Note 4 — XI Les souverains
Henri Lucas translation
Pour contrarier le prêtre, l’officier, inspiré par sa femme, défendit que personne se promenât après neuf heures du soir. Da Consolacion prétendait avoir vu le curé, déguisé avec une chemise de piña et un salakot de nitô4 se promenant à toute heure de nuit. Fr. Salvi se vengea saintement: voyant entrer l’alférez dans l’église, il ordonna en secret au sacristain de fermer toutes les portes puis il monta en chaire et commença à prêcher jusqu’à ce que les saints eux-mêmes s’endormissent et que lui demandât grâce l’image de l’Esprit divin, la colombe de bois sculptée au-dessus de sa tête. Comme tous les pécheurs impénitents, l’alférez ne se corrigea pas pour cela; il sortit en jurant et, aussitôt qu’il put attraper un sacristain ou un domestique du curé, il le retint, le frappa, lui fit nettoyer le sol du quartier et celui de sa propre maison qui, grâce à cela, se trouva enfin présentable. Le sacristain, en allant payer l’amende que le curé lui avait imposée pour son absence en exposa les motifs. Fr. Salvi l’écouta silencieusement, garda l’argent, et aussitôt lâcha ses chèvres et ses moutons pour qu’ils pussent aller paître dans le jardin de l’alférez, tandis qu’il cherchait un thème nouveau pour un autre sermon beaucoup plus long et plus édifiant. Cependant tout cela n’empêchait nullement l’alférez et le curé, lorsqu’ils se rencontraient, de se donner la main et de se parler courtoisement.