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Contes, Tome II

Le Pigeon et la Colombe (continued 2)

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«Votre coeur ne vous a-t-il pas appris, charmante colombe, que vous êtes avec un pigeon qui brûle toujours des mêmes feux que vous allumez?

—Mon coeur souhaitait le bonheur qui m'arrive, répliqua-t-elle, mais il n'osait s'en flatter: hélas, qui l'aurait pu imaginer! j'étais sur le point de périr sous les coups de ma bizarre fortune; vous êtes venu m'arracher d'entre les bras de la mort, ou d'un monstre que je redoutais plus qu'elle.»

Le prince, ravi d'entendre parler sa colombe, et de la retrouver aussi tendre qu'il la désirait, lui dit tout ce que la passion la plus délicate et la plus vive peut inspirer; il lui raconta ce qui s'était passé depuis le triste moment de son absence, particulièrement la rencontre surprenante de l'amour Forgeron et de la fée dans son palais: elle eut une grande joie de savoir que sa meilleure amie était toujours dans ses intérêts.

«Allons la trouver, mon cher prince, dit-elle à Constancio, et la remercier de tout le bien qu'elle nous fait: elle nous rendra notre première figure; nous retournerons dans votre royaume ou dans le mien.

—Si vous m'aimez autant que je vous aime, répliqua-t-il, je vous ferai une proposition où l'amour seul a part. Mais, aimable princesse, vous m'allez dire que je suis un extravagant.

—Ne ménagez point la réputation de votre esprit aux dépens de votre coeur, reprit-elle; parlez sans crainte; je vous entendrai toujours avec plaisir.

—Je serais d'avis, continua-t-il, que nous ne changeassions point de figure; vous colombe, et moi pigeon, pouvons brûler des mêmes feux qui ont brûlé Constancio et Constancia. Je suis persuadé qu'étant débarrassés du soin de nos royaumes, n'ayant ni conseil à tenir, ni guerre à faire, ni audiences à donner, exempts de jouer sans cesse un rôle importun sur le grand théâtre du monde, il nous sera plus aisé de vivre l'un pour l'autre dans cette aimable solitude.

—Ah! s'écria la colombe, que votre dessein renferme de grandeur et de délicatesse! Quelque jeune que je sois, hélas! j'ai tant éprouvé de disgrâces; la fortune, jalouse de mon innocente beauté, m'a persécutée si opiniâtrement, que je serai ravie de renoncer à tous les biens qu'elle donne, afin de ne vivre que pour vous. Oui, mon cher prince, j'y consens: choisissons un pays agréable, et passons sous cette métamorphose nos plus beaux jours; menons une vie innocente, sans ambition et sans désirs, que ceux qu'un amour vertueux inspire.

—C'est moi qui veux vous guider, s'écria l'Amour en descendant du plus haut de l'Olympe. Un dessein si tendre mérite ma protection.

—Et la mienne aussi, dit la fée Souveraine qui parut tout d'un coup. Je viens vous chercher pour m'avancer de quelques moments le plaisir de vous voir.»

Le pigeon et la colombe eurent autant de joie que de surprise de ce nouvel événement.

«Nous nous mettons sous votre conduite, dit Constancia à la fée.

—Ne nous abandonnez pas, dit Constancio à l'Amour.

—Venez, dit-il, à Paphos, l'on y respecte encore ma mère, et l'on y aime toujours les oiseaux qui lui étaient consacrés.

—Non, répondit la princesse, nous ne cherchons point le commerce des hommes: heureux qui peut y renoncer! il nous faut seulement une belle solitude.»

La fée aussitôt frappa la terre de sa baguette. L'Amour la frappa d'une flèche dorée. Ils virent en même temps le plus beau désert de la nature et le mieux orné de bois, de fleurs, de prairies et de fontaines.

«Restez-y des millions d'années, s'écria l'Amour. Jurez-vous une fidélité éternelle en présence de cette merveilleuse fée.

—Je le jure à ma colombe, s'écria le pigeon.

—Je le jure à mon pigeon, s'écria la colombe.

—Votre mariage, dit la fée, ne pouvait être fait par un dieu plus capable de le rendre heureux. Au reste, je vous promets que si vous vous lassez de cette métamorphose, je ne vous abandonnerai point, et je vous rendrai votre première figure.»

Pigeon et colombe en remercièrent la fée; mais ils l'assurèrent qu'ils ne l'appelleraient point pour cela; qu'ils avaient trop éprouvé les malheurs de la vie: ils la prièrent seulement de leur faire venir Ruson, en cas qu'il ne fût pas mort.

«Il a changé d'état, dit l'Amour, c'est moi qui l'avait condamné à être mouton. Il m'a fait pitié, je l'ai rétabli sur le trône d'où je l'avais arraché.»

À ces nouvelles, Constancia ne fut plus surprise des jolies choses qu'elle lui avait vu faire. Elle conjura l'Amour de lui apprendre les aventures d'un mouton qui lui avait été si cher.

«Je viendrai vous les dire, répliqua-t-il obligeamment. Pour aujourd'hui, je suis attendu et souhaité en tant d'endroits, que je ne sais où j'irai en premier. Adieu, continua-t-il, heureux et tendres époux, vous pouvez vous vanter d'être les plus sages de mon empire.»

La fée Souveraine resta quelque temps avec les nouveaux mariés. Elle ne pouvait assez louer le mépris qu'ils faisaient des grandeurs de la terre; mais il est bien certain qu'ils prenaient le meilleur parti pour la tranquillité de la vie. Enfin elle les quitta; l'on a su par elle et par l'Amour, que le prince Pigeon et la princesse Colombe se sont toujours aimés fidèlement.

D'un amour pur nous voyons le destin: Des troubles renaissants, un espoir incertain, De tristes accidents, de fatales traverses Affligent quelquefois les plus parfaits amants. L'amour, qui nous unit par des noeuds si charmants, Pour conduire au bonheur, a des routes diverses: Le ciel, en les troublant, assure nos désirs. Jeunes coeurs, il est vrai, des épreuves si rudes Vous arrachent des pleurs, vous coûtent des soupirs; Mais quand l'amour est pur! peines, inquiétudes, Sont autant de garants des plus charmants plaisirs.

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