Avis pour le regard de la conscience.
Reading edition
De la maniere de faire tous les soirs l'examen de conscience.
Chapitre XV.
Que l'on repasse briévement dans sa memoire tous les bienfaits generaux & particuliers; & principalement ceux de ce jour, soit corporels, soit spirituels, avec une affection interieure de reconnnoissance.
1. Remerciant Notre-Seigneur, de ce qu'il a bien voulu nous aimer de toute éternité; de ce qu'il nous a créé à son image, de ce qu'il nous a racheté par son Sang précieux: regenerées par son saint Esprit, conservées & nourries jusqu'à cette heure par lui-même, & par le moyen de ses créatures, employant tout le monde à notre service.
De ce qu'il nous a tant de fois suportées, & pardonnées nos pechés, pour laquelle grace nous lui sommes autant de fois redevables de la vie.
De ce qu'il nous a appellées à la Réligion dans son Esprit primitif, sous la protection de la Reine du Ciel.
De ce qu'il nous y a jusques à cette heure conservé avec l'abondance de tant de biens temporels & spirituels, principalement du très-Saint Sacrement, & préservées de tant de pechés.
2. Puis après descendant aux bienfaits corporels du jour présent. Nous le remercierons de ce qu'il nous a conservé la vie & la santé: comme aussi des infirmités quand il nous en sera survenuës, le tout étant pour nôtre bien, nous le remercierons encore du lit, de l'habitation; du vêtement, de la refection corporelle, du service qui nous est rendu, & des commodités qui ont manqué à tant d'autres.
Quant aux bienfaits spirituels du même jour. Nous le remercierons de ce qu'il nous a donné sa grace, & de ce qu'il nous y a conservé: de ce qu'il nous a préservé de beaucoup de tentations, & de pechés dans lesquels nous pouvions tomber: nous le remercierons encore des Oraisons, des Méditations, de la Messe, des Sacremens, de la parole de Dieu, des lumieres, des inspirations, & autres choses semblables, selon qu'elles seront arrivées.
Et encore des peines, des travaux, & des afflictions spirituelles qu'il a permis qui nous soient arrivées pour nôtre plus grand profit, exercice & humiliation. Enfin des biens qu'il nous eût fait, si nous eussions été disposées.
2. Avec une grande soumission & confiance en Dieu, nous lui demanderons la lumiere pour connoître nos fautes, & la grace de nous en repentir, & de nous corriger.
3. En commençant depuis le dernier examen, parcourant d'heure en heure, d'exercices à autres; tant les spirituels, que les temporels, & considerant les personnes avec lesquelles nous avons traité; nous examinerons comme nous nous sommes comportées envers Dieu, avec nôtre prochain & avec nous-même, sur nos vœux, sur nos regles, dans nos propres offices, à la garde de nos sens, & de nos puissances; si en quelque chose nous avons offensé Notre-Seigneur, ou par pensées, ou par quelques affections déreglées, ou par les paroles, ou par les œuvres, ou par les omissions; faisant singulierement attention sur le défaut auquel nous sommes plus sujettes, afin d'en faire l'examen plus particulierement.
Premierement, quant aux pensées; si quelques pensées impures nous ont passées par l'esprit, ou d'autres de dédain, d'aversion, de jugement téméraire, de superbe, de propre estime, de présomption, d'ambition, de vaine gloire, d'envie, de gourmandise, de paresse & autres semblables, & comme nous nous y sommes comportées, si nous les avons rejettées promptement, ou avec quelque négligence, ou bien si nous y avons donné quelque consentement exprès ou tacite.
2. Quant aux affections; quelles affections nous avons envers Dieu, d'amour, de confiance, de respect, de crainte, de joye, &c. D'humilité envers nous, de mépris de nous-même. De bienveillance & de compassion envers le prochain; ou bien le contraire, si nous avons ressenti quelque affection déreglées envers quelque creature, ou envers quelque chose de ce monde.
3. Quant aux paroles; si nous avons dit des paroles inutiles, picquantes, dédaigneuses, inconsidérées, de mocquerie messeantes, de murmure, & d'autres semblables.
4. Quant aux œuvres; comme nous nous sommes comportées dans nos offices, & dans nos actions journalieres, si nous y avons eu une droite intention, & si nous nous en sommes bien acquitées. Si nous avons été modestes & édifiantes dans la conversation. Si nous avons mortifiées nos sens, examinant ces articles.
5. Quant aux ômissions; si nous avons ômis de faire envers Dieu, ce à quoi nous étions obligées soit pour l'Office, soit à l'Oraison pour la reception des Sacremens, à la Messe & aux autres exercices de piété: si nous avons manqué à l'obéïssance envers nos Superieurs & envers les régles: ou bien à quelque chose que nous devions faire à l'égard de notre prochain: si nous avons évité la mortification, ou la peine en quelque chose que nous devions suporter pour l'amour de Notre-Seigneur, & d'autres choses semblables.
6. Conformement aux defauts que nous trouverons avoir commis, nous nous exciterons à la douleur, sentant leur laideur; & combien ils déplaisent à Dieu, & sont indignes d'une personne Religieuse, consacrée à Dieu & à la bien-heureuse Vierge, & laquelle est obligée de tendre à une si grande perfection. Combien ils nous causent de dommage; & aux autres de quels grands biens ils nous privent, & qu'ils empêchent notre avancement dans la vertu, nous ferons un ferme propos de nous corriger.
7. Nous aurons recours aux sources sacrées des cinq playes de Notre-Seigneur pour purifier en elles toutes nos fautes. Et commençant par la playe du sacré côté: nous le prierons que par le mérite du Sang qui sortit de cette playe, & de ses sacrées pensées: aussi par celles de sa très-sainte Mere, & de tous les Sts il nous pardonne toutes les mauvaises pensées que nous avons eu en ce jour, & durant toute notre vie: & qu'il nous fasse la grace d'en avoir de bonnes & saintes à l'avenir, de même aussi à notre prochain.
Nous ferons de même pour les mauvaises affections, à la playe du pied droit. Des mauvaises paroles à la playe du pied gauche. Pour les mauvaises œuvres à celle de la main droite. Et des omissions à la playe de la main gauche. Sçavoir, que par le mérite de ces playes, de la ferveur & de la dévotion, avec laquelle il exécuta tout ce que le Pere éternel lui avoit ordonné: & avec laquelle sa très-sainte Mere accomplit tout ce qui lui étoit convenable: qu'il nous pardonne toutes nos omissions, & qu'il nous fasse la grace, & à notre prochain d'exécuter promptement tout ce que nous devons pour son saint service. Et à la fin nous dirons un Pater, & un Ave Maria, que l'on pourra encore dire à chaque playe s'il y a du tems.
Quand le signal de la fin de l'examen sera donné on dira le Confiteor, le Misereatur, l'Indulgentiam, De profundis, ou autres prieres, avec trois oraisons à la volonté de la Prieure, selon que les constitutions ordonnent.
Puis elle ira autour du Chœur ou du Chapitre donnant de l'eau benite aux Sœurs, lesquelles pendant ce tems diront le verset, Asperges me Domine, &c. avec les deux premiers versets du Miserere, le Gloria Patri, &c. Et le Requiem aternam à la fin, qui étant achevé elle donnera la benediction avec ces paroles Benedicat nos omnipotens Deus, Pater, & Filius, & Spiritus sanctus. Amen. Et toutes s'en iront deux à deux, observant inviolablement le silence, comme disent les constitutions.
Devotions que l'on pourra faire le soir dans le tems que l'on va reposer, & le matin aprés que l'on est levées.
Chapitre XVI.
Le soir après l'examen en nous retirant dans nos cellules, nous nous souviendrons de la devotion des cinq Ave Maria, placée dans les avis pour le Refectoire.
1. Avant que d'entrer au lit; étant à genoux avec une grande devotion; nous prierons la Reine du Ciel Notre-Dame, & notre Protectrice, de nous bénir, & de nous obtenir la benediction de son très-cher Fils; par le mérite de laquelle, nous, & tous ses serviteurs & servantes, singulierement notre Prélat, & autres Superieurs, soyons conservés dans sa grace; par le mérite de la benediction qu'ils se donnerent l'un à l'autre, lors qu'il lui demanda permission pour aller à la mort, recitant à la fin un Ave Maria.
2 Nous prierons Notre-Seigneur Jesus-Christ, notre Médiateur, & notre Epoux qu'il nous bénisse, & qu'il nous obtienne la même bénediction du Pere éternel, par les mérites de celle que reçut sa très-sacrée Humanité, lors qu'elle fut unie à la Nature divine, en la personne du Verbe éternel, disant, à la fin, Anima Christi, &c.
3. Nous demanderons la même benediction au Pere éternel, par son infinie bonté, & par les mérites de son Fils unique, disant à la fin un Pater noster.
En nous deshabillant, nous prierons Notre-Seigneur, que par ses écorchures, & par les douleurs qu'il souffrit lors qu'il fût dépoüillé pour être crucifié: il nous dépoüille de nos vices, & de toutes nos imperfections, disant un Pater noster.
Etant au lit, nous nous recommanderons à notre Ange Gardien, aux Saints auxquels nous avons devotion, & à toute la Cour céleste, les priant que tandis que nous dormirons ils loüent la trés-sainte Trinité pour nous, & la remercient de tous les biens qu'elle nous a fait, par les mérites de Notre-Seigneur Jesus-Christ; & qu'il nous obtienne la grace d'être vigilantes au tems convenable, afin de pouvoir loüer Notre-Seigneur: & nous ferons en sorte de toujours nous endormir sur quelque bonne pensée.
Lors que nous nous éveillerons la nuit, il sera bon de nous accoûtumer à dire, Jesus & Marie soient toujours loüés; ou bien, Jesus sis nobis Jesus; lesquels paroles nous devons avoir si fort gravées dans le cœur, qu'en marchant, en nous arrêtant, en travaillant, & en mangeant nous prononcions souvent, nous plongeant avec affection nous-même, & notre prochain dans le Sang précieux de Notre-Seigneur Jesus-Christ, avec un grand désir que tous soient sauvés, pendant que nous disons, Jesus, soyés-nous Jesus. Ces paroles nous pourrons encore servir dans la Méditation au tems de quelque grande distraction; faisant quelque pause, & nous y arrêtant un peu, comme en cüeillant un petit bouquet. Et dans le tems de quelque tentation que ce soit.
Aussi-tôt que nous entendons le signal du lever, nous nous habillerons; remerciant Notre-Seigneur, de ce qu'il lui a plû nous conserver la nuit. En nous habillant, il sera bon de nous accoûtumer à dire le Te Deum laudamus. &c. en action de grace de l'Incarnation du Verbe Eternel. Et à la fin, nous le prierons que par le mérite de son Incarnation, il nous revête de ces saintes Vertus, disant un Pater noster.
Après cela un Magnificat en action de grace de tous les bienfaits accordés à sa très-sainte Mere. Et à la fin nous la prierons de nous obtenir la robe de pureté sur la terre, & celle de gloire au Ciel, disant un Ave Maria.
Aussi-tôt que nous serons habillées étant à genoux, nous demanderons trois benedictions pour nous, & pour notre prochain; l'une à Notre-Dame l'autre à son très-cher Fils, & la troisiéme au Pere Eternel.
Premierement, nous nous présenterons à la bien-heureuse Vierge, comme ses servantes, & la prierons qu'elle nous benisse par le mérite de la benediction qu'elle reçût de Dieu, lors qu'elle fut conçuë, quand elle nâquit, lorsqu'elle fut présentée au Temple, à son Annonciation, & lors qu'elle passa de cette vie dans l'autre; & qu'elle nous présente à son très-cher Fils, en union de l'offrande qu'il fit de lui-même au Pere Eternel au tems de sa Conception, & de sa mort, & qu'elle nous obtienne trois grace de son fils bien-aimé.
La premiere qu'il lui plaise de nous garantir, & tous ses serviteurs & servantes, singulierement notre Prélat, & autres Supérieurs ce jour & pour toujours de tous pechés. Et que nous dirigions nos sens, & nos puissances, nos pensées, nos affections, nos paroles, nos œuvres & travaux, à sa pure gloire.
La seconde, qu'il nous fasse la grace de converser avec notre prochain comme avec autant d'images de Dieu, & de membres vivants de Notre Seigneur rachetés par son Sang précieux.
La troisiéme, qu'il nous fasse la grace de nous servir de toutes les autres créatures, comme d'autant de dons reçûs de sa divine main, pour sa pure gloire, & pour notre bien, puis qu'il les a données afin qu'en toutes choses & dans toutes occasions nous puissions dire avec l'Epouse: Dilectus meus mihi, & ego illi, c'est-à-dire mon bien-aimé est à moi, & moi à lui, disant à la fin un Ave Maria.
2. Nous prierons Notre-Seigneur Jesus-Christ notre Médiateur, & notre Epoux, qu'il nous benisse & qu'il nous accorde ces trois graces, par le mérite de la benediction que reçût sa trés-sacrée Humanité, lors qu'elle fut unie au Verbe Eternel, disant à la fin, Anima Christi, comme il sera mis ci-après.
3. Nous prierons le Pere Eternel qu'il nous benisse, & qu'il nous accorde ces trois mêmes faveurs, par son infinie bonté, & par les mérites de Notre-Seigneur Jesus-Christ, disant à la fin un Pater noster.
Lors que l'on ne pourra pas accomplir ces devotions le matin dans le tems prescrit, on y satisfera au commencement de l'Oraison Mentale.
Au dedans de chaque cellule, à la porte il y aura de l'eau benite, afin qu'en y entrant, & en sortant, chacun en prenne faisant le signe de la Croix avec, disant Aqua benedicta dele mea delicta, c'est-à-dire Eau benite effacé mes pechés; & auprès du benitier une image de la bien-heureuse Vierge avec son Fils Jesus, afin qu'en entrant, & sortant, elle les saluë selon sa devotion, comme disant à Notre-Seigneur, Jesus sis nobis Jesus; & à Notre-Dame, Monstra te esse matrem, ayant intention avec ces paroles de prier pour les vivans & pour les morts.
Anima Christi sanctifica me. Corpus Christi salva me. Sanguis Christi inebria me. Aqua lateris Christi lava me. Passio Christi conforta me. O bone Jesu exaudi me, intra vulnera tua absconde me, ne permittas me separari a te, ab hoste maligno defende me; in horâ mortis mea, voca me. Et jube me venire ad te, ut, una cum sanctis tuis, laudem te in sæcula sæculorum.
Ame de Jesus-Christ sanctifiez-moi. Corps de Jesus-Christ sauvez-moi. Sang de Jesus-Christ enyvrez-moi. Eau du côté de Jesus-Christ lavez-moi; Passion de Jesus-Christ fortifiez-moi; O bon Jesus exaucez-moi; cachez-moi dans vos sacrées playes, & ne permettez que jamais je sois séparée de vous; défendez-moi de mes ennemis, appelez-moi à l'heure de la mort; & commandez que j'aille vers vous, & que je chante avec vos Saints, vos loüanges dans tous les siécles des siécles. Ainsi soit-il.
Des secours spirituelles que l'on doit donner aux malades.
Chapitre XVII.
Quand une Sœur sera malade & alitée, les Sœurs prieront Dieu tous les jours particulierement pour elle.
2. Lorsque le mal croîtra considerablement, on dira à toutes les Messes l'Oraison pour les infirmes, excepté aux fêtes doubles.
3. Quand le mal sera tel, qu'elle ne pourra être portée dans l'endroit où on reçoit la sainte Communion, le Confesseur la confessera, & la communiera une fois tous les huit jours, la reconciliant premierement, & puis la communiant, afin de ne point entrer si souvent dans la cloture; si ce n'est que les Supérieurs jugeassent à propos de faire autrement.
4. L'on fera ensorte de donner l'extrême-Onction à la malade auparavant qu'elle ait perdu la connoissance, & lors qu'elle la recevra, on commencera l'Oraison continuelle à son intention, laquelle durera jusqu'à ce qu'elle rende l'ame, y ayant continuellement deux Sœurs devant le très-Saint Sacrement durant le jour, & même la nuit lors qu'il semblera à propos à la Mere Prieure; on les changera d'heure en heure, ou bien de demie heure en demie heure, conformément à l'ordre de la Mere Prieure, tant la nuit que le jour, & les deux premieres ne sortiront point jusqu'à ce que deux autres Sœurs leur succedent; lesquelles oraisons pourront être vocales, ou mentales apliquées à la malade; vocales, comme divers Pseaumes, Litanies, & Oraisons, faites pour les agonisans, la Passion, & autres choses semblables.
Et si elles ne veulent pas lire, elles pourront prier par maniere de fervante suplication, parcourant en détail la vie & la Passion de notre Seigneur, & celle de la sainte Vierge, les priant par tels, & tels mysteres de leur vie, de secourir leur servante; & quelque fois elles pourront convenir ensemble, que l'une prenne la vie de notre Seigneur, & l'autre celle de notre Dame, afin que la malade étant mise entre les deux ressente un secours plus efficace.
5. De plus, il y aura une autre Sœur destinée pour demeurer près du lit de la malade; qui de tems en tems la consolera, & récitera près d'elle tantôt quelques Pseaumes, tantôt les Litanies, d'autre fois les oraisons pour les agonisans ou la Passion. Cette Sœur sera encore changée d'heure en heure. Et quand la malade sera près de rendre l'ame, plus il y aura de Sœurs auprès d'elle pour faire des prieres, mieux les forces du démon s'afoibliront & plus la malade sera secouruë & encouragée.
6. En tous ceci chaque Sœur se comportera avec autant de viligance, de promptitude, & de charité qu'elle désireroit que l'on en exerçât envers elle lors qu'elle se trouvera à cette extrémité. Et ce qui sera fait pour la plus considerable, que l'on sçache qu'il doit aussi être pratiqué pour la moindre des Sœurs Converses.
7. Lorsque la malade sera morte, on laissera passer vingt-quatre heures auparavant que de l'enterrer. Et la sépulture sera dans l'Eglise intérieure des Religieuses, faite expressément pour elles.
8. De plus outre les Offices, & autres Oraisons ordonnés par les Constitutions la Mere P. lui fera dire trente Messes dans la matinée suivante immédiatement après sa mort, & si le Monastere est assez commode, on pourra lui faire dire trois trenteins, dont l'un sera de saint Gregoire. Et si c'étoit une Fête telle que l'on ne peut pas dire la Messe des morts, on lui fera apliquer celle de la Fête, donnant aux Prêtres leur rétribution, comme s'ils l'avoient dite des morts: & si on ne les peut pas dire toutes dans notre Eglise, on les fera dire le même matin en diverses Eglises, afin que l'ame reçoive au plûtôt les suffrages qui lui sont si importans.
COLLOQUES. Que l'on pourra faire le matin.
Très sainte Trinité, Pere, Fils & Saint Esprit: comme vous êtes trois en personnes, & un en essence, comblée de perfections infinies; ainsi je vous louë, je vous benis & je vous glorifie en union des loüanges, des bénédictions & de la gloire que vous rend l'ame de notre Seigneur Jesus-Christ, sa très-Sainte Mere & tous les bien-heureux: désirant de vous loüer dans le même esprit, & vous priant par les mérites de notre Seigneur Jesus-Christ, que vous soyiez benite & glorifiée de tous, sur la terre comme au Ciel. Ainsi soit-il.
Comme vous êtes créatrice, conservatrice & médiatrice de toutes choses, je vous adore, & me soumets à vous en tout, comme à mon Créateur qui m'avez créé de rien à votre ressemblance, en union de l'adoration que vous rend l'ame de notre Seigneur J. C. sa trés-sainte Mere & les Bien-heureux, désirant de vous adorer dans le même esprit; & vous priant par les mérites de notre Seigneur J. C. que vous soyiez adorée de tous sur la terre comme dans le Ciel, Ainsi soit-il.
Comme vous êtes le Souverain bien, désiré des Créatures: je mets en vous ma joie, mon amour & ma complaisance: je me réjoüis avec vous de votre bien, de votre gloire, en union de l'amour dont vous a aimé l'ame de notre Seigneur J. C. sa très-sainte Mere, & tous les Bien-heureux, de la joye & de la complaisance qu'ils ont de vos perfections & de votre félicité: vous priant par les mérites de notre Seigneur J. C. que vous soyiez aimée de tous sur la terre, comme dans le Ciel. Ainsi soit-il.
O mon Dieu, comme vous êtes le Souverain Bienfaiteur, d'où procéde tous bien, ainsi je vous rends grace de ceux qui ont été faits à l'humanité de notre Seigneur J. C. à sa très-sainte Mere, aux Bien-heureux, à moi & à tous les hommes; en union des actions de grâces que vous rend l'Ame de notre Seigneur J. C. sa très-Sainte Mere, & les Saints, désirant de vous remercier avec leur esprit, & vous priant par les mérites de notre Seigneur J. C. que vous soyiez remerciée de tous sur la terre, comme dans le Ciel. Ainsi soit-il.
Comme vous êtes le Souverain Seigneur & Dominateur, auquel on doit tous ses services, & la derniere fin à laquelle nous devons raporter toutes nos intentions & nos actions: ainsi je m'offre perpétuellement à votre service & je dirige mes pensées, affections, paroles, œuvres & souffrances à votre pure gloire, en union de l'oblation que notre Seigneur J. C. vous fit de lui-même au tems de sa mort & de la consécration que vous ont fait d'eux-mêmes en cette vie, la Bien-heureuse Vierge & les Saints, désirant & vous priant par les mérites de notre Seigneur J. C. que tous se dédient au service de votre Divine Majesté, avec leur même esprit. Ainsi soit-il.
Comme vous connoissez parfaitement mes nécessités corporelles & spirituelles, & celles des ames qui combattent encore sur la terre, ou qui souffrent dans le Purgatoire, ainsi je vous les representent toutes; & vous prie pour celles que vous connoissez devoir vous apartenir par la foi & les bonnes œuvres; en union, de l'Oraison que notre Seigneur J. C. en tant qu'homme fait continuellement devant votre Divine Majesté, en union aussi de celle de sa très-sainte Mere & de tous les Saints.
Et je vous suplie par votre infinie bonté & vos divines perfections, par les mérites de notre Seigneur J. C. de la Bienheureuse Vierge & des Saints, que vous nous donniez à tous la lumiere pour vous connoitre, une parfaite contrition, le pardon de nos pechés, & la grace d'éviter ce qui pourroit mettre obstacle à notre salut & à notre perfection; & que nous nous faisions violence, pour mortifier l'amour propre, la propre volonté, le propre Jugement, les passions déreglées, les mauvaises habitudes & inclinations, afin que nous soyons toujours résigné à votre sainte volonté, & détachées de toutes choses pour votre gloire.
Donnez-nous, Seigneur, les graces & les secours temporels & spirituels dont nous avons besoin pour vous servir & pour nous sauver: la vie, la santé & les autres biens temporels, non pas selon nos inclinations, mais seulement ce qui peut être utile à votre gloire, & à notre salut. Ainsi soit-il.
COLLOQUES. Que l'on pourra faire le soir à la très-sainte Vierge.
Très-sainte & très-heureuse Vierge, notre Reine & notre Mere, je loüe l'indépendante, simple, parfaite, souverainement bonne, immense, immuable, éternelle & incompréhensible essence divine qui vous a communiqué des dons si excellens, en vous faisant Mere de Dieu, Reine des Anges & des Saints, souveraine du monde: c'est d'Elle que vous avez reçu cette abondante grace qui vous a renduë si pure, si parfaite, si élevée au-dessus des Anges & des Saints, si solide en toutes les perfections, & participante de la gloire éternelle en un si haut degré que nous ne le pouvons comprendre.
Je benis l'infinie puissance qui vous a communiqué tant de force contre l'ennemi infernal, l'infinie sagesse qui vous a faite si sage & si prudente, & la bonté éternelle qui vous a renduë si bonne & si bienfaisante à l'égard des hommes.
Je glorifie la divine beauté qui vous a embellie & ornée de tant de vertus héroïques, la divine connoissance qui de toute éternité vous a placée à la tête de toutes les pures Créatures & vous a destinée à être le chef d'œuvre des ses ouvrages, & la vérité éternelle qui vous a renduë si attachée au vrai, si fidelle & si sincere.
J'exalte la vie Divine, qui vous en a donné une si précieuse, la Divine volonté qui vous a voulu tant de bien de toute éternité, le Divin amour qui vous a cherie si fort, & qui vous a renduë si charitable.
J'adore la Divine misericorde qui vous a préservée de toutes les miseres du peché, & qui vous a renduë si miséricordieuse, la Divine Justice qui vous a faite si juste, la divine sainteté qui vous a faite si sainte.
Je glorifie cette Providence Divine qui a eu tant de soins de vous, la Divine Prédestination qui vous a prédestinée à une si grande gloire; le livre dans lequel vous avez été écrite de toute éternité après votre Fils, & la Divine & infinie Béatitude qui vous rends si glorieuse & si heureuse au Ciel.
Je remercie le Pere Eternel qui vous a daigné prendre pour sa Fille, plus chérie & plus aimée de lui que toutes les autres; le Fils qui vous a choisie pour Mere, & le saint Esprit pour Epouse.
Je rends graces à la sainte Trinité pour la bonté qu'elle a fait paroître en vous sanctifiant & vous comblant de Privileges si signalés. Je prie aussi les Bien-heureux que par leurs Cantiques & en notre nom, ils rendent à la Divine Majesté des loüanges & des actions de graces, pour les dons singuliers qu'elle vous a conféré, ô notre Reine, chantant continuellement pour ce sujet ces divines paroles. Ainsi soit-il: Bénédict: gloire, honneur, actions de graces, vertu & force à notre Dieu dans tous les siécles des siécles. Ainsi soit-il.
Après Dieu, je mets mon amour, ma joye & ma complaisance en vous: très-sainte Reine & Mere très-débonnaire? Désirant de vous aimer aussi ardemment que les Séraphins & tous les Bien-heureux. Je me réjoüis de tant de faveurs que Dieu vous a faite; je vous loüe, je vous benis & vous adore de l'adoration qui est dûë à la Mere de Dieu, en union des loüanges, honneurs & bénédictions que vous rendent les Anges & tous les Saints; désirant de le faire dans le même esprit, & que vous soyiez connuë, aimée, reverée servie parfaitement de tout le monde.
Je vous remercie de toutes les graces que vous m'avez faites, & que vous me faites continuellement, particulierement d'avoir donné au monde & allaité son Sauveur, des exemples de vertu que vous m'avez donnés, des faveurs que vous m'avez procurées de votre cher Fils, & de m'avoir apellée à votre service particulier.
Je vous offre mes sens, & mes puissances, désirant de m'employer toute entiere à votre service, pour la gloire de votre Fils & pour la votre, & de vous servir de la maniere qui peut être plus agréable à l'un & à l'autre.
Et comme vous êtes notre fidelle Protectrice auprès de la Divine Majesté, je vous represente mes besoins corporels & spirituels, & ceux de mes Sœurs, de nos Prelats & Peres spirituels, Parens, Amis Bienfaiteurs vivans & trépassés & de ceux que Dieu connois devoir lui apartenir, vous priant par les merites de votre très cher Fils & par les grandes graces qui vous ont été faites, que vous nous procuriez toutes celles dont nous avons besoin pour le servir dignement. Ainsi soit-il.