Note (retour) — Front matter (continued 2)
Reading edition
Après la mort de Du Gast, un favori de grande allure, il avait commencé en 1576 à vivre dans l'intimité de dix ou douze jeunes gens beaux et bien faits, qu'il trouvait un plaisir équivoque à voir parés, coiffés, attifés avec une recherche et des raffinements de femmes. Les Mignons, comme on les appelait, Quélus, Maugiron, Saint-Luc, d'Arques, Saint-Mesgrin, etc., jaloux d'accaparer la faveur et les faveurs de leur maître, excitaient ses rancunes et ses défiances contre son frère. Ils assaillirent Bussy, qui les qualifiait crûment de mignons de couchette, et le manquèrent. Quelques jours après, aux noces de Saint-Luc (9 février 1578), ils narguèrent le duc d'Anjou que Catherine, conciliante, avait décidé à paraître au bal. Celui-ci, de dépit et de colère, quitta la fête et alla raconter à sa mère ce qui venait de se passer, «de quoy elle fut très marrie». Il lui dit son intention, qu'elle trouva «très bonne», de s'en aller pour quelques jours, à la chasse, «soulager et divertir un peu son esprit des brouilleries de la Cour». Mais le Roi, inquiet de cette brusque sortie, et appréhendant une fuite, envoya réveiller la Reine-mère et pénétra dans la chambre du Duc, suivi du sieur de Losses, capitaine des gardes, et de quelques archers écossais. Catherine, «craignant qu'en cette précipitation, il (le Roi) fist quelque tort à la vie» de son fils, accourut «toute déshabillée..., s'accomodant comme elle peust avec son manteau de nuit»895. Henri fouilla la chambre et le lit, et arracha des mains du suspect, malgré ses prières, une lettre où il croyait trouver la preuve d'un complot, et qui n'était qu'un poulet de Mme de Sauve. Mais, encore plus irrité de cette déception, il sortit, commandant à Losses de garder son frère et de ne le laisser parler à personne. Le prisonnier passa la nuit dans une mortelle inquiétude. Catherine, qui s'était tue ce soir-là pour ne pas exaspérer les passions, envoya le lendemain «quérir tous les vieux du Conseil, Monsieur le chancelier, les princes, seigneurs et mareschaulx de France», qui tous furent d'avis qu'elle «devoit remonstrer au Roy le tort qu'il se faisoit», et tâcher de «r'habiller cela le mieux que l'on pourroit». Elle alla trouver Henri III «avec tous ces messieurs» et fit agir aussi le duc de Lorraine, son gendre, qui se trouvait à la Cour. Le Roi, «ayant les yeux dessillez», consentit à une réconciliation, s'excusant de ce qu'il avait faict sur «le zèle qu'il avoit au repos de son État». Le Duc se déclara «satisfaict si son frère recognoissoit son innocence». Sur cela la Reine-mère «les prit tous deux et les fist embrasser»896.