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Au Pays des Moines (Noli me Tangere)

Note 2 — XI Les souverains

Henri Lucas translation

Fr. Bernardo Salvi était ce jeune et silencieux franciscain dont nous avons déjà parlé. Par ses habitudes et ses manières il se distinguait beaucoup de ses frères et plus encore de son prédécesseur, le violent P. Dámaso. Il était mince, maladif, presque toujours pensif, strict dans l’accomplissement de ses devoirs religieux et soigneux de son bon renom. Un mois après son arrivée, presque tous ses paroissiens se firent frères de la V. O. T.2 à la grande tristesse de sa rivale, la Confrérie du Très Saint-Rosaire. L’âme sautait de joie lorsqu’on pouvait admirer suspendus à tous les cous quatre ou cinq scapulaires, une corde à nœuds autour de toutes les ceintures, et toutes ces processions de cadavres ou de fantômes en habits de guingon. Le sacristain principal gagna un petit capital en vendant—ou en donnant comme aumônes, ainsi que cela doit se dire,—tous les objets nécessaires pour sauver l’âme et combattre le diable. On sait que cet esprit qui, autrefois se risquait à attaquer Dieu lui-même face à face et mettait en doute la parole divine, comme il est dit au saint livre de Job, qui emporta N.-S. Jésus-Christ dans les airs comme il fit depuis au Moyen-Age avec les sorcières et comme il continue, dit-on, à le faire encore avec les asuang3 des Philippines, se trouve aujourd’hui si faible et si honteux qu’il ne résiste pas à la vue d’un morceau d’étoffe où l’on a peint deux bras et qu’il craint les nœuds d’une corde. Ceci ne prouve rien sinon que le progrès s’accomplit aussi de ce côté et que le diable est réactionnaire ou tout au moins conservateur, comme tout ce qui vit dans les ténèbres.

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