Note 26 — D.A.F. DE SADE (continued 2)
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L'instant de calme, où se trouve maintenant le lecteur, nous permet de lui communiquer des réflexions par lesquelles nous n'avons pas voulu l'interrompre. On a objecté que le peuple, qui vient d'être peint, n'avait qu'un bonheur illusoire; que foncièrement il était esclave, puisqu'il ne possédait rien en propre. Cette objection nous a parue fausse; il vaudrait alors autant dire que le père de famille, propriétaire d'un bien substitué, est esclave, parce qu'il n'est qu'usufruitier de son bien, et que le fonds appartient à ses enfans. On appelle esclave celui qui dépend d'un maître qui a tout, et qui ne fournit à cet homme servile que ce qu'il faut à peine pour sa subsistance; mais ici il n'y a point d'autre maître que l'État, le chef en dépend comme les autres; c'est à l'État que sont tous les biens, ce n'est pas au chef.—Mais le citoyen, continue-t-on, ne peut ni vendre, ni engager Eh! qu'a-t-il besoin de l'un ou de l'autre? C'est pour vivre ou pour changer, qu'on vend ou qu'on engage; si ces choses sont prouvées inutiles ici, quel regret peut avoir celui qui ne peut les faire? Ce n'est pas être esclave, que de ne pouvoir pas faire une chose inutile; on n'est tel, que quand on ne peut pas faire une chose utile ou agréable. A quoi servirait ici de vendre ou d'acheter, puisque chacun possède ce qu'il lui faut pour vivre, et que c'est tout ce qui est nécessaire au bonheur.—Mais on ne peut rien laisser à ses enfans.—Dès que l'État pourvoit à leur subsistance et leur donne un bien égal au vôtre, qu'avez-vous besoin de leur laisser? C'est assurément un grand bonheur pour les époux, d'être sûrs que leur postérité, destinée à être aussi riche qu'eux, ne peut jamais leur être à charge et ne désirera jamais leur mort pour devenir riche à son tour. Non, certes, ce peuple n'est point esclave; il est le plus heureux, le plus riche et le plus libre de la terre, puisqu'il est toujours sûr d'une subsistance égale, ce qui n'existe dans aucune nation. Il est donc plus heureux qu'aucune de celles qu'on puisse lui comparer. Il faudrait plutôt dire que c'est l'État qui se rend volontairement esclave, afin d'assurer la plus grande liberté à ses membres et c'est dans ce cas le plus beau modèle de gouvernement qu'il soit possible de méditer.