SECONDE PARTIE.
Reading edition
ASIE.
La seconde Partie, beaucoup plus étendue que la première, et dont le fond est plus riche et plus varié, contient tous les voyages d'Asie que l'on a cru devoir choisir dans la grande collection de l'abbé Prévost: elle est divisée en huit Livres.
Le premier contient plusieurs voyages remplis d'aventures extraordinaires, ceux de Pyrard, de Pinto, de Bontekoé, et la description de toutes les îles de la mer des Indes, depuis les Maldives jusqu'aux Philippines.
Le second nous mène dans le continent, sur la rive occidentale du Gange, et le lecteur peut parcourir tout l'Indoustan avec des voyageurs renommés, tels que l'Anglais Rhoé, Bernier le médecin, et Tavernier le joaillier: celui-ci, malgré sa réputation, a paru suspect du côté de la véracité; mais tout le monde a rendu justice aux lumières du philosophe Bernier, et à l'agrément qu'il a répandu dans son voyage de Cachemire.
Le Livre troisième nous conduit de l'autre côté du Gange, dans la partie orientale des Indes jusqu'à la Cochinchine et à Siam. On sait combien cette dernière contrée a excité de curiosité en Europe, depuis le voyage du P. Tachard et des jésuites mathématiciens envoyés par ordre de Louis xiv, sur de magnifiques espérances qui ne tardèrent pas à s'évanouir.
Le Livre quatrième présente un tableau très-vaste et très-détaillé de ce célèbre empire de la Chine, sur lequel il semblait que l'on dût avoir les notions les plus authentiques et les moins contestées, d'après le long séjour qu'y avaient fait à la cour de Pékin les auteurs des Lettres édifiantes. Jamais on n'a été à portée d'observer mieux et plus long-temps l'intérieur d'un grand empire, et cependant les mémoires qu'on nous a donnés sur la Chine, quoique très-étendus et très-instructifs, ont été la source de querelles interminables sur plusieurs points importans de la religion et du gouvernement des Chinois; et à la difficulté de savoir bien une langue telle que la leur, s'est jointe depuis celle de pénétrer dans un pays dont ils nous ont défendu l'accès.
Le Livre cinquième, beaucoup moins détaillé, renferme ce que l'on a pu rassembler d'instructions et de lumières sur ces immenses contrées qui portent le nom de Tartarie, et qui s'étendent si loin au nord et à l'orient de notre hémisphère. Les conjectures formées de nos jours sur les révolutions qu'a pu essuyer cette partie du globe doivent en rendre l'examen plus important. Mais malheureusement c'est peut-être, de tous les pays, celui qui, par sa nature même, par la quantité de montagnes et de déserts, et par la difficulté du séjour et des communications, a fourni le moins de secours et de facilité à l'active curiosité des voyageurs.
Le Livre sixième nous fait passer de la Tartarie en Sibérie, sur les pas de Gmelin et de l'abbé Chappe, qui voyageaient, l'un par les ordres de l'académie de Pétersbourg, et l'autre par ceux de l'académie des sciences de Paris; ce qui n'empêche pas que ce dernier, pour ce qui regarde les mœurs, ne doive être lu et extrait avec d'autant plus de précaution, qu'il a été démenti sur plusieurs faits par les Russes, que l'on doit croire mieux instruits que lui.
Le Livre septième offre l'histoire et la description du Kamtschatka: il est tout entier, à quelques retranchemens près, de de Leyre, écrivain philosophe et éloquent. Si tous les voyages avaient été rédigés par une plume telle que la sienne, le travail d'un abrégé serait devenu inutile.
Le huitième Livre conduit le lecteur à ces îles fameuses du Japon, situées à l'extrémité de la grande mer d'Asie et vers le point de latitude par lequel on a cherché la communication de la mer du Nord à l'Océan oriental. Dans la description de ce pays, remarquable à tant d'égards, de ce peuple extraordinaire, séparé du reste des humains par ses mœurs étranges autant que par les flots qui l'environnent, on n'a pas cru suivre de meilleur guide que l'Allemand Kœmpfer, homme sage et véridique, et d'une nation qui, depuis long-temps, est la seule de l'Europe qu'on reçoive encore sur les côtes du Japon.