Note (retour) — SECONDE PARTIE
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Ponthiac arriva en personne devant Michillimakinac. Cette place, située entre les lacs Huron et Michigan, était le principal entrepôt entre les régions hautes et basses. Quatre-vingt-dix hommes la défendaient avec deux pièces de canon. Le Sachem envoya en avant Minavana, sous prétexte de complimenter le commandant. Après que ce Chef eut débité sa harangue et protesté de son amitié pour les Anglais, ses guerriers se mirent à jouer de la balle, près de l'enceinte du fort. Elle fut plusieurs fois jetée à dessein dans l'intérieur, et autant de fois les sauvages entrèrent pour la reprendre 124. Par ce moyen, ils se rendirent maîtres d'une des portes, et Ponthiac arrivant avec toutes ses forces, força la garnison de mettre bas les armes. Maître de Michillimakinac, il s'avança aussitôt contre le Détroit. Le major Gladwin y commandait avec trois cents hommes. Les sauvages passèrent la nuit à danser et à chanter. Le lendemain Ponthiac fit demander une audience, et fut introduit avec un détachement de ses guerriers. Ils devaient tomber sur les Anglais à un signal convenu. La harangue du Sachem fut sévère; il s'anima de plus en plus, et il allait donner l'attaque lorsque Galdwin cria aux armes. Les officiers tirèrent leurs épées, et les canonniers furent à leurs pièces. A cette vue, Ponthiac affecta de se voir trahi, et sortit. Le 10 de mai, il commença un siége en formes, et logea ses guerriers dans les faubourgs. Ils furent délogés le 11, à coups de canon. Cependant, le major, inaccoutumé à la guerre des sauvages, craignait un assaut; il voulait retraiter à Niagara, et n'en fut empêché que par les Canadiens. Ponthiac, profitant se son ineptie, proposa une nouvelle entrevue qui lui livra le capitaine Campbell et le lieutenant McDougall. Il eut un nouveau sujet de triomphe dans la défaite de Sir B. Devers, et d'un gros détachement. Le 30, une flottille parut à la vue de la place. La garnison monta aussitôt sur les bastions, et l'on entendit en même temps le cri de guerre des Outaouais. Ponthiac était allé se poster à la Pointe Pelée. Trente bateaux chargés de troupes furent attaqués et pris. Les guerriers remontèrent La rivière en triomphe, contraignant les Anglais de ramer, et passèrent devant la place. La garnison fut plus heureuse au mois de Juin. Un vaisseau de guerre ayant paru devant le fort, Ponthiac arma ses canots, et crut le prendre l'abordage, mais le capitaine, qui avait fait cacher les soldats à fond de cale, les rangea aussitôt sur le pont, commanda une décharge générale, et jeta les assaillans sur le carreau. Le Sachem n'abandonna pas encore l'espoir du triomphe. Il fit faire des radeaux avec des débris de maisons, et les chargea de matières combustibles en guise de brulots; mais ses guerriers ne comprirent rien à cette nouvelle invention, qui n'eut pas d'effet, et la place fut ravitaillée. Au mois de Juillet, un Chef Outaouais ayant été tué, le capitaine Campbell fut massacré, pour consoler les parens du défunt. Ponthiac eut la magnanimité de chercher l'assassin, qui s'enfuit à Saginan. Le 22 du même mois, trois cents hommes arrivèrent au secours de la place, et l'on résolut à attaquer les sauvages. Leur terrible Chef nit en sûreté les femmes et les enfant, et fit deux embuscades. Il laissa les Anglais s'avancer jusques au pont qui a retenu depuis le nom de Bloody-bridge, mais la petite armée n'y fut pas plutôt arrivée, qu'elle se vit accueillie par un feu bien nourri. Le commandant tomba mort, et les troupes furent mises en désordre: elles se rallièrent, et tous les postes furent enlevés à la bayonnette. Ponthiac les reprit cependant, et les Anglais rentrèrent avec perte de cent dix hommes tués ou blessés. Il ne se passa plus rien de remarquable jusqu'au 18 août. Mais alors les Hurons et les Pouteouatamis ayant laissé le camp, et Ponthiac ayant eu vent des préparatifs du général Bradstreet, qui était arrivé à Niagara avec trois mille hommes, le siége fut levé, et les sauvages se retirèrent en combattant avec le major Volkins. Le 3 avril, 1764, le Sault Ste. Marie fut témoin d'un congrès général des sauvages. Vingt-deux nations, quelques-unes inconnues jusqu'alors, y envoyèrent des députés, et firent la paix avec le Grand Roi, représenté par le vieux général Johnson. Mais Ponthiac dédaigna de négocier, et retraita jusqu'aux Illinois. Il fit encore quelques tentatives en 1765, à la tête des Miamis et des Mascoutins, et mourut en 1767, assassiné par un guerrier Peoria qui, dit-on, croyait faire sa cour aux Anglais, en les délivrant d'un si formidable ennemi.