← Table of contents
Catherine de Médicis (1519-1589)

Note (retour) — Front matter

Reading edition

D'Espagne lui venaient de sévères avertissements. Un envoyé extraordinaire de Philippe II, Don Juan Manrique de Lara, lui avait apporté, avec les compliments de condoléances sur la mort de François II, le conseil impératif de «ne permettre jamais aux nouveautés qui ont pris naissance dans son royaume d'y faire plus de progrès», de ne favoriser en aucune manière et de n'admettre jamais «dans sa familiarité aucuns de ceux qui ne sont pas fermes, comme ils devraient l'être, dans leur religion»284. L'ambassadeur ordinaire Chantonnay, frère du cardinal Granvelle, guettait tous ses manquements et la harcelait de reproches. Elle s'excusait sur la nécessité, qui l'avait «conduite» à s'accommoder «à quelque doulceur et démonstration de clémence pour les choses passées, qui n'est que pour mectre le repos en ce royaulme et mieulx establir l'advenir»285. Mais dans ses lettres à sa fille, femme de Philippe II, elle qualifiait hardiment de «menteries» les bruits qui couraient en Espagne sur ses complaisances envers les réformés, et elle en accusait les Guise. «Vous pouvés panser que sous qui soulet aystre roy... (ceux qui étaient habitués à être rois) meteron toujours pouyne (peine) de faire trouver mauvese mes actyons.» C'est leur faute si elle ne peut pas faire «tout soudeyn ce que désirés», car ils «nous aunt ten embroullé nous afayres (ils nous ont tant embrouillé nos affaires)». Philippe II aurait bien tort de les croire. «Quant yl avest (ils avaient) le moyen qu'il etet (ils étaient) comme roys», ils excitaient François II contre lui et cela, pour la brouiller elle-même avec son fils à qui elle conseillait de vivre en bonne amitié avec le roi d'Espagne286. Elle ne réfléchit pas qu'en les accusant de n'avoir eu d'autre dessein que de la ruiner elle les disculpe de tout parti pris d'hostilité contre Philippe II. Mais elle aime mieux s'embarrasser dans les récriminations que de répondre aux reproches. Elle les accuse encore d'avoir fait courir le bruit qu'en haine d'eux elle ne tenait plus compte de sa fille, Claude, duchesse de Lorraine, leur cousine par alliance, et elle s'indigne. C'est de toutes leurs calomnies la plus perfide, car «se je falle (si je manque) à ma propre fille, quelle seureté l'on pourré avoyr en moi?» «Mès, conclut-elle, je prans tout en pasiense. Le prinsipal ayst que Dyeu mersi j'é tout le comendement...»287. C'est le cri du cœur.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings