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Aline et Valcour, ou Le Roman Philosophique. Tome 2

Note 8 — D.A.F. DE SADE

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Un philosophe français qui voyage, trouve, il en faut convenir, dans les individus de sa Nation qu'il rencontre, des sujets d'étude pour le moins aussi intéressans que ceux que lui offre les étrangers chez lesquels il est. On ne rend point l'excès de la fatuité, de l'impertinence avec lequel nos élégans voyagent; ce ton de dénigrement avec lequel ils parlent de tout ce qu'ils ne conçoivent pas, ou de tout ce qu'ils ne trouvent pas chez eux; cet air insultant et plein de mépris, dont ils considèrent tout ce qui n'a pas leur sotte légèreté, le ridicule, en un mot, dont ils se couvrent universellement, est sans contredit un des plus certains motifs de l'antipathie qu'ont pour nous les autres peuples; il en devrait résulter, ce me semble, une attention plus particulière aux ministres, à n'accorder l'agrément de voyager qu'à des gens faits pour ne pas achever de dégrader la Nation dans l'esprit de l'Europe, pour ne pas étendre et porter au-delà des frontières les vices qui nous sont si familiers.—Une voiture arrivant fort tard dans une auberge d'Italie qui se trouvait pleine, on balança à ouvrir les portes, l'hôte se montre à une fenêtre, et demande au voyageur quelle est sa Nation? Français, répondent insolemment quelques domestiques.—Allez plus loin, dit l'hôte, je n'ai point de place.—Mes gens se trompent, reprend le maître adroitement, ce sont des valets de louage qui ne sont à moi que d'hier; je suis Anglais, Monsieur l'hôte, ouvre-moi, et dans l'instant tout accourt, tout reçoit le voyageur avec empressement. N'est-il donc pas affreux que le discrédit de la Nation ait été tel, qu'il ait fallu la déguiser, la renier pour s'introduire chez l'étranger, non pas seulement dans le monde, mais même dans un cabaret: eh! pourquoi donc ne pas se faire aimer, quand il n'en coûterait pour y réussir, que d'abjurer des torts qui nous déshonorent même chez nous au yeux du sage qui nous examine de sang-froid; mais la révolution en changeant nos moeurs, élaguera nos ridicules. Croyons-le au moins pour notre bonheur.

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