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Catherine de Médicis (1519-1589)

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L'exaspération des huguenots précipita la crise. Le samedi 23, Pardaillan, un gentilhomme gascon, menaça, au souper de la Reine, qu'ils se feraient justice si on ne la leur faisait pas. Catherine résolut d'agir la nuit même. Mais il lui fallait le consentement du Roi. Quelque experte qu'elle fût à manier cette nature violente et faible et capable des plus brusques revirements, elle doutait de pouvoir facilement le décider à faire mettre à mort ces capitaines et ces gentilshommes dont il avait agréé les services et embrassé la vengeance. Albert de Gondi, sa créature et le favori de Charles IX, de qui elle «sçavoit qu'il le prendroit mieux que de tout autre», alla le «trouver en son cabinet le soir sur les neuf ou dix heures» et, allant au but sans détour, il se dit obligé «comme son serviteur très fidelle» de lui avouer que le duc de Guise n'était pas seul et que la Reine et le duc d'Anjou «avoient esté de la partie». Sa mère avait toujours eu, comme il le savait, «un extrême desplaisir» de l'assassinat de Charry, le brave et loyal Charry, qui, du temps où les catholiques étaient pour M. de Guise et les protestants pour le prince de Condé, n'avait voulu dépendre que d'elle, et dès lors, «elle avoit juré de se venger dudit assassinat». L'Amiral ne serait jamais «que très pernicieux en cest Estat», «et quelque apparence qu'il fist de vouloir servir Sa Majesté en Flandre,... il n'avoit d'autre dessein que de troubler la France...» Quant à elle, «son dessein n'avoit esté en cet effect que d'oster cette peste de ce royaume, l'Amiral seul»; mais «le malheur avoit voulu que Maurevert avoit failly son coup», et, ajoutait perfidement Gondi, «les huguenots en estaient entrez en tel désespoir que, ne s'en prenant pas seulement à M. de Guise, mais à la Royne sa mère et au roy de Pologne son frère606, ils croyoient aussi que le Roy Charles mesme en fust consentant et avoient résolu de recourir aux armes la nuict mesme»607. Au Roi, affolé par cette confidence, tiraillé entre les inspirations de son honneur, son amour filial et l'appréhension d'une nouvelle guerre civile, sinon d'une attaque cette nuit même, la franchise si bien calculée de Gondi ne laissait entrevoir d'autre issue que le massacre des chefs protestants alors à Paris. Réussit-il à le convaincre ou simplement à l'ébranler? Catherine est-elle intervenue de nouveau pour arracher à ses rancunes et à ses craintes l'ordre de mort? Lui-même raconta depuis à sa sœur Marguerite qu'«il y eut beaucoup de peine à l'y faire consentir, et sans ce qu'on luy fist entendre qu'il y alloit de sa vie et de son Estat, il ne l'eust jamais faict»608.

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