. m. Armature de bois qui supporte toujours les casses, et quelquefois les ouvriers typographes.
RAPATRIER (Se). Se réconcilier,—dans l'argot du peuple.
RAPE, s. f. Le dos,—dans l'argot des voleurs.
RAPIAT, s. m. Auvergnat, Savoyard. Même argot.
RAPIAT, s. et adj. Cupide, avare, un peu voleur même,—dans l'argot du peuple.
RAPIN, s. m. Mauvais peintre,— dans l'argot des bourgeois.
RAPIOT, s. m. Pièce mise à un habit ou à un soulier,—dans l'argot des faubouriens.
RAPIOTER, v. a. Rapiécer.
RAPIOTER, v. a. Fouiller,—dans l'argot des voleurs.
RAPIQUER, v. n. Revenir quelque part, retourner à quelque chose. Argot des faubouriens.
On dit aussi et mieux Rappliquer.
RAPPORTEUR, s. m. Elève qui dénonce ses camarades au maître. Argot des écoliers.
RASER, v. a. Ennuyer, être importun,—comme le sont ordinairement les barbiers, gens qui se croient obligés, pour distraire leurs pratiques sur la sellette, de leur raconter des fariboles, des cancans, des anas aussi vieux que Mathusalem. Argot du peuple et des gens de lettres.
On disait il y a cent ans: Faire la barbe.
RASIBUS, prép. Tout près, tout contre, au ras,—dans l'argot du peuple.
RASOIR, s. m. Homme ennuyeux.
Rasoir anglais. Le plus ennuyeux,—les rasoirs qui viennent de Londres ayant la réputation d'être les plus coupants du monde.
On dit aussi Raseur.
RASOIR! Exclamation de la même famille que Des navets!
RASOIR NATIONAL, s. m. La guillotine,—dans l'argot des révolutionnaires de 1793.
Passer sous le rasoir national. Être exécuté.
RAT, s. m. Petit voleur qui entre dans une boutique un peu avant sa fermeture, se cache sous le comptoir en attendant que les maîtres du logis soient couchés, et, lorsqu'il est assuré de l'impunité, ouvre la porte à ses complices du dehors.
On dit aussi Raton.
Courir le rat. Voler la nuit dans une auberge ou dans un hôtel garni.
RAT, s. m. Caprice,—dans l'argot du peuple, qui dit cela aussi bien à propos des serrures qui ne vont pas que des gens qui font mauvaise mine.
Autrefois, Avoir des rats c'était «avoir l'esprit folâtre, bouffon, étourdi, escarbillard, farceur et polisson».
RAT, s. et adj. Avare; homme intéressé.
RAT, s. m. Bougie cordelée et repliée de façon à tenir dans la poche. On l'appelle aussi, rat de cave.
RAT, s. m. Retardataire,—dans l'argot des Polytechniciens.
Rat de ponts. Celui qui, après son examen de sortie, est exclu par son rang des Ponts-et-Chaussées.
Rat de soupe. Celui qui arrive trop tard au réfectoire.
RAT, s. m. Petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse qui est à la première danseuse ce que le saute-ruisseau est au notaire, et qui devient bien plus facilement célèbre comme courtisane que comme rivale de Fanny Essler.
Le mot date de la Restauration, quoique quelques personnes—mal informées—lui aient donné, comme date, 1842, et comme père, Nestor Roqueplan.
RATA, s. m. Ragoût de pommes de terre et de lard,—dans l'argot des troupiers.
RATAFIAT DE GRENOUILLE, s. m. L'eau,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Anisette de barbillon et Bourgogne de cheval.
RATAPOIL, s. et adj. Partisan quand même du 1er Empire et admirateur aveugle de l'empereur Napoléon.
RATATOUILLE, s. f. Mauvais ragoût, plat manqué.
RATATOUILLE, s. f. Coups donnés ou reçus.
RAT DE CAVE, s. m. Employé de la régie,—dans l'argot des marchands de vin V.—Rat.
RAT DE PRISON, s. m. Avocat,—dans l'argot des voleurs.
RATER, v. a. Echouer dans une entreprise, manquer une affaire,—amoureuse ou autre. Argot du peuple.
Rater une femme. Ne pouvoir réussir à s'en faire aimer après l'avoir couchée en joue.
RATICHON, s. m. Abbé, prêtre,—dans l'argot des voyous et des voleurs.
Serpillière de ratichon. Soutane de prêtre.
On dit aussi Rasé ou Rasi.
RATICHON, s. m. Peigne,—dans l'argot des faubouriens.
RATICHONNER, v. a. Peigner.
RATICHONNIÈRE, s. f. Eglise.
RATISSER, v. a. Prendre, chiper,—dans l'argot des faubouriens.
Se faire ratisser. Se laisser duper, ou voler, ou gagner au jeu.
RATISSER (En), v. a. Se moquer de quelqu'un,—dans l'argot du peuple.
On n'emploie guère ce verbe qu'à la première et à la troisième personne de l'indicatif présent.
RATON, s. m. Petit voleur.
RATTRAPAGE, s. m. Fin de la copie donnée à un typographe. Il est tenu de composer (on dit rattraper) jusqu'au nom de son camarade écrit sur la copie suivante.
RAVAGE, s. m. Débris métalliques volés.
RAVAGEUR, s. m. Dragueur à la main, qui exploite les bords de la Seine au-dessous de Paris avec l'espérance d'y faire des trouvailles heureuses.
Les ruisseaux de Paris avaient aussi, il y a une vingtaine d'années, leurs ravageurs, pauvres diables à l'affût de toutes les ferrailles que charriait la pluie.
RAVAUDER, v. a. Raccommoder du linge, des vêtements,—dans l'argot du peuple.
RAVAUDER, v. n. Être lent à faire quelque chose; s'amuser au lieu de travailler.
RAVIGNOLE, s. f. Récidive,—dans l'argot des voleurs.
RAVIGOTE (A la), adv. D'une façon piquante. Argot du peuple.
RAVIGOTER, v. a. Soulager; refaire, remettre en bon état; réjouir.
RAYON DE MIEL, s. m. Dentelle,—dans l'argot des voleurs.
RAZZIA, s. f. Rafle,—dans l'argot du peuple, retour d'Afrique.
RÉAC, adj. et s. Bourgeois, réactionnaire,—dans l'argot des faubouriens.
Le mot date de 1848.
REBATIR, v. a. Tuer,—dans l'argot des voleurs.
RÉBECCA, s. f. Fille ou femme qui ne répond qu'avec aigreur aux observations qu'on lui fait,—qui se rebèque en un mot. Argot des bourgeois.
On dit aussi Mademoiselle Rébecca. (Rien de la Bible.)
REBÉQUER (Se), v. réfl. Se révolter, répondre avec fierté, avec colère,—dans l'argot du peuple, à qui Saint-Simon et Diderot ont fait l'honneur d'emprunter ce verbe expressif.
REBÉQUER, v. n. Répéter,—dans l'argot des faubouriens.
REBIFFER (Se), v. réfl. Regimber, protester plus ou moins énergiquement,—dans l'argot du peuple.
REBIFFER (Se), v. réfl. Se présenter avec avantage,—dans l'argot des troupiers, tous plus ou moins cocardiers.
REBONNETAGE, s. f. Réconciliation,—dans l'argot des faubouriens.
REBONNETER, v. a. Aduler, flatter,—dans l'argot des voleurs.
Rebonneter pour l'af. Flatter ironiquement.
RRebonneter (Se), v. réfl. Devenir meilleur,—dans l'argot des faubouriens, qui emploient ce verbe à propos des choses et des gens.
REBONNETEUR, s. m. Confesseur,—dans l'argot des voleurs.
REBOUIS, adj. Mort, refroidi,—dans le même argot.
REBOUISER, v. a. Tuer,—dans le même argot.
A signifié autrefois, dans le langage des honnêtes gens: Déniaiser quelqu'un; jouer un tour, faire une fourberie.
REBOUISER, v. a. Remarquer, distinguer,—dans l'argot des faubouriens.
Le verbe est désormais consacré pour eux par la chanson de l'Assommoir (o lepida cantio!) où l'on dit:
«Faut pas blaguer, le treppe est batte; Dans c'taudion i' s'trouv' des rupins. Si queuq's gonziers train'nt la savate, J'en ai r'bouisé qu'ont d's escarpins.»
REBOUISER, v. a. Réparer, ravauder. Argot du peuple.
REBOUISEUR, s. m. Savetier,—dans l'argot des revendeurs.
REBOURS, s. m. Déménagement clandestin,—dans l'argot des voyous. (V. Vidocq, p. 55.)
REBOUTER, v. a. Remettre un membre, réduire une fracture. Argot du peuple.
REBOUTEUR, s. m. Chirurgien sans diplôme.
RECALER, v. a. Rectifier, corriger. Argot des artistes.
RECALER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou reprendre des forces quand on a été malade,—dans l'argot du peuple.
RECARRER (Se), v. réfl. Faire le paon, le suffisant.
RECEVOIR LA PELLE AU CUL, v. a. Être renvoyé de quelque part ou d'un emploi.
«Mon rival, j'en suis convaincu, Va recevoir la pelle au cul!»
dit une chanson du temps de l'Empire.
RECEVOIR SON DÉCOMPTE. Mourir,—dans l'argot des troupiers.
RECHANGER (Se), v. réfl. Changer de linge ou d'habit; quitter les vêtements de travail pour mettre les vêtements du dimanche. Argot des ouvriers.
RÉCHAUFFANTE, s. f. Perruque,—dans l'argot des voleurs.
RÉCHAUFFÉ, s. m. Chose tardive, résolution intempestive, bonne inspiration venue après coup. Argot du peuple.
Signifie aussi: Vieux vaudeville, vieille plaisanterie, etc.
RÉCHAUFFER, v. a. Ennuyer,—dans l'argot des voleurs.
RÊCHE, s. m. Sou,—dans l'argot des faubouriens, qui trouvent le billon rude.
RÊCHU, adj. et s. Homme désagréable, grincheur,—dans l'argot du peuple.
RÉCLAME, s. f. Eloge pompeux et ridicule que les journaux décernent—moyennant cinq francs la ligne—à toute œuvre ou à tout médicament qui est le moins digne d'être loué.
RECONDUIRE, v. a. Siffler,—dans l'argot des coulisses.
RECONDUIRE QUELQU'UN. Le renvoyer à coups de pied ou à coups de poing,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Faire la conduite.
RECONOBRER, v. a. Reconnaître,—dans l'argot des voleurs.
RECOQUER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf; reprendre de nouvelles forces, revenir à la santé. Argot du peuple.
RECORDER, v. a. Prévenir quelqu'un de ce qui doit lui arriver,—dans l'argot des voleurs.
RRecta, adv. Net, sans rien laisser ni devoir,—dans l'argot du peuple.
Payer recta. Payer jusqu'au dernier sou.
C'est l'adverbe latin détourné de son sens.
RÉCURER (Se), v. réfl. Se purger.
Se faire récurer. Se faire traiter à l'hôpital du Midi.
RÉDAM, s. f. Grâce,—dans l'argot des voleurs, qui cependant ne croient pas à leur rédemption.
REDOUBLEMENT DE FIÈVRE, s. m. Révélation d'un nouveau fait à charge,—dans le même argot.
REDRESSE, s. f. Institution toute parisienne, composée de bohèmes qui ne veulent pas demander au travail les moyens d'existence qu'il ne leur refuserait pas, et préfèrent s'adresser pour cela au Hasard, ce dieu des paresseux et des fripons.
Chevalier de la Redresse. Industriel qui carotte le vivre et le couvert à tout gobe-mouches disposé à écouter ses histoires.
REFAIRE, v. a. Tromper, duper, et même voler,—dans l'argot des faubouriens.
Refaire (Se), v. réfl. Reprendre des forces, recouvrer la santé,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Regagner au jeu après s'y être ruiné.
REFAIT AU MÊME (Être). Être joué par quelqu'un à qui l'on avait précédemment joué quelque méchant tour.
REFAITE, s. f. Repas,—dans l'argot des voleurs.
Refaite du mattois. Déjeuner.
Refaite de jorne. Dîner.
Refaite de sorgue. Souper.
Refaite de côni. Extrême-onction, ou, plus cyniquement, la nourriture que prend le condamné à mort avant son exécution.
REFAITER, v. n. Manger.
REFILER, v. a. Rendre, restituer,—dans l'argot des voyous.
REFILER, v. a. Suivre, rechercher,—dans l'argot des voleurs.
REFOULER, v. n. Hésiter, renoncer à faire une chose,—dans l'argot des ouvriers.
Refouler au travail. Fêter la Saint-Lundi.
RÉFRACTAIRE, s. m. Bohème, homme de talent qui regimbe à suivre les modes morales de son temps.
L'expression n'est pas de Jules Vallès,—comme on serait excusable de le croire, d'après l'intéressant ouvrage qui porte ce mot pour titre, attendu que voilà une quinzaine d'années qu'on appelle Camp des réfractaires un petit café borgne de la rue Vavin, hanté par des rapins littéraires et artistiques. De même, le garni situé à quelques pas de là est appelé par ses hôtes l'Hôtel des réfractaires, les chambres ressemblant, paraît-il, à des casemates.
REFROIDI, s. m. Noyé, pendu; cadavre,—dans l'argot des voleurs.
REFROIDIR, v. a. Tuer.
RÉGALADE, s. f. Petite ripaille,—dans l'argot du peuple.
A la régalade. Boire en renversant la tête en arrière et en élevant la bouteille de façon que les lèvres ne touchent pas celle-ci.
RÉGALER, v. a. et n. Donner à dîner, payer à boire.
RÉGALER SON SUISSE, v. a. C'est, quand on joue à deux, à un jeu quelconque, une consommation, ne perdre ni gagner, être chacun pour son écot.
REGARDANT, adj. Économe, avare,—dans l'argot des domestiques, habitués à considérer le bien de leurs maîtres comme le leur, peu généreux,—dans l'argot des petites dames, qui veulent bien faire payer l'amour, mais ne veulent pas qu'on le marchande.
RÉGENCE, adj. Galant, libertin, audacieux,—en parlant des choses et des gens.
Être régence. Se donner des airs de roué.
Souper régence. Souper où les femmes légères sont spécialement admises.
ÉGIMENT DES BOULES DE SIAM, s. m. La confrérie abjecte dont le docteur Tardieu a décrit les mœurs et les maladies dans une brochure que tout le monde a lue,—quoiqu'elle n'eût été écrite que pour un petit nombre de personnes. Argot des faubouriens.
REGINGLADE, s. f. Jeu d'enfants qui consiste à chasser celui qui glisse le premier en lui tombant sur le dos les deux bras en avant.
REGINGLER, v. n. Jouer à la reginglade.
RÉGLÉ COMME UN PAPIER DE MUSIQUE, adj. Ponctuel, rangé, régulier dans ses habitudes. Argot des bourgeois.
C'est le pendant de Sage comme une image.
REGON, s. m. Dette,—dans l'argot des voleurs.
REGONCER, v. a. Devoir.
REGOUT, s. m. Inquiétude, crainte, remords,—dans le même argot.
Faire du regout. Être arrêté.
RÉGUISÉ (Être). Être battu, ou ruiné, ou volé, ou condamné par la Faculté ou par le Jury. Argot des faubouriens.
RÉJOUISSANCE, s. f. Os de bœuf arbitrairement glissés dans la viande pesée par les bouchers.
RELEVANTE, s. f. Moutarde,—dans l'argot des voleurs.
RELEVER, v. n. Sortir d'un état de gêne,—dans l'argot des faubouriens, à qui il coûte sans doute de dire Se relever de la misère.
On dit aussi Être à la relève.
RELICHER (Se). S'embrasser tendrement.
On dit aussi Se relicher le morviau.
RELUIRE DANS LE VENTRE, v. n. Exciter la convoitise, ou l'envie,—dans l'argot du peuple.
RELUIT, s. m. Œil,—dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Jour.
RELUQUER, v. a. Considérer, regarder avec attention,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Faire les yeux doux.
REMBINER, v. a. Rétracter une calomnie; un débinage,—dans l'argot des voyous.
REMBROCAGE DE PARRAIN, s. m. Confrontation,—dans l'argot des voleurs.
REMBROQUER, v. a. Reconnaître.
Signifie aussi Regarder.
REMÈDE L'AMOUR, s. m. Figure grotesque ou repoussante,—dans l'argot du peuple, qui ne sait pas que Mirabeau a été adoré de Sophie.
REMERCIER, v. a. Renvoyer un domestique; donner son congé à un ouvrier,—dans l'argot des bourgeois.
REMERCIER SON BOUCHER, v. a. Mourir,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Remercier son boulanger.
REMETTEZ DONC LE COUVERCLE! disent les voyous à quelqu'un qui a l'haleine fétide, pour l'empêcher de parler davantage.
REMETTRE QUELQU'UN A SA PLACE. Répliquer vertement à quelqu'un qui vous manque de respect, lui faire comprendre son impertinence. Argot des bourgeois.
REMISER SON FIACRE. Se taire,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
REMISIER, s. m. Variété d'Agent de change: homme qui touche une remise sur les affaires qu'il procure à un agent de change.
RÉMONENCQ, s. m. Revendeur auvergnat, chineur,—dans l'argot des gens de lettres, qui se souviennent de la Comédie humaine de Balzac.
REMONTER SA PENDULE, v. a. Battre de temps en temps sa femme,—dans l'argot des ouvriers.
REMONTER SUR SA BÊTE, v. n. Rétablir ses affaires, sa fortune, son bonheur,—dans l'argot du peuple.
REMOUCHER, v. a. Apercevoir, remarquer, admirer,—dans l'argot des faubouriens.
Les Italiens disent rimorchiare, donner des regards pour allécher.
REMOUCHICOTER, v. n. Chercher les aventures galantes—ou des prétextes à rixe.
REMPIÉTER, v. a. Mettre des talons et des bouts aux bas—dans l'argot des ménagères.
REMPLIR LE BATTANT (Se). Manger,—dans l'argot des faubouriens.
REMPLISSAGE, s. m. Prose inutile, destinée à allonger un article, un volume,—dans l'argot des gens de lettres.
REMPLUMER (Se), v. réfl. Engraisser, s'enrichir,—dans l'argot des faubouriens.
Renaché, s. m. Fromage,—dans l'argot des voleurs.
RENACLER, v. n. Bouder au travail; ne pas se sentir en disposition de faire une chose. Argot des faubouriens.
Signifie aussi: Crier après quelqu'un, gronder, murmurer.
RENARD, s. m. Aspirant compagnon,—dans l'argot des ouvriers.
RENARD, s. m. Pourboire,—dans l'argot des marbriers de cimetière, forcés d'employer toutes les ruses de leur imagination pour en obtenir un des familles inconsolables, mais «dures à la détente».
RENARD, s. m. Résultat d'une indigestion,—dans l'argot du peuple.
Piquer un renard. Vomir.
Du temps de Rabelais et d'Agrippa d'Aubigné, on disait Ecorcher le renard.
Les Anglais ont une expression analogue: to shoot the cat (décharger le chat).
RENARDER, v. n. Rendre le vin bu ou la nourriture ingérée avec excès ou dans de mauvaises dispositions d'estomac.
RENARÉ, adj. et s. Malin, homme habile.
RENAUD, s. m. Reproche, esclandre,—dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi: Danger, péril.
RENAUDER, v. n. Se refuser à faire quelque chose, être de mauvaise humeur. Argot du peuple.
C'est le verbe arnauder de la langue romane.
Renauder signifie aussi Se plaindre.
RENCART ou Rancart (Au) A l'écart, au rebut.
RENDÈVE, s. m. Apocope de Rendez-vous,—dans l'argot des faubouriens.
RENDOUBLÉ, ÉE, adj. Plein, pleine,—dans l'argot des voleurs.
RENDRE SA BÛCHE, v. a. Livrer une pièce au patron,—dans l'argot des tailleurs.
Au figuré, Mourir,—rendre son âme au Grêle d'en haut.
RENDRE SA CANNE AU MINISTRE. Mourir,—dans l'argot des troupiers, qui disent cela à propos des tambours-majors.
RENDRE SA CLEF. Mourir,—dans l'argot des bohèmes.
RENDRE SON CORDON. Mourir,—dans l'argot des rapins, qui disent cela à propos des concierges.
RENDRE SON LIVRET. Mourir,—dans l'argot des domestiques.
RENDRE SON PERMIS DE CHASSE. Mourir,—dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des médecins, de qui l'homme malade est le gibier naturel.
RENDRE UNE FÈVE POUR UN POIS, v. a. Riposter à un coup de langue ou à un coup de poing par un autre coup de langue plus aigu ou par un autre coup de poing plus violent. Argot du peuple.
Signifie aussi: Rendre le bien pour le mal; agir avec générosité envers des gens qui ont montré de la parcimonie.
RENDRE VISITE A M. DU BOIS. Aller «où le Roi va à pied»,—dans l'argot des faubouriens.
RENFONCEMENT, s. m. Coup de poing.
RENFRUSQUINER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf avec des vêtements d'occasion,—dans l'argot des ouvriers.
RENGAÎNE, s. f. Phrases toutes faites à l'usage des apprentis journalistes ou vaudevillistes,—telles que «l'étoile de l'honneur, la croix de ma mère, l'épée de mon père, le nom de mes aïeux», etc., etc.
RENGAÎNER SON COMPLIMENT, v. a. Se taire,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
RENGRACIER, v. n. Renoncer au métier, redevenir honnête homme,—dans l'argot des voleurs, gens peu rengraciables.
Rengraciez! Taisez-vous! faites silence!
RENIFLANTES, s. f. pl. Bottes éculées et percées,—dans l'argot des voyous.
RENIFLER, v. n. Reculer, se refuser à faire une chose,—dans l'argot des faubouriens, qui ont eu l'occasion d'observer les chevaux peureux.
RENIFLER, v. a. Respirer, sentir.
Signifie aussi, au figuré: Pressentir, deviner, avoir soupçon de...
RENIFLER, v. a. et n. Boire.
Il faudrait n'avoir pas été enfant pour ne pas se rappeler le maternel:
«Renifle, Pierrot, Y a du beurre au pot.»
RENIFLER, v. n. Faire un effet rétrograde,—dans l'argot des joueurs de billard.
RENIFLER LA POUSSIÈRE DU RUISSEAU, v. a. Tomber dans le ruisseau,—dans l'argot des voyous.
RENQUILLER, v. n. Rentrer.
RENQUILLER (Se), v. réfl. Réussir; engraisser; s'enrichir,—dans l'argot des typographes.
RENSEIGNEMENT, s. m. Verre de vin ou d'eau-de-vie,—dans l'argot des canotiers.
Prendre un renseignement. S'arrêter au cabaret.
RENTIER A LA SOUPE A L'OGNON, s. m. Ouvrier,—dans l'argot des faubouriens.
RENTOILER (Se). Revenir à la santé quand on a été malade; devenir riche quand on a été pauvre.
RENTRER BREDOUILLE. Rentrer sans avoir levé personne,—dans l'argot des petites dames, dont la chasse n'est pas toujours heureuse, bien que Paris soit un pays fort giboyeux.
RENTRER BREDOUILLE. Rentrer ivre-mort. Argot des faubouriens.
RENTRER DE LA TOILE, v. n. Prendre du repos par suite d'infirmités ou de vieillesse,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
RENTRER SES POUCES. Mourir,—dans l'argot des étudiants en médecine, qui ont eu de fréquentes occasions de remarquer que lorsque la mort arrive, la main du moribond se ferme toujours de la même manière, le pouce se plaçant en dedans des autres doigts.
RENVERSANT, adj. Étonnant, extraordinaire.—dans l'argot du peuple et des gandins.
RENVERSER, v. n. Rejeter ce qu'on a bu ou mangé avec excès ou mal à propos.
RENVERSER LA MARMITE, v. a. Cesser de donner à dîner,—dans l'argot des bourgeois.
RENVERSER SA MARMITE. Mourir,—dans l'argot des ouvriers.
RENVERSER SON CASQUE. Mourir,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des saltimbanques, probablement depuis la mort du fameux marchand de crayons Mengin.
RÉPANDRE (Se), v. réfl. S'étaler dans le ruisseau; tomber, soit par accident, soit parce qu'on est ivre.
L'expression est âgée de plus d'un siècle. Elle signifie aussi Mourir.
REPASSE, s. f. Mauvais café,—dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi Cafetiau.
REPASSER, v. a. Céder quelque chose à quelqu'un, donner,—dans l'argot du peuple.
Repasser une taloche. Donner un soufflet.
Repaumer, v. a. Reprendre, arrêter de nouveau.
REPÉSIGNER, v. a. Arrêter de nouveau,—dans l'argot des voleurs.
RÉPÉTER, v. n. Aimer,—dans l'argot des cabotins.
On dit aussi Aller à la répétition.
REPIGER, v. a. Rattraper, retrouver,—dans l'argot des faubouriens.
REPIQUER, v. n. Reprendre courage, se tirer d'embarras.
Signifie aussi: Revenir à la charge; retourner à une chose.
Repiquer sur le rôti. En demander une nouvelle tranche.
RÉPLIQUE, s. f. Les derniers mots d'une tirade, d'un couplet quelconque,—dans l'argot des coulisses.
Envoyer la réplique. Prononcer ces derniers mots de façon à appeler l'attention de l'acteur qui doit reprendre le dialogue.
REPORTER SON FUSIL A LA MAIRIE, v. a. Commencer à vieillir,—dans l'argot du peuple, qui sait qu'à cinquante ans on cesse de faire partie de la garde nationale.
REPORTER SON OUVRAGE. Assister, quand on est médecin, à l'enterrement d'une personne qu'on a t...,—pardon! qu'on n'a pas pu guérir. Argot des faubouriens.
REPORTER, s. m. Journaliste en quête de nouvelles.
REPOUSSANT, s. m. Fusil,—dans l'argot des voleurs.
REPOUSSER DU TIROIR, v. n. Avoir l'haleine cousine germaine du lac Stymphale. Argot des faubouriens.
On dit aussi Repousser du corridor.
REPRENDRE DU POIL DE LA BÊTE, v. a. Continuer le lendemain les débauches de la veille. Argot du peuple.
REPRENDRE SON PIVOT, v. a. Retrouver son aplomb, son sang-froid,—dans l'argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis longtemps, car on la trouve dans les Œuvres diverses de Cyrano de Bergerac.
REQUIN DE TERRE, s. m. Huissier,—dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu faire allusion à la voracité de ce fonctionnaire, pour qui tout est bon, meubles et bijoux, le portrait de votre première maîtresse aussi bien que le berceau de votre dernier né.
On l'appelle aussi Macaron.
REQUINQUER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou seulement s'endimancher, dans l'argot du peuple.
RESSERRER SON LINGE, v. a. Mourir,—dans l'argot des faubouriens.
RESTANT DE NOS ÉCUS (Le). Se dit à propos des Gens qui surviennent quelque part quand on ne les attend pas. Argot du peuple.
RESTE (Donner son). Achever un homme en le tuant de n'importe quelle façon.
RESTE (Ne pas demander son). C'est, quand on a été battu, fuir sans exiger d'explications—et surtout sans demander le supplément de coups de pied ou de poing auxquels on pourrait avoir droit.
RESTER EN FIGURE. Rester coi, ne savoir que dire.
Signifie aussi: Rester seul, être abandonné de ses compagnons.
RESTER EN PLAN, v. n. Rester comme otage quelque part, lorsqu'on n'a pas d'argent pour payer sa consommation.
RESTITUER SA DOUBLURE. Mourir,—dans l'argot des faubouriens.
RESUCÉE, s. f. Chose qu'on a déjà goûtée, lue, entendue, ou vue plusieurs fois.
On dit aussi C'est de la troisième ou de la quatrième resucée.
RÉSURRECTION (La), n. de l. La prison de Saint-Lazare,—dans l'argot des faubouriens.
RETAPE, s. f. Raccrochage,—dans l'argot des filles et de leurs souteneurs.
Aller à la retape. Raccrocher.
On dit aussi Faire la retape.
RETAPÉ, adj. Vêtu proprement,—dans l'argot du peuple.
RETIRATION (Être en). Avoir plus de quarante ans, vieillir,—dans l'argot des typographes.
RETIRER LE PAIN DE LA BOUCHE, v. a. Ruiner quelqu'un, lui enlever son emploi, les moyens de gagner sa vie. Argot du peuple.
RETOURNE, s. f. Atout,—dans l'argot des joueurs.
Chevalier de la Retourne. Joueur passionné—jusqu'à en être grec.
RETOURNER (S'en). Vieillir,—dans l'argot de Breda-Street.
RETOURNER SA VESTE, v. a. Faire faillite, et, par extension, Mourir,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Rendre son tablier et Retourner son paletot.
REVENDRE, v. a. Répéter ce qu'on a appris de quelqu'un, commettre une indiscrétion. Argot des voleurs.
REVENIR, v. n. Se dit—dans l'argot des bourgeois—de tout ce qui plaît, choses ou gens.
REVENIR DE PONTOISE, v. n. Avoir l'air étonné, ahuri; dire des sottises,—dans l'argot du peuple.
Faire ou dire une chose comme en revenant de Pontoise. La dire ou la faire mal, gauchement, niaisement.
REVENIR SUR L'EAU, v. n. Rétablir ses affaires, sortir d'un mauvais pas; occuper de nouveau l'attention publique.
REVERS DE LA MÉDAILLE, s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent lorsqu'on a l'habitude de marcher sur les talons.
C'est une expression de l'argot du peuple parisien, qui appartient également à l'argot du peuple napolitain: Il revescio de la medaglia, disent les fils de Mazaniello.
REVIDAGE, s. m. Opération qui consiste à se partager, entre brocanteurs, les lots achetés trop cher à l'hôtel Drouot, mais achetés par eux pour les enlever aux bourgeois.
REVIEWER, s. m. Écrivain de revues,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à l'Angleterre.
REVOIR LA CARTE, v. a. Rendre son déjeuner ou son dîner,—ce qui est une façon désagréable de s'assurer de ce qu'on a mangé. Argot du peuple.
RHUME, s. m. Maladie sœur du Quinte-et-quatorze.
On disait autrefois Rhume ecclésiastique.
RIBAMBELLE, s. f. Troupe nombreuse de choses ou de gens.
RIBOTE, s. f. Griserie, petite débauche.
Être en ribote. Être ivre.
RIBOTER, v. n. Hanter les cabarets.