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Elle est grosse mangeuse. L'Estoile rapporte qu'elle pensa crever d'indigestion pour «avoir trop mangé, disait-on, de culs d'artichaux et de crestes de rongnons de coq»657. La vie en elle surabonde. Elle est gaie, prend grand plaisir aux farces de la Comédie Italienne, «et en rioit son saoul comme un autre, car elle rioit volontiers». Elle n'étoit point prude, du moins en sa jeunesse, et, lors de la seconde guerre civile, s'amusa fort de la raison, à faire rougir un corps de garde catholique, pour laquelle les huguenots avaient nommé leur coulevrine du plus gros calibre «la Reine-mère». Elle croyait que la joie est le principe de la fécondité et recommandait à son fils Henri III et à sa belle-fille, Louise de Lorraine, ce moyen d'avoir des enfants: «Car voyés combien Dieu m'en a donné pour n'estre poynt menencolyque (mélancolique)658». Les pamphlets n'ont jamais altéré sa bonne humeur. Même dans les pires dangers de la monarchie, quand elle fut obligée (traité de Nemours, 7 juillet 1585) de subir la loi des chefs de la Ligue, elle ne s'interdisait pas de réagir. Quelques jours après, elle s'amusa fort avec sa grande amie, la duchesse d'Uzès, d'une pantalonnade où figuraient déguisés en femmes et «coiffés de rideaux de lit» le grave surintendant des finances, Bellièvre, et le vieux cardinal de Bourbon659. Elle avait alors soixante-six ans. La situation s'aggrava, mais elle ne voulait pas s'attrister. «Si ce n'estoit que je me divertiz le plus que je puis, alant à la chasse et me promenant, je pense que je serois malade. J'attens demain Madame de Longueville qui m'aydera bien aussi à passer mon tems»660.