Note (retour) — DE LA PHILOSOPHIE D'ABÉLARD. (continued 2)
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Quelle est la signification ou quel est le concept des mots universels? quelles choses signifient-ils, ou quelles choses sont comprises en eux? Lorsque j'entends le nom homme, nom commun à plusieurs choses auxquelles il convient également, quelle chose entend mon esprit? c'est l'homme en lui-même, doit-on répondre. Mais tout homme est celui-ci, celui-là ou tout autre. La sensation, nous dit-on, ne donne jamais que tel homme déterminé, et raisonnant de l'entendement comme du sens, on affirme que le concept d'homme ne peut être que le concept d'un homme déterminé: homme équivaut à un certain homme. Il faut répondre que concevoir l'homme, c'est concevoir la nature humaine, c'est-à-dire un animal de telle qualité. Lors donc qu'on objecte que tout homme étant celui-ci ou celui-là, concevoir l'homme, c'est concevoir celui-ci ou tel autre, le syllogisme n'est pas régulier. Il faudrait dire que tout concept de l'homme est le concept de celui-ci ou de celui-là; alors le moyen terme serait mieux maintenu, et la conjonction des extrêmes se ferait en règle; mais l'assomption serait fausse. Quand je dis une cape571 est désirée par moi, ce qui revient à dire je désire une cape; quoique toute cape soit celle-ci ou celle-là, il ne s'ensuit pas que je désire celle-ci ou celle-là. Mais si je disais: Je désire une cape, et quiconque désire une cape désire celle-ci ou celle-là, l'argumentation serait juste et la conclusion légitime. De même, on peut dire: Si j'ai la sensation d'un homme, tout homme étant tel ou tel homme, j'ai la sensation de tel ou tel homme; mais il ne s'ensuit nullement ce qu'on en veut conclure. Qu'il soit de la nature du sens de ne pouvoir s'exercer que sur une chose existante déterminée, qu'en conséquence la sensation d'homme ne puisse être que la sensation causée par cet homme-ci ou cet homme-là, accordez-le; mais l'entendement n'a pas, comme le sens, besoin pour agir d'une chose réelle, puisqu'il s'applique aux choses passées, futures, qui n'ont jamais été, qui ne seront jamais. Pour penser à l'homme, pour avoir un concept dans lequel entre l'idée de la nature humaine, il n'est donc pas nécessaire d'avoir présent à l'esprit tel ou tel homme déterminé. La nature humaine peut être l'objet de concepts innombrables, comme ce concept simple du nom spécial d'homme ou de l'homme pris comme espèce, aussi bien que de l'homme blanc, de l'homme assis, que sais-je? de l'homme cornu, qui n'existe pas; en un mot, comme toutes les conceptions dans lesquelles entre la nature humaine, soit avec la distinction d'une personne déterminée comme Socrate, soit indifféremment ou sans aucune détermination personnelle.