Note 3 — X Le pueblo
Henri Lucas translation
Quand le pueblo n’était qu’un misérable amas de cabanes dans les rues duquel l’herbe croissait encore et où, la nuit, se risquaient les cerfs et les sangliers, arriva un jour un vieil Espagnol aux yeux profonds qui parlait assez bien le tagal. Après avoir parcouru et visité les divers terrains, il s’informa des propriétaires du bois dans lequel jaillissaient des eaux thermales. Quelques-uns se présentèrent qui tous prétendaient à cette propriété et le vieil Espagnol s’en rendit possesseur en échange de costumes, de bijoux et aussi de quelque argent. Ensuite, sans que l’on sût pourquoi ni comment, il disparut. Les gens du pueblo le croyaient déjà enchanté quand une odeur fétide qui partait du bois voisin fut remarquée par quelques pasteurs; ils cherchèrent et trouvèrent le cadavre du vieillard, putréfié, pendu à une branche de balitî3. Vivant, sa voix profonde et caverneuse, ses yeux creux et son rire muet inspiraient déjà une certaine crainte, mais maintenant, mort et suicidé, il troublait le sommeil des femmes. Parmi celles qui avaient reçu quelque chose de lui, il y en eut qui jetèrent les bijoux à la rivière et brûlèrent les costumes; après que le cadavre eût été enterré au pied même du balitî, personne ne voulut plus s’aventurer de ce côté. Un pasteur qui cherchait des animaux égarés de son troupeau raconta avoir vu des lumières; de jeunes gars allèrent voir et entendirent des plaintes. Un amoureux dédaigné qui, pour toucher le cœur de la dédaigneuse, s’était engagé à passer la nuit sous l’arbre, mourut d’une fièvre subite qui le prit le lendemain même de son exploit. D’autres contes, d’autres légendes couraient encore sur cet endroit.