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Elle avait donné rendez-vous à Grenoble aux représentants des trois ordres pour les entendre en leurs doléances. Elle reçut à part ceux de la noblesse et du clergé, «qui furent fort modestes en leurs remontrances», et leur dit la «parfaite amour et dillection» que le Roi son fils portait à ses sujets, les preuves qu'il en avait données sans y épargner sa propre vie du temps du feu Roi son frère et les «occasions» qui l'avaient mû d'apaiser les troubles de son royaume «par la douceur»1009. L'orateur du tiers état, un avocat de Vienne, Debourg, «fort factieux», demanda que le différend des ordres fût jugé par le Roi «en plus grande et aultre compagnie de Conseil que celle qui estoit par deça», mais le premier consul de Grenoble, et les députés de beaucoup de villes prièrent la Reine de le «vuider» avec les princes et seigneurs du Conseil qui l'accompagnaient. Elle, se sentant soutenue, n'oublia pas de «parler à iceluy Debourg ainsy qu'il appartenoit et de luy bien faire congnoistre et à tous les aultres factieux et faiseurs de menées qui avaient introduit ces ligues à si mauvaise intention que l'on voioit (voyait) par effectz [qu'ils] mériteraient grande pugnition»1010. Alors, dit-elle, la plupart des députés «monstrèrent à l'instant de se voulloir departir des choses mauvaises qui sont cachées sur (plutôt, sous) cela». Mais elle se contentait trop facilement; elle ne se demandait jamais si l'impression de ses paroles, de sa présence, de ses menaces était bien profonde et prévaudrait longtemps contre les passions, les rancunes, les défiances de toujours. Elle ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle ne réussirait pas à faire peur. Elle fit arrêter un chirurgien, qui avait tenu à des gentilshommes des propos tendant à mauvaise fin, et un procureur au Parlement, Gamot, qui avait promené le râteau et propagé l'usage des cornets à bouquin1011, et elle chargea le Parlement de leur faire leur procès. Mais les Communes intervinrent, et elle fut obligée de relâcher Gamot. Non sans peine elle parvint à reconcilier les trois ordres qui étaient «merveilleusement divisez» et à leur faire signer un accord général1012.