A l’Auteur.
Reading edition
L’un s’émerveillera de vous voir en jeunesse Déja tout posseder, ce que l’antiquité, Se travaillant sans fin dans son infinité, A peine a sceu tirer des Tresors de sagesse. Un autre admirera l’heroïque hardiesse, Dont voulant rétablir icy la liberté, Vous combatés si bien contre la fausseté, Même dedans la place où elle est la Maitresse. Bref, dans vostre discours chacun admirera Une diversité des merveilles qu’il a ; Mais voicy celle-là qu’entre autres j’ay trouvée : C’est que sçachant si bien le naturel des Grands, Leur maxime & leurs Coups, vous soyez si long-temps Resté dans une vie innocente & privée.
Jac. Bouchard, à Rome.
A MONSEIGNEUR, L’EMINENTISSIME CARDINAL DE BAGNI, mon tres-bon & tres-honoré Maistre.
[1]Non equidem hoc studeo, bullatis ut mihi nugis Pagina turgescat dare pondus idonea sumo : Secreti loquimur, tibi nunc, hortante camœna, Excutienda damus præcordia.
(Pers. Sat. 5.)
Monseigneur,
Puis que vous estes maintenant à Rome, joüissant des honneurs qui servent de recompense à vos merites, & vivant dans le repos que les fonctions publiques heureusement exercées en sept Gouvernemens, une Vice-legation, & deux Nonciatures vous y ont acquis : je n’ay pas cru pouvoir mieux employer le loisir duquel vostre bien-veillance & vostre bonté extraordinaire m’y font pareillement joüir, qu’en vous entretenant des plus relevées Maximes de la Politique, & de ces grandes affaires d’Estat, en la conduite desquelles V. E. a tellement fait remarquer sa prudence, que les plus grands Genies qui gouvernent presentement toute l’Europe, en sont demeurez remplis d’étonnement, & n’ont jamais mieux reüssi aux deliberations & entreprises les plus difficiles, que lors qu’ils les ont maniées suivant les bons & genereux avis qu’il vous a pleu de leur en donner, Adeò
[2]Nil desperandum Teucro duce & auspice Teucro !
(Horat. l. 1. carm. Ode 7.)