Note 6 — VIII Souvenirs
Henri Lucas translation
La voiture roule toujours. Elle croise un chariot tiré par deux chevaux dont les harnais d’abaka6 décèlent l’origine provinciale. Le charretier fait de son mieux pour voir le voyageur qu’emporte le brillant attelage et passe sans dire un mot, sans un salut. Parfois, la longue et poudreuse chaussée, baignée par l’éclatant soleil des tropiques, s’anime du pas lent et lourd d’un carabao pensif traînant un pesant tombereau dont le conducteur, juché sur sa peau de buffle, accompagne de son chant monotone et mélancolique le strident grincement des roues frottant sur l’énorme essieu; parfois aussi c’est le bruit sourd des patins usés d’un paragos, ce traîneau des Philippines, embarrassé parmi la poussière et les flaques d’eau de la route. Dans les champs, paissent les troupeaux parmi lesquels de blancs hérons se promènent gravement, quelques-uns tranquillement se posent sur le dos de bœufs somnolents, savourant béats les herbes de la prairie; au loin sautent et courent les juments, poursuivies par un jeune poulain bouillant d’ardeur, livrant au vent sa longue et abondante crinière, hennissant et frappant la terre de ses puissants sabots.