Note NOTE 1 — NOTES
Paulin Paris translation
--«Dans une heure nous nous séparons!--mon cœur l'avait prévu: c'est ainsi que se flétrissent pour jamais mes rêves enchantés de bonheur. Dans une heure!--cela ne peut être;--dans une heure, séparés! Un navire là-bas vient à peine de jeter l'ancre dans la baie; son compagnon de voyage est encore absent, et son équipage a besoin de repos avant de se remettre en mer. Mon amour! tu te moques de ma faiblesse; et voudrais-tu prémunir mon cœur pour le préparer à la douleur d'une véritable séparation? Mais ne te joue pas plus long-tems de ma douleur; il y a plus que de l'amertume dans ce jeu folâtre. N'en parle plus, Conrad!--mon plus cher ami! viens partager le repas que j'ai préparé de mes mains avec délices; peine légère! que d'être chargée de préparer et de servir ton repas frugal! Vois, j'ai cueilli les fruits qui m'ont paru les plus suaves; et quand je n'en étais pas sûre, indécise, mais joyeuse, j'ai choisi ceux qui m'ont paru les plus beaux. Trois fois mes pas ont parcouru la colline pour rencontrer la source la plus fraîche. Oui! ton sorbet va ce soir s'échapper avec douceur; regarde comme il pétille dans son vase d'albâtre! Le jus réjouissant de la grappe ne délecte jamais ton cœur; tu montres plus de rigidité qu'un Musulman à l'aspect de la coupe. Ne pense pas que je t'en fasse un reproche;--car je me réjouis de ce que les autres appellent privations dans tes habitudes. Mais viens; la table est préparée; notre lampe d'argent est disposée, et ne crains pas le souffle du sirocco. Mes suivantes, pour te faire trouver le tems moins long, formeront des danses avec moi, ou feront entendre des chants. Ma guitare, que tu aimes encore à entendre, te délassera ou te charmera par ses accords;--ou, si cela déplaît à tes oreilles, nous changerons de divertissemens, nous lirons les histoires racontées par l'Arioste: celle des amours et des malheurs de la belle Olympie c1. Ainsi--tu serais plus coupable que celui qui rompt ses vœux en faveur de cette pauvre damoiselle, si tu m'abandonnais maintenant; plus coupable même que ce chef inconstant.--Je t'ai vu sourire lorsque le ciel pur nous faisait apercevoir l'île d'Ariane, que je t'ai souvent montrée du haut de ces rochers. Alors, livrée tout à la fois à la joie et à la crainte, je disais, avant que le tems n'eût élevé ce doute à quelque chose de plus que de la crainte: Ainsi Conrad, hélas! m'abandonnera pour l'Océan! Et il m'abusait;--car--il revenait encore!»