Note 1 — XVI Sisa
Henri Lucas translation
Mais le pauvre, l’indigent qui gagne à peine de quoi vivre et doit encore payer tous les directeurs, fonctionnaires, scribes et soldats pour qu’ils le laissent vivre en paix, ne dort pas avec cette tranquillité que se plaisent à célébrer les poètes courtisans qui n’ont pas souffert des âpres caresses de la misère. Le pauvre est triste et pensif. Cette nuit, s’il a peu récité, il a prié beaucoup, le cœur plein de douleur, des larmes plein les yeux. Il ne sait pas les neuvaines, il ignore les prières jaculatoires, et les vers, et les oremus composés par les moines pour ceux qui n’ont pas d’idées à eux, de sentiments qui leur soient propres; à peine s’il les comprend. Il prie dans la langue de sa misère; son âme pleure pour lui et pour les chers morts dont l’amour était son seul bien. Ses lèvres peuvent réciter des salutations, tout son être crie des plaintes et révèle des sanglots. Dis-nous, toi qui as béni l’indigence, dites-nous aussi vous, pauvres ombres tourmentées, est-elle suffisante la simple prière du misérable agenouillé devant une estampe mal gravée, à la lueur d’un timsin1, ou bien, par hasard, est-il nécessaire de brûler des cierges de cire devant des Christs sanglants, des Vierges à bouche petite, aux yeux de cristal et de faire dire des messes en latin que récite mécaniquement un prêtre indifférent? Et toi, Religion prêchée pour l’humanité qui souffre, as-tu oublié ta mission, ne te souviens-tu plus que tu es la consolation des opprimés dans leur misère, l’humiliatrice des puissants dans leur orgueil et n’as-tu plus de promesses que pour les riches, pour ceux qui peuvent te les payer!