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Reading edition
Sans doute elle a retenu de son parler toscan quelques mots et des tournures qu'elle transporte trop fidèlement dans notre langue710. Il y a de bonnes raisons de croire que sa prononciation fut toujours relevée d'une pointe d'exotisme. Elle continue par exemple à écrire se pour si (conjonction) et elle est tellement imprégnée du son ou de l'u italien qu'involontairement sous sa plume but se change en bout. Par le même effet à rebours de l'empreinte enfantine, qui ne connaît pas d'e muet, il lui arrive de mettre «fasset» pour fasse, «cet» pour se, «emet» pour aiment711. Des réminiscences de deux langues s'entremêlent bizarrement dans certaines de ses lettres à des Italiens. Elle remercie le pape Sixte-Quint, en langage macaronique, si du moins le copiste a bien lu, de l'«amore (amorevole) letra que son nontio» lui a remise de sa part712. Son orthographe est parfois si phonétique qu'il suffit, pour comprendre certains passages obscurs, de les lire à haute voix713. Mais sa forme est, en général, bien française, comme on peut en juger d'après des lettres écrites de sa main. La phrase garde l'allure de la conversation, fluide et verbeuse, lâche en son développement, mal liée en ses parties, embarrassée d'incidentes, allongée de tours et de détours, et qui n'a pas l'air de savoir comme ni où elle finira. Mais Catherine sait à l'occasion resserrer sa pensée et, par exemple, glisser dans quelques mots la caresse d'un compliment ou d'une sympathie. Elle avait vu en passant à Lyon Marguerite de France, duchesse de Savoie, sa chère belle-sœur, et souhaitait de la revoir à Paris. «Se sera, lui écrit-elle, quant yl vous pléra, més non jeamés si tost que je le désire, car vous avoir revue si peu ne m'a fayst que plus de regret de ne povoyr aystre aurdinairement auprès de vous»714. Et quel raccourci pittoresque dans cette description: «Ma Comère, annonce-t-elle à sa vieille amie la duchesse d'Uzès, je suys en vostre péys de Daulphiné, le plus monteueux et facheus où j'é encore mis le pyé; tous les jour y a froyt, chault, pluye, baul (beau) tems et grelle, et les cerveaulx de mesme...»715.