← Table of contents
Catherine de Médicis (1519-1589)

Note (retour) — Front matter (continued 2)

Reading edition

Ces clauses étaient si humiliantes pour Henri III, qu'en les signant les larmes lui coulaient des yeux. Mais Catherine le jour même s'était empressée d'écrire à Damville--singulier confident--sa joie «de veoir l'aigreur qui faisoit obstacle à l'unyon et bonne intelligence qui doibt estre entre tous les princes, seigneurs et aultres subjects du Roy... par ce moien estainte et assoupie»875. Oubliait-elle que sa passion contre le gouverneur du Languedoc et les Montmorency était la cause originelle de l'alliance des politiques avec les huguenots et du succès de la prise d'armes? Mais elle avait quelque raison de prétendre qu'elle n'était pas responsable des conditions onéreuses de la paix. Et maintenant, écrivait-elle au Roi, qu'il se hâtât de faire payer aux reîtres les trois cent mille livres promises en acompte, car ces étrangers ne partiraient pas sans argent, «affin que si la paix ne vous réussit aussi incontinent come a faict la tresve, il vous plaise ne vous en prendre pas à moy, car si j'eusse esté creue lors de la tresve, le royaulme ne (ni) vous fussiez en l'estat que vous estes»876. Henri la boudait et ne montrait aucune envie de la revoir; mais elle ne laissait pas de travailler à l'exécution du traité. Elle fit donner à Condé Saint-Jean-d'Angely à la place de Péronne, que le gouverneur, d'Humières, appuyé par la noblesse catholique de Picardie, refusait de livrer au prince huguenot. Elle prodigua les assurances d'amitié à Damville. Elle proposa une entrevue au roi de Navarre, à qui la ville de Bordeaux, bien qu'il fût gouverneur de Guyenne, fermait ses portes. En même temps elle dicta pour Henri III un plan de conduite et de gouvernement877. «C'est comment voz prédécesseurs faisoient.» Pour éviter l'apparence d'une critique, elle parlait à peine des fautes commises, et encore était-ce pour les excuser ou les nier «.... Les malins (les méchants)... ont faict entendre partout que [vous] ne vous soucyez de leur conservation, aussi que n'éviez agréable de les veoir.» Elle a l'air de croire, bien qu'elle sache le contraire, que ce sont «mauvais offices et menteries» pour le faire haïr «et s'establir et s'accroistre». Elle reconnaît que «bien souvent les depesches nécessaires, au lieu d'estre bientost et diligemment respondues, ne l'ont pas esté, mais au contraire ont demouré, quelqueffois ung mois ou six semaines, tant que (tellement que) ceux qui estoient envoiez de ceulx qui estoient enchargez des provinces par vous, ne pouvant obtenir response aucune, s'en sont sans icelles [réponses] retournez». Sans doute ils auraient dû considérer «la multitude des affaires et négligence de ceulx à qui faisiez les commandemens». Mais «ils pensoient estre vrai ce que ces malins disoient». Malgré les ménagements de forme, l'exposé de ce qu'Henri aurait dû faire était la condamnation de ce qu'il avait fait, de sa mollesse, de sa paresse, de son favoritisme, de son mépris pour les contraintes et les obligations de sa charge. Qu'il prenne, remontrait Catherine, «une heure certaine» de se lever et fasse comme le feu roi son père. «Car quand il prenoit sa chemise et que les habillemens entroient, tous les princes, seigneurs, capitaines, chevaliers de l'Ordre, gentilz hommes de la Chambre, maistres d'Hostel, gentilhomme servants, il parloit à eux et le voioient, ce qui les contentoit beaucoup.»

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings