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Œuvres complètes de lord Byron, Tome 02

Note (retour) — POÈTES ANGLAIS

Paulin Paris translation

Quand un jeune homme de belle espérance, naguère habitant d'une échoppe obscure, prend en main une plume moins pointue que son alêne, qu'il quitte son étroite boutique, oublie son magasin de souliers, abandonne saint Crépin et se met à saveter pour les Muses, dieux! comme le vulgaire s'étonne, comme la multitude applaudit! comme nos dames le lisent, comme nos lettrés le louent! Si par hasard quelque rieur se permet une plaisanterie, c'est mauvais naturel tout pur; le monde ne sait-il pas bien à quoi s'en tenir? Quand nos beaux-esprits admirent des vers, il faut bien qu'ils aient été dictés par le génie, et Capel Loft 499 déclare que ceux-ci sont tout-à-fait sublimes. Écoutez, vous tous qui êtes engagés dans un commerce ingrat, vous aussi, agriculteurs, quittez la charrue, laissez là votre bêche inutile; Burns, Bloomfield, que dis-je, un homme bien au-dessus d'eux, Gifford était né sous une étoile malheureuse, il a dédaigné de se livrer plus long-tems aux travaux serviles d'une profession mécanique, il a osé affronter la tempête, il a à la fin triomphé du destin. Pourquoi d'autres n'en feraient-ils pas autant? Si Phébus t'a souri, Bloomfield, pourquoi ne sourirait-il pas aussi à ton frère Nathan? La manie des vers, et non la muse, s'est emparée de lui aussi; ce n'est pas une inspiration, c'est une maladie. Un paysan ne peut plus aller prendre son dernier gîte, une commune ne peut être close, qu'il ne fasse aussitôt une ode 500. Oh! puisque nous nous perfectionnons à ce point, puisque les dieux favorisent notre île et ses habitans, que la poésie aille en ayant, qu'elle s'empare de toutes nos ames, des laboureurs aussi bien que des ouvriers! Savetiers nés pour l'harmonie, continuez vos chants, faites à la fois une pantoufle et une chanson. Les yeux de la beauté s'arrêteront sur vos ouvrages, vos sonnets ne sauraient manquer de lui plaire... et peut-être aussi vos souliers. Puissent les tisserands des Moorlands 501 être fiers de leur génie pindarique; puissent les lais des tailleurs devenir plus longs que leurs comptes! pour récompenser leurs chants agréables, nos jeunes gens à la mode leur paieront leurs poèmes... quand ils paieront leurs habits.

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