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Œuvres complètes de lord Byron, Tome 01

SIXIÈME, SEPTIÈME ET HUITIÈME CHANTS.

Paulin Paris translation

Les détails du siége d'Ismaïl dans deux des chants suivans (le septième et le huitième), sont tirés d'un ouvrage français intitulé: Histoire de la Nouvelle Russie. Quelques-uns des incidens attribués à Don Juan sont de toute réalité; entre autres la circonstance d'un enfant sauvé par lui et qui le fut effectivement par le dernier duc de Richelieu, alors volontaire au service de Russie, et devenu plus tard le fondateur et le bienfaiteur d'Odessa, où son nom et sa mémoire seront à jamais respectés.

On trouvera dans le cours de ces chants une ou deux stances relatives au dernier marquis de Londonderry (lord Castlereagh), mais écrites quelque tems avant sa mort.—Si l'oligarchie de ce personnage avait expiré avec lui, elles auraient été supprimées; mais comme elle lui a survécu, je pense qu'il n'y a rien dans son genre de vie et de mort qui soit propre à retenir l'expression franche des opinions de ceux qu'il s'efforça d'asservir pendant toute la durée de son existence. Que dans la vie privée il ait été ou non un homme aimable, c'est ce qu'il importe peu au public de savoir; et pour ce qui est de pleurer sa mort, il en sera assez tems quand l'Irlande ne pleurera plus sa naissance. Comme ministre, je le crois, avec plusieurs millions de citoyens, l'homme des intentions les plus despotiques et de l'intelligence la plus faible qui jamais ait opprimé une nation[186]. C'est, depuis les Normands, la première fois que l'Angleterre a été insultée par un ministre (du moins[187]) qui ne savait pas parler anglais, et que le parlement consentit à recevoir des ordres dans le langage de mistress Malaprop.

Il n'est pas nécessaire d'entrer dans beaucoup de détails sur sa mort; je remarquerai seulement que si un pauvre radical, tel que Waddington ou Watson, s'était ainsi coupé le cou, on l'aurait enseveli dans un carrefour, avec l'escorte ordinaire d'un pieu et d'une potence. Mais quant au ministre, ce fut un lunatique de bon ton,—un suicide sentimental:—il se coupa tout simplement «l'artère carotide» (admirez leurs connaissances)! Vite donc la pompe funèbre; l'abbaye; les sanglots de la douleur poussés—par les journaux;—l'éloge du défunt ensanglanté, prononcé par le Coroner (digne Antoine d'un pareil César),—et les propos atroces et nauséabonds d'une poignée de conspirateurs dégradés, contre tout ce que la patrie renferme de sincère et d'honorable. La loi[188] devait trouver dans sa mort de deux choses l'une,—ou qu'il était un criminel, ou bien un fou;—dans ces deux cas, il n'y avait pas grande matière à panégyrique. Il avait été dans sa vie—ce que tout le monde sait, ce que la moitié de l'univers sentira long-tems encore, à moins que sa mort ne donne une leçon morale aux Séjans européens qui lui survivent[189]. Mais en tout cas, c'est quelque chose de consolant pour les nations de voir que leurs oppresseurs ne sont pas heureux, et que même, de tems à autre, ils jugent assez bien de leurs actions, pour prévenir eux-mêmes la sentence du genre humain.—Cessons donc de revenir sur cet homme; et laissons l'Irlande écarter du sanctuaire de Westminster les cendres de son illustre Grattan[190]... Faut-il que le patriote de l'humanité soit remplacé par le Werther de la politique!!!

Pour ce qui regarde les objections que l'on a faites, sous un autre point de vue, aux chants de ce poème déjà publiés, je me contenterai, pour toute réponse, de faire deux citations de Voltaire:

«La pudeur s'est enfuie des cœurs et s'est réfugiée sur les lèvres.»

«Plus les mœurs sont dépravées, plus les expressions deviennent mesurées; on croit regagner en langage ce qu'on a perdu en vertu.»

Voilà une vérité applicable à la masse des êtres vils et hypocrites qui corrompent la génération anglaise de ce siècle, et c'est la seule réponse qu'ils méritent de recevoir. Le titre vulgaire et trivial de blasphémateur,—qui, joint à ceux de radical, libéral, jacobin, réformateur, etc., compose le dictionnaire débité chaque jour par nos mercenaires politiques, devrait être un titre d'honneur pour tous ceux qui s'en rappellent la première signification. Socrate et Jésus-Christ ont été mis à mort publiquement comme blasphémateurs; beaucoup d'autres ont subi, beaucoup d'autres subiront peut-être encore le même supplice pour avoir réclamé contre les plus crians abus du nom de Dieu et de l'intelligence humaine. Mais persécuter n'est pas la même chose que réfuter ou même triompher. Le malheureux incrédule, comme on l'appelle, est probablement plus heureux dans sa prison que le plus fier de ses antagonistes. Je n'examine pas ses croyances,—elles sont bonnes ou mauvaises;—mais il a souffert pour elles, et ces souffrances mêmes, endurées pour mettre sa conscience en repos, feront au déisme plus de prosélytes[191], que l'exemple des prélats d'une autre foi n'en fera au christianisme, celui des hommes d'état suicidés à l'oppression, ou celui des homicides pensionnés à l'alliance impie qui ose insulter assez l'intelligence publique pour affecter le nom de Sainte! Je ne veux pas ajouter à la honte des infâmes, ou des morts; mais il serait bien tems que les défenseurs payés de ceux qu'on se plaint de voir attaquer perdissent quelque chose de l'effronterie de leur langage, péché le plus criant de cet égoïste et bavard siècle; et—mais en voilà bien assez pour le moment.

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