Note 9 — D.A.F. DE SADE
Reading edition
Ne dit-on pas pour excuse de la tolérance de ces maisons, que c'est pour empêcher de plus grands maux, et que l'homme intempérant, au lieu de séduire la femme de son voisin, va se satisfaire dans ces cloaques infects? N'est-ce pas une chose extrêmement singulière, qu'un Gouvernement ne soit pas honteux de rester quinze cents ans dans une erreur aussi lourde, que celle d'imaginer qu'il vaut mieux tolérer le débordement le plus infâme, que de changer les loix? Mais, qui compose les victimes de ces lieux horribles, les sujets qu'on y trouve ne sont-ils pas des femmes ou des filles primitivement séduites par l'avarice ou l'intempérance? Ainsi, l'État permet donc qu'une partie des femmes ou des filles de sa Nation se corrompe pour conserver l'autre; il faut l'avouer, voilà un grand profit, un calcul singulièrement sage! Lecteur philosophe et calme, avoue-le, Zamé ne raisonne-t-il pas beaucoup mieux quand il ne veut rien perdre, quand par la belle disposition de ses loix, aucune portion ne se trouve sacrifiée à l'autre, et que toutes se conservent également pures?