Note 15 — TROISIÈME PARTIE LA PHILOSOPHIE ET LA MORALE. (continued 3)
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Dans l’ouvrage de Bentham sur la Législation, publié, ou plutôt illustré par M. Dumont, il y a divers raisonnements sur le principe de l’utilité, d’accord, à plusieurs égards, avec le système qui fonde la morale sur l’intérêt personnel. L’anecdote connue d’Aristide, qui fit rejeter un projet de Thémistocle, en disant seulement aux Athéniens que ce projet était avantageux, mais injuste, est citée par M. Dumont ; mais il rapporte les conséquences qu’on peut tirer de ce trait, ainsi que de plusieurs autres, à l’utilité générale admise par Bentham, comme la base de tous les devoirs. L’utilité de chacun, dit-il, doit être sacrifiée à l’utilité de tous, et celle du moment présent à l’avenir ; en faisant un pas de plus, on pourrait convenir que la vertu consiste dans le sacrifice du temps à l’éternité, et ce genre de calcul ne serait sûrement pas blâmé par les partisans de l’enthousiasme, mais, quelque effort que puisse tenter un homme aussi supérieur que M. Dumont, pour étendre le sens de l’utilité, il ne pourra jamais faire que ce mot soit synonyme de celui de dévouement. Il dit que le premier mobile des actions des hommes, c’est le plaisir et la douleur, et il suppose alors que le plaisir des âmes nobles consiste à s’exposer volontiers aux souffrances matérielles, pour acquérir des satisfactions d’un ordre plus relevé. Sans doute, il est aisé de faire de chaque parole un miroir qui réfléchisse toutes les idées ; mais, si l’on veut s’en tenir à la signification naturelle de chaque terme, on verra que l’homme à qui l’on dit que son propre bonheur doit être le but de toutes ses actions, ne peut être détourné de faire le mal qui lui convient que par la crainte ou le danger d’être puni, crainte que la passion fait braver, danger auquel un esprit habile peut se flatter d’échapper. — Sur quoi fondez-vous l’idée du juste ou de l’injuste, dira-t-on, si ce n’est sur ce qui est utile ou nuisible au plus grand nombre ? La justice, pour les individus, consiste dans le sacrifice d’eux-mêmes à leur famille ; pour la famille, dans le sacrifice d’elle-même à l’État ; et pour l’État, dans le respect de certains principes inaltérables qui font le bonheur et le salut de l’espèce humaine. Sans doute la majorité des générations, dans la durée des siècles, se trouvera bien d’avoir suivi la route de la justice ; mais pour être vraiment et religieusement honnête, il faut avoir toujours en vue le culte du beau moral, indépendamment de toutes les circonstances qui peuvent en résulter. L’utilité est nécessairement modifiée par les circonstances ; la vertu ne doit jamais l’être.