Note (retour) — DE LA PHILOSOPHIE D'ABÉLARD. (continued 2)
Reading edition
Par un plus grand abus, il employait le nom infini (indéterminé) pour désigner l'espèce opposée. Ainsi, il disait: La substance est ou le corps ou le non-corps. Non-corps pour lui ne désignait que l'espèce opposée à corps; ce terme infini par signification n'était plus qu'un nom substantif et spécial510. Mais si, par une nouveauté de langage, on prend les noms des différences ou les noms infinis pour ceux même des espèces, «la lettre n'a plus aucun poids,» c'est-à-dire les textes sont sans autorité. Que devient le soin particulier et le rôle à part que Boèce accorde aux différences? Il ne voulait pas non plus que la simple négation contînt l'idée de l'espèce, lorsqu'il disait: «La négation par elle-même ne constitue point une véritable espèce.» Le non-homme, le non-corps n'est pas une espèce. Les noms négatifs ne remplacent les noms d'espèces que lorsque ceux-ci manquent. Quant aux noms des différences, ils ne sont pas substantifs au sens des noms de substances, mais ce sont des noms pris des différences, c'est-à-dire les différences prises substantivement; car ce que la scolastique appelle des noms pris revient aux noms abstraits des modernes, quand ces noms ne sont pas des noms de genres ou d'espèces. Aussi, de la division du genre par différence, Boèce tire-t-il la définition des espèces, par la jonction du nom divisant de la différence au nom divisé du genre511. Cela veut dire que si l'on divise le genre animal en rationnel et irrationnel, ce qui est le diviser par différence, la jonction du genre animal et de la différence rationnel, ou l'expression l'animal rationnel, sera la définition de l'espèce homme; en sorte que c'est un axiome dialectique, que ce qui convient à la division du genre convient à la définition de l'espèce. Or, cela ne se peut dire que de la division du genre par les différences. Si différence équivalait à espèce, cela signifierait que la division du genre en espèces définit l'espèce, ce qui n'a aucun sens. C'est pour cela que Porphyre, d'accord avec Boèce, dit que les différences qui divisent le genre sont toutes appelées différences spécifiques512.